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LES EGLISES DE LITUANIE DOIVENT S’ATTAQUER AUX PROBLEMES DE LEUR SOCIETE

Genève, le 3 avril (ENIçEdmund Doogue) – Les Eglises de Lituanie et

d’autres anciens pays communistes de l’Europe de l’Est doivent en finir

avec la «reconstruction des églises» et passer rapidement à la

«reconstruction de l’Eglise», a déclaré Jean Fischer, secrétaire général de

la Conférence des Eglises européennes (KEK), à son retour de Lituanie o# il

avait assisté à la cérémonie d’inauguration du Conseil national des Eglises

de Lituanie.

Elles doivent aujourd’hui s’attaquer aux problèmes qui minent la société,

a-t-il souligné.

Le nouveau Conseil, inauguré dans la ville de Kaunas le 23 mars, compte

parmi ses membres les Eglises luthérienne, réformée, orthodoxe et

évangélique libre. L’Eglise catholique romaine, qui est de loin la plus

grande Eglise de Lituanie, a statut d’observateur auprès du Conseil

Jean Fischer a souligné que les Eglises non catholiques de Lituanie qui,

sur une population de 3,7 millions d’habitants, comptent environ deux pour

cent de membres disséminés dans le pays, sont comme des Eglises en

diaspora. Les Eglises manquent cruellement de cadres qualifiés. L’Eglise

réformée de Lituanie, par exemple, ne compte que deux pasteurs pour 10 000

fidèles et onze paroisses.

Par ailleurs, les Eglises se préoccupent de reconstruire leurs édifices et

de retrouver leur identité après la chute du communisme, a rappelé le

secrétaire général de la KEK.

«Toutes ces Eglises s’emploient à récupérer et à restaurer leurs bâtiments

et leurs biens qui avait été confisqués». Ainsi l’Eglise réformée de

Vilnius avait été transformée en salle de cinéma», a-t-il précisé.

«Cette tâche absorbe l’énergie de ces Eglises dont les activités étaient

freinées, voire interdites sous le régime communiste. En outre, elles

consultent leurs archives pour y retrouver leur histoire passée.»

«Il faudrait que cette période °de restauration§ s’achève rapidement pour

que les Eglises puissent faire face aux problèmes actuels de leur société,

comme devraient le faire d’autres pays de la région, o# les sociétés sont

marquées par l’intérêt et l’individualisme. Les gens essaient de tirer un

profit maximum pour eux-mêmes et leurs familles, et par conséquent ne font

pas preuve d’un grand esprit communautaire», a déploré Jean Fischer.

«Ils s’efforcent de sortir gagnants d’une société libérale, et de

l’économie de marché.»

Dans une de ses prédications, l’évêque catholique romain de Vilnius, Audrys

Backis, a averti les Lituaniens qúils n’arriveront jamais à régler les

problèmes de leur société s’ils sont seulement motivés par «leur ambition

personnelle aux dépens de leurs concitoyens», a souligné Jean Fischer.

Pour celui-ci, la mise en place d’un nouveau conseil d’Eglise est une étape

importante de la vie des Eglises, en particulier à cause du faible nombre

de leurs membres et des problèmes auxquels elles doivent faire face.

Les Eglises de Lituanie entretiennent déjà des bonnes relations entre

elles; le conseil permettra de développer «l’harmonie oecuménique» et sera

le forum o# les Eglises pourront débattre de leurs problèmes communs et des

difficultés entre elles, a souligné le secrétaire général de la KEK.

La KEK et le Conseil des conférences épiscopales européennes (CCEE) avaient

vivement recommandé en 1991 la formation de conseils nationaux d’Eglises

dans tous les pays européens en vue de promouvoir les relations et la

coopération entre Eglises, a rappelé Jean Fischer.

Lors de la cérémonie d’inauguration, la luthérienne Renata Ambrazevichiene,

qui a joué un rôle-clé dans la formation de ce conseil, a prononcé un

vibrant plaidoyer en faveur des femmes de son pays, rappelant qúun bon

nombre d’entre elles étaient victimes de la violence dans leurs foyers et

dans la société en général.

«Quel est l’avenir de nos familles?» a-t-elle lancé. «Il est triste et

terrifiant de voir que de plus en plus de familles s’adressent à des

orphelinats parce qúelles ne peuvent joindre les deux bouts. Il est encore

plus consternant d’apprendre que certains fonctionnaires vendent des

enfants, même les nouveaux-nés, à des étrangers. Qúest-ce qui préoccupe

notre gouvernement? Pas les problèmes familiaux.»

Mme Ambrazevichiene espère que les Eglises participeront au processus de

rétablissement de la justice en Lituanie.

Elle a été nommée trésorière du nouveau conseil; Jonas Kalvanas, pasteur

luthérien, Vasilij Novinskyij, prêtre orthodoxe russe, et J. Norvila,

pasteur de l’Eglise réformée, ont été nommés respectivement président,

vice-président et secrétaire.

Par ailleurs, Jean Fischer s’est félicité de l’élection de Mgr Ivo F#rer qui a été son homologue au sein du CCEE – comme nouvel évêque de

Saint-Gall, en Suisse. Ivo F#rer, qúil considère «comme un frère», et avec

qui il a collaboré étroitement lors du Rassemblement oecuménique européen

de Bâle en 1989 – on les surnommait les «frères jumeaux» de Bâle – est,

a-t-il déclaré au correspondant de l’Agence de presse internationale

catholique, «un élément solide, ouvert, qui a toute une expérience à mettre

au service de l’Eglise de Suisse afin qúelle poursuive son ouverture

oecuménique». Pour Jean Fischer, Ivo F#rer va apporter au sein du Conseil

des évêques suisses (CES) «de l’air frais, de l’ouverture, et une précieuse

connaissance de l’Europe». (856 mots)

4 avril 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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