prennent position sur la révocation de Mgr Gaillot
Mgr Jean Huard et le Conseil presbytéral de Tournai
Tournai, 12 février 1995 (APIC/CIP)
Le Conseil presbytéral de Tournai, qui regroupe une trentaine de
représentants des prêtres du diocèse, s’est réuni le 10 février autour de
Mgr Jean Huard pour parler avec l’évêque du projet pastoral diocésain. Au
cours de la rencontre, Mgr Huard et ses prêtres ont aussi évoqué la
révocation de Mgr Jacques Gaillot comme évêque d’Evreux et les diverses
réactions par cette décision.
A ce propos, Mgr Huard a fait la déclaration suivante :
«Je ressens combien cette décision de Rome a blessé de nombreux chrétiens
de sensibilités différentes. Cette blessure est large et profonde. Beaucoup
de fidèles qui restent attachés à l’Eglise ont été meurtris par cet
événement. Un risque existe que cette blessure s’infecte car d’autres
critiques pourraient s’introduire dans la plaie.
«Nous ne disposons pas de toutes les informations nécessaires pour
comprendre les tenants et les aboutissants de cette affaire. Néanmoins,
pour porter un jugement équitable, il me semble qu’il faut prendre en
considération plusieurs éléments.
«D’une part, Mgr Gaillot a toujours exprimé un grand souci des pauvres
et des exclus. Il a toujours voulu porter l’Evangile sur des terrains que
l’Eglise n’atteint généralement pas. Tout cela me semble très positif et il
est faux de dire (comme l’ont fait certains médias) qu’il a été condamné
parce qu’il s’occupait des pauvres.
«D’autre part, l’évêque d’Evreux a parfois éprouvé quelques difficultés
à travailler avec ses confrères de la Conférence épiscopale française. Une
Conférence épiscopale, très différentes de la nôtre, qui regroupe plus de
120 évêques de tendances diverses et où la concertation doit poser des problèmes particuliers.
«Il m’apparaît également que, dans sa manière de procéder, Rome n’a pas
eu suffisamment le sens de l’opinion publique et qu’elle aurait pu confier
à Mgr Gaillot un autre travail davantage dans la ligne de son charisme.
«Enfin, il me semble que Mgr Gaillot a peut-être manqué de discernement
dans sa façon d’utiliser les médias et s’est fait un tant soit peu manipuler par eux.
«Toujours est-il que la révocation de l’évêque d’Evreux nous interpelle.
Que signifie être une Eglise en communion avec l’Eglise de Rome ? C’est là
un point important et difficile de la vision catholique de l’Eglise. En outre, cette position de Rome repose aussi la question du rôle spécifique de
l’évêque dans l’Eglise.
«Pour conclure, je dirai que Mgr Gaillot a mis le doigt sur des pauvretés
d’aujourd’hui. Si cet événement nous a rendus plus sensibles à certains
problèmes de société, il n’aura pas été sans signification.»
Des questions à creuser
A la suite de la déclaration de l’évêque de Tournai, les membres du Conseil
presbytéral se sont exprimés librement sur le même thème. Quelques idées
fortes ont été dégagées de ce tour de table : «Cette décision de Rome donne
l’impression que l’on considère l’évêque comme un fonctionnaire que l’on
révoque ou que l’on déplace comme un pion sans donner d’explications
convaincantes.
«L’Eglise doit cesser d’aborder les médias avec méfiance, mais nous devons,
au contraire, apprendre à les évaluer et à nous en servir. Qúon le veuille
ou non, nous vivons dans une culture médiatique, où les grands discours
passent difficilement la rampe. Les gens, et principalement les jeunes, ont
besoin aujourd’hui d’actes et de témoins.»
«Un partage sur cette question doit pouvoir avoir lieu dans la vérité et la
fraternité. Sans cela, on risque de creuser un fossé entre des chrétiens de
différentes sensibilités.»
«Une déchirure grave se creuse dans les Eglises d’Occident. Certains
responsables d’Eglise semblent parfois jeter le soupçon sur la fidélité à
l’Evangile des chrétiens d’ici. De plus, l’influence disproportionnée de
certains courants conservateurs en inquiète plus d’un.»
Un projet en point de mire
Au terme de l’échange, Mgr Huard et le Conseil presbytéral de Tournai ont
redit la place centrale de «l’engagement de l’Eglise diocésaine dans
l’option préférentielle pour les pauvres».
A leurs yeux, il y a également lieu d’améliorer «la manière d’aborder le
monde des médias, et plus largement de communiquer à la fois dans l’Eglise
et avec le monde extérieur».
Enfin, l’évêque de Tournai et ses prêtres insistent sur l’importance de
«toujours présenter l’Evangile comme une bonne nouvelle pour l’homme
d’aujourd’hui».
Remis en chantier à l’automne 1993, le projet pastoral du diocèse de
Tournai est entré, en septembre dernier, dans une phase axée sur la
recherche de Dieu en écho aux questions des hommes. Durant leur récente
rencontre, Mgr Huard et les membres du Conseil presbytéral ont fait le
point sur cette étape placée sous le titre : «Jeunesse de Dieu, jeunesse
des hommes». Dans un message publié à la veille de l’Epiphanie, Mgr Huard
écrivait : «La foi est un chemin. Elle n’est pas un point de vue arrêté,
complet, établi une fois pour toutes. Parce qúelle est vie, elle est
soumise à la loi qui anime tout vivant : elle est croissance.» L’évêque et
ses prêtres ont souhaité que la prochaine étape engage les chrétiens du
diocèse à explorer de nouvelles pistes du projet pastoral, davantage sous
l’angle des préoccupations sociales, mais sans dissocier celles-ci de la
recherche spirituelle.
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