Paris:

Paris, 6avril(APIC) Les communautés chrétienne du Moyen-Orient ne sont

pas vouées à une disparition sûre et prochaine, comme on l’a parfois un peu

vite prédit, estime Pierre Rocalve, ancien ambassadeur de France dans plusieurs pays du Proche-Orient. Invité de l’association «Alerte aux réalités

internationales», le diplomate a analysé lundi à Paris, la situation des

chrétiens dans la région.

Les communautés chrétiennes du Moyen Orient sont fortement soumises à

deux pressions, celle d’une forte émigration et celle de la montée de

l’islamisme. Même si celles de Turquie et d’Iran sont passées au dessous du

seuil de survie, les autres ne sont pas menacées dans leur existence.

De fait cette situation est très contrastée suivant les Etats. Ainsi les

Chaldéens du patriarcat de Babylone ont choisi en Irak la carte de

l’insertion complète. Les églises, dont une vingtaine ont été construites

sous le régime baassiste, sont pleines. L’Eglise chaldéenne entretient des

rapports suivis avec le régime en place, mais souffre des effets de

l’embargo. Beaucoup de chrétiens irakiens ont de surcroit émigré, en même

temps que les Kurdes vers la Syrie ou la Turquie.

En Syrie les chrétiens orthodoxes et catholiques de rite syriaque forment environ 10% de la population (contre 40% au début du siècle). Selon

Pierere Roncalve, ils jouissent d’une situation sociale et culturelle et

confortable dans une coexistence discrète avec les musulmans. Mais le statut personnel ne leur est pas garanti par la constitution. De nombreux établissements d’enseignements dirigés par les chrétiens ont été nationalisés,

mais 30’000 enfants sont encore scolarisés dans des écoles chrétiennes.

L’Eglise maronite forme le groupe le plus marquant et le plus homogème.

Basée au Liban autour du patriarcat d’Antioche, mais rattaché à Rome,

l’Eglise maronite jouit d’un renouveau spirituel indéniable et compte de

nombreuses vocations, au point qu’elle manque de place pour accueillir les

séminaristes.

L’Eglise grecque-orthodoxe du patriarcat de Jérusalem rassemblent quelque 660’000 fidèles, en Palestine en Israël et en Jordanie essentiellement.

Gérée de manière très collégiale, elle donne son arabité à l’Eglise grecque

et a un esprit d’adaption très marquée que Pierre Roncalve explique par ses

origines urbaines. Les Eglises catholiques grecque et latine forment de

leur côté des minorités plus réduites et plus écartelée entre christianisme

et arabité.

Aujourd’hui, les Eglise chrétiennes du Moyen-Orient ne peuvent plus guère compter sur des garanties extérieures. Elles ont le choix entre diposer

de mécanismes protecteurs internes, au risque d’être marginalisées et jouer

la carte de l’insertion, au risque de perdre leur particularisme. En général, elles ont acquis au cours de l’Histoire un sens du compromis et de

l’adaptation très fort. Le pluralisme des communautés chrétiennes au MoyenOrient surprend souvent, mais aux yeux de Pierre Roncalve il est facteur de

richesse et doit bénéficier du soutien de l’Occident. (apic/jcn/mp)

6 avril 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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