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apic/Cameroun/Ela

Menacé de mort, le théologien Jean-Marc Ela quitte le Cameroun (310895)

Yaoundé/Bruxelles, 31août(APIC/CIP) Menacé de mort par le gouvernement de

son pays, le Cameroun, l’abbé Jean-Marc Ela, maître de conférence au département de sociologie de l’Université de Yaoundé, compte demander l’asile au

Canada, où il est arrivé le 6 août, deux mois après avoir quitté Louvainla-Neuve, où il a effectué un séjour de trois mois en qualité de professeur

invité. C’est ce qu’annonce dans un mémorandum le Forum des Intellectuels

Africains de la Diaspora, à Bruxelles.

Ce départ forcé, explique le Forum dans un «appel urgent», «a pour cause

générale les innombrables brimades, humiliations et harcèlement, bref les

multiples formes de persécution et de violence systématisée que l’Etat du

Cameroun déchaîne à l’encontre des universitaires, des intellectuels, des

artistes et des créateurs qu’il soupçonne de dissidence».

L’exil de Jean-Marc Ela a s’explique par les menaces de mort répétées

dont il fait l’objet depuis l’assassinat, le 24 avril dernier, du Père jésuite Engelbert Mveng, historien, théologien, poète, sculpteur, éducateur

et fondateur d’oeuvres, un homme profondément estimé au Cameroun, connu et

respecté en Afrique et dans le monde.

Après le choc initial provoqué par le scandale de cet assassinat, la

plupart des voix qui avaient condamné ce crime se sont cependant tues, affirme dans son appel le Forum des Intellectuels Africains de la Diaspora.

Mais, dans ses prises de position publiques, Jean-Marc Ela a continué d’inviter la population à réfléchir sur cet événement. A l’occasion de la neuvaine de prières organisée à la mémoire du P. Mveng par l’archidiocèse de

Yaoundé, il n’a cessé d’interpeller avec fermeté l’Etat camerounais, le

rappelant à son devoir de protéger les personnes et les biens, d’administrer la justice et de garantir la sécurité physique des citoyens. A plusieurs reprises, précise le Forum, «il s’est interrogé publiquement sur ce

qui risque d’arriver à la société camerounaise si, portés au-delà de toute

limite, les dirigeants du pays ne respectent plus rien, ni les personnes,

ni les biens, ni les institutions, ni la vie elle-même».

Menaces de pus en plus persistantes

Intimidations et harcèlement se sont alors multipliés. Depuis son retour

de Belgique en juin 1995, les menaces de mort étaient de plus en plus persistantes et de plus en plus précises, «au point que nombreux sont ceux

qui, dans les milieux de la police, du clergé, de l’administration, de

l’université, de l’armée et de la Présidence de la République, étaient venus soit pour le plaindre, soit pour lui suggérer de partir, soit pour lui

annoncer que des listes circulaient, qu’un programme d’assassinat était en

place, et qu’après Engelbert Mveng, son tour était venu». Face a ces menaces, précise-t-on à Bruxelles, Jean-Marc Ela a été contraint à l’exil le 6

août dernier.

Dans son mémorandum de 14 pages, le Forum International des Intellectuels Africains décrit la situation actuelle au Cameroun: «criminalisation de

l’Etat et blocage des réformes politiques, enlisement économique et aggravation de la pauvreté des masses…

Prêtre diocésain, Jean-Marc Ela a été missionnaire durant 14 ans au nord

du Cameroun. Docteur en théologie (Strasbourg) et en sociologie (Paris-Sorbonne), il était maître de conférences à l’Université de Yaoundé et à

l’Université catholique de Louvain. Il est l’auteur de divers ouvrages: «Le

cri de l’homme africain. Voir le temps des héritiers» (avec René Luneau),

«L’Afrique des villages», «La ville en Afrique», «Ma foi d’Africain»…

(apic/cip/pr)

31 août 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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