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apic/Mgr Rayappu/Tamouls/Guerre au Sri Lanka
APIC – Interview
Jacques Berset, Agence APIC
«Autorités suisses, ne renvoyez pas les réfugiés tamouls!»(220595)
Suisse: Appel de Mgr Joseph Rayappu, évêque de Mannar, au Sri Lanka
Soleure/Fribourg, 22mai(APIC) «J’en appelle aux autorités suisses: la
guerre a repris, ne renvoyez pas les requérants d’asile tamouls, car ils
sont considérés à Colombo comme suspects, voire sympathisants des Tigres de
libération tamouls; ils risquent l’arrestation, les interrogatoires et la
prison». Visitant les Tamouls réfugiés en Suisse – quelque 23’000, dont
4’000 catholiques-, Mgr Joseph Rayappu, évêque de Mannar, en pleine zone
de guerre, demande que Berne suspende provisoirement le renvoi des Tamouls
au Sri Lanka.
La Suisse devrait faire pression pour que Colombo ne poursuive pas la
guerre, mais résolve le problème tamoul par la négociation politique, estime Mgr Joseph Rayappu, dans une interview accordée lundi à l’agence APIC.
Les gouvernements étrangers feraient mieux d’aider à reconstruire et à développer le pays plutôt que d’aider les autorités srilankaises à vaincre à
tout prix les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), insiste Mgr
Rayappu, vice-président de la Commission pour la Justice, la Paix et le Développement humain de la Conférence des évêques catholiques du Sri Lanka.
Les Tamouls veulent vivre dans une Confédération
Pour l’évêque, membre de la minorité tamoule et résidant à Mannar, au
sud de Jaffna, en face de l’Inde, en 13 ans cette guerre a déjà fait quelque 30’000 morts. Les victimes sont d’abord des civils des régions à majorité tamoule du Nord et de l’Est. Et d’estimer que la lutte armée des LTTE,
considérée par une grande partie de la population tamoule comme de l’autodéfense face aux massacres d’innocents perpétrés par l’armée gouvernementale, ne cessera que quand les Tamouls seront reconnus comme une nation au
sein d’une Confédération avec le reste du Sri Lanka. Une minorité ayant sa
propre identité, pouvant utiliser sa propre langue et jouir de sa propre
culture sur son territoire, tout en continuant d’appartenir au même pays.
Les chrétiens tamouls, en particulier les évêques, s’ils soutiennent le
combat des Tigres pour les droits fondamentaux des Tamouls, ne peuvent accepter toutes les actions des combattants et refusent la violence pour résoudre les problèmes de discrimination dont ils sont victimes. Certains
craignent que les LTTE n’instaurent une nouvelle dictature, car ils éliminent physiquement toute forme d’opposition dans les zones qu’ils contrôlent. Mais Mgr Rayappu ne veut pas anticiper sur l’avenir, cette tendance
totalitaire s’expliquant peut-être par les conditions de la guerre.
APIC:Avec l’arrivée au pouvoir l’an dernier de la présidente Chandrika Kumaratunga, on pensait venu le temps de la paix; un accord avait même été
signé entre le gouvernement de Colombo et les Tigres du LTTE…
MgrRayappu:Nous avons actuellement de meilleures relations avec les autorités, même si nous ne partageons pas tous leurs points de vue. Je pense
que le gouvernement actuel et même des officiers de haut rang veulent la
paix, mais certains secteurs de l’opposition et de la société sont chauvins, voire racistes, en ce qui concerne le problème des Tamouls. Et sur le
terrain, après un cessez-le-feu de trois mois, la guerre a repris en avril,
à l’initiative des LTTE qui accusent le gouvernement de ne pas respecter
ses engagements.
Dans mon diocèse, une partie – celle où je réside actuellement – est totalement sous contrôle de l’armée, une autre région est complètement aux
mains des Tigres, et le reste est disputé par les deux parties. Les gens
vivant dans la partie Nord du pays sont en fait toujours soumis au blocus,
qui a même été renforcé par les militaires. Le gouvernement de Colombo, au
début de l’année, avait pourtant partiellement relevé l’embargo contre le
Nord, ce qu’exigeaient les LTTE.
Mais aujourd’hui, les gens ne peuvent plus sortir de la région de Jaffna
et de certaines parties du diocèse de Mannar. Le secteur de la santé et de
l’éducation sont très touchés par ces mesures; il n’y a pas d’électricité.
Les barrages de l’armée ne laissent quasiment pas passer les sacs de ciment, les fers à béton, les clous…
Les gens vivent très mal; dans de nombreuses régions tamoules, 90% des
gens n’ont pas de travail: ils survivent à peine. Les pêcheurs ne peuvent
plus sortir en mer, c’est à nouveau totalement interdit. Le gouvernement,
grâce à l’aide des ONG et du Haut Commissariat des Nations Unies pour les
réfugiés (HCR), distribue gratuitement dans ces régions des rations de base
mensuelles comprenant de l’huile, du riz, de la farine, etc. Les bombardements aériens d’objectifs civils avaient recommencé, mais ils ont cessé car
les LTTE, qui disposent désormais de missiles anti-aériens SAM, ont abattu
récemment deux bombardiers gouvernementaux.
APIC:L’Eglise catholique au Sri Lanka parle souvent de paix, le pape Jean
Paul II aussi l’a fait lors de sa visite à Colombo en janvier dernier, mais
est-ce suffisant?
MgrRayappu:Quand le pape est venu, il y a eu un cessez-le-feu et une atmosphère pacifique qui nous a donné beaucoup d’espoir. Jean Paul II a parlé
de la paix en public mais aussi en privé avec la présidente. A son retour à
Rome, il lui a écrit une lettre. Un message a aussi été transmis aux chefs
des LTTE afin qu’ils n’abandonnent pas les pourparlers de paix. Le pape
s’est fait l’avocat de la paix, en soulignant que cette paix devait être
aussi basée sur la justice.
Certes, il est un peu décevant de voir que notre Conférence épiscopale,
composée en majorité d’évêques d’origine cinghalaise, parle de paix, mais
ne s’exprime pas de façon concrète sur des solutions. C’est d’abord une affaire qui concerne les hommes politiques, estime-t-on à la Conférence, où
l’on fait valoir que la petite minorité de catholiques (8%) risque d’être
soumise à des attaques si elle prend position, dans un pays où la grande
majorité est bouddhiste et où le bouddhisme est religion d’Etat. Je souhaiterais que l’Eglise au Sri Lanka se prononce plus clairement sur les droits
des Tamouls, mais il n’est pas facile d’obtenir un consensus dans ce domaine. (apic/be)




