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apic/Irak/Effets de l’embargo/un pharmacien belge témoigne/décès d’enfants
Irak: En raison de l’embargo, 12.000 enfants meurent chaque mois (180695)
Un pharmacien belge témoigne
Bruxelles, 18juin(APIC/CIP) Les enfants sont les premières victimes de
l’embargo imposé à l’Irak par le Conseil de Sécurité de l’ONU, affirme un
pharmacien belge de retour de Bagdad. «Dans ce pays, la mort emporte chaque
mois 12.000 enfants; de plus en plus de mamans souffrent de malnutrition et
un bébé sur cinq pèse moins de 2,5 kg à la naissance», a confié à l’agence
catholique belge CIP le pharmacien Alain Lejeune, au retour d’une visite de
neuf jours en Irak.
Alain Lejeune, président de la Commission d’éthique des Pharmaciens catholiques, s’est rendu sur le terrain pour une mission d’information humanitaire au nom de l’association «Enfants Sans Frontières», dont il est cofondateur. Les chiffres qu’il cite ne proviennent pas des autorités de Bagdad, mais d’organisations non gouvernementales comme la Croix-Rouge ou
d’associations de pharmaciens. La mort aurait ainsi frappé ces dernières
années plusieurs centaines de milliers d’enfants, selon un récent rapport,
établi sous le contrôle d’instances internationales.
Malheur aux vaincus: un «génocide silencieux des enfants»
«Ce n’est pas la première fois que je me rends sur les lieux d’une catastrophe, d’une guerre, d’un camp de réfugiés, raconte A. Lejeune. Ce que
j’ai vu en Irak est insupportable: l’aide humanitaire a été terriblement
réduite, à cause de l’embargo. L’an dernier, les trois-quarts du programme
d’aide n’ont pu être exécutés… ’Malheur aux vaincus!’ disait un proverbe
de l’Antiquité. Serait-ce le mot d’ordre des nations démocratiques: faire
payer à tout un peuple la politique de Saddam Hussein? Si c’est le cas, que
les démocrates occidentaux sachent que l’embargo qu’on maintient sur l’Irak
entraîne un génocide silencieux des enfants!»
Sur 21 millions d’Irakiens, quelque 3,5 millions aujourd’hui des risques
graves pour leur santé, à cause de la malnutrition et de la détérioration
générale des services de santé. Selon un récent rapport de la Croix-Rouge,
la vie de 125.000 bébés est en danger et celle de 500.000 enfants un à cinq
ans reste extrêmement fragile.
L’embargo ne devrait pas s’appliquer à l’aide humanitaire
«En principe, explique A. Lejeune, l’embargo ne s’applique pas à l’aide
humanitaire. Mais dans les faits, tout est bloqué : médicaments, nourriture
pour bébés, matériel pour épuration d’eau, pièces de rechange pour ambulances, matériel pour salles d’opération, produits d’anesthésie, plaques de
radiographie, ligatures chirurgicales… Même des firmes pharmaceutiques, à
qui des médicaments ont été payés, ont reçu ordre de ne pas exporter quoi
que ce soit vers l’Irak !»
«La malnutrition, observe encore le pharmacien belge, est en grave augmentation en Irak. Les rations alimentaires ayant été réduites en quelques
années jusqu’à 40 à 45 %, la malnutrition fait des ravages chez les femmes
enceintes et atteint 30 % des enfants de moins de cinq ans et plus de 40 %
des enfants en âge d’école primaire. Des maladies inconnues en Irak comme
le kwashiorkor ont fait leur apparition. L’an dernier, on a dénombré 1’345
cas de choléra dans ce pays dont le mal avait été éradiqué. Les cas de typhoïde ont plus que décuplé. Faute de vaccins, la tuberculose, la poliomyélite, la diphtérie et le tétanos sont en recrudescence…»
Alain Lejeune espère que des organisations pourront obtenir des NationsUnies une première mesure concrète: l’instauration d’une Commission de contrôle strict mais positif de l’aide humanitaire, afin de promouvoir celleci, alors que la Commission actuelle de contrôle de l’embargo s’efforce au
maximum de réduire l’aide.
Effets secondaires d’armes contenant de l’uranium
Alain Lejeune signale que, pour la première fois, de nouvelles armes ont
été utilisées par les Américains durant la guerre du Golfe. Quelque 300
tonnes d’uranium appauvri ont été utilisées pour la fabrication notamment
de têtes de balles et d’obus. Ces munitions ont libéré des matières gazeuses radioactives dans l’atmosphère lors de la guerre du Golfe. Des enfants
irakiens ont eu leur moelle épinière atteinte, tout comme des artilleurs
américains aujourd’hui en traitement aux Etats-Unis, affirme-t-il.
Le pharmacien belge rappelle les critères explicités en mars dernier par
le Saint-Siège quant à l’imposition ou au maintien d’un embargo. A l’issue
d’une seconde entrevue du haut responsable irakien Tarek Aziz avec le pape,
le Saint-Siège a défini sa position. Le Vatican ne conteste pas l’embargo
dans son principe, mais propose trois critères d’application. D’abord, les
sanctions doivent rester un moyen temporaire de pression sur les gouvernements et doivent toujours être accompagnées d’un dialogue entre les différentes parties. De plus, les sanctions ne doivent pas être un moyen de faire la guerre à un peuple ou de le punir. Enfin, il est nécessaire que soit
créé un organisme qui permette de vérifier régulièrement la situation et
qui, en particulier permette un contrôle des conséquences humanitaires et,
si nécessaire, propose des correctifs.
La première visite de Tarek Aziz au Vatican le 27 juin 1994 avait été
suivie, selon des sources autorisées, d’une démarche effective du SaintSiège auprès de l’ONU, mais «sans résultat». La seconde visite, le 16 mars
dernier, suivait de peu un nouveau veto opposé par les Etats-Unis à la levée de l’embargo contre l’Irak. (apic/cip/be)




