Le texte contient 63 lignes (max. 75 signes), 689 mots et 4630 signes.
apic/Turquie/Violation de la liberté religieuse/Minorités menacées
Turquie: Sous le régime de Tansu Ciller, (060495)
la situation des orthodoxes s’est dégradée
Mme Ciller accusée d’»indifférence» coupable
Istanbul, 6avril(APIC) La communauté orthodoxe grecque de Turquie et le
Patriarcat oecuménique de Constantinople affrontent une situation de plus
en plus difficile sous le régime de l’actuel Premier ministre Tansu Ciller,
déplore le patriarche oecuménique Bartholomée Ier. Mme Ciller est accusée
d’»indifférence» face au sort de la minorité orthodoxe de Turquie soumise à
la pression d’islamistes de plus en plus militants. De nombreux orthodoxes
songent désormais à émigrer, «car il n’y a plus d’avenir pour nous en Turquie».
Le Patriarcat oecuménique et d’une manière générale la communauté orthodoxe grecque de Turquie sont confrontés à des «problèmes considérables» et
ils sont obligés aujourd’hui de constater l’»indifférence» du gouvernement
de Tansu Ciller, peut-on lire dans l’édition d’avril du Service orthodoxe
de presse (SOP) à Paris, qui vient de sortir.
Le SOP cite le patriarche Bartholomée Ier, qui a fait ces déclarations
au journal turc «Sabah», au lendemain de la manifestation de militants islamistes devant le Phanar, siège du Patriarcat oecuménique à Istanbul.
«Quand nos cimetières sont détruits et les tombes profanées, le moral de
notre communauté est au plus bas et tous disent: il n’y a plus d’avenir
pour nous ici, partons!»
Des écoles musulmanes par centaines, l’Ecole de Halki toujours interdite
Bartholomée Ier relève que la Patriarcat se trouve dans une situation
très difficile depuis la fermeture de l’école de théologie orthodoxe de
Halki, située au large d’Istanbul, sur une île de la Mer de Marmara. «En
Turquie, il existe des centaines d’écoles musulmanes pour former les imams,
l’ouverture de 250 autres est prévue. Pourquoi ne pouvons-nous pas en avoir
une, nous aussi?», lance Bartholomée Ier. L’Eglise orthodoxe ne parvient
pas à réouvrir l’Ecole de théologie de Halki fermée par les autorités turques en 1971.
Et de déplorer que les autorités turques semblent faire peu de cas des
demandes du Patriarcat, notamment en ce qui concerne la réouverture de
l’Ecole de Halki: «Mme Ciller ne veut pas parler avec nous». De l’avis du
Patriarche oecuménique, les relations étaient meilleures avec les gouvernements précédents de Suleyman Demirel et de Turgut Ozal.
«Le Patriarcat est une institution vénérable et ancienne qui est installée ici depuis 17 siècles… Une telle institution devrait pouvoir profiter
de toutes les possibilités offertes par la législation turque», insiste
Bartholomée Ier. Il y a un mois et demi, lors d’une visite au Phanar, siège
du Patriarcat, le sous-secrétaire d’Etat américain Richard Holbrooke, accompagné de l’ambassadeur américain à Ankara, a assuré que les Etats-Unis
soutenaient le concept de liberté de culte en Turquie comme partout dans le
monde, soulignant que la liberté du Patriarcat se trouvait menacée par la
vague d’extrémisme qui gagne la société turque et par l’indifférence du
gouvernement turc face à ces problèmes.
La minorité assyrienne du Sud-Est de la Turquie en voie d’extinction
Les dirigeants européens – alors que la Turquie frappe aux portes de
l’Union Européenne sans pouvoir (ou sans vouloir?) respecter les standards
de respect des droits de l’homme, dont fait partie intégrante la liberté
religieuse – ont été interpellés. L’an dernier, le Conseil d’Eglises chrétiennes en France avait déjà fait part de son inquiétude au Premier ministre turc, en déplorant les discriminations dans les écoles, la profanation
des cimetières, l’intolérance religieuse et la haine dans les discours retransmis par les médias. Depuis, la situation de la minorité grecque orthodoxe s’est encore dégradée, sans parler du drame de la minorité assyrienne
du Sud-Est de la Turquie, «un peuple en voie d’extinction».
Dans le Tur Abdin (la Montagne des serviteurs de Dieu) en particulier,
ancien centre du monachisme et peuplé dans le passé uniquement de chrétiens
installés là dès les premiers siècles – ils parlent l’araméen, la langue du
Christ – les Assyriens sont en voie de disparition. Ils étaient encore
40’000 il y a 30 ans, et ne seraient plus que quelques milliers aujourd’hui. Plusieurs dizaines de milliers d’entre eux ont trouvé refuge
dans divers pays d’Europe occidentale, chassés par la guerre entre le PKK
et le gouvernement turc – qui a fait raser des villages assyriens – et la
pression de fondamentalistes musulmans kurdes. (apic/sop/com/be)




