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apic/Algérie/l’Eglise menacée de disparition/appel aux épiscopats d’Europe
Algérie:L’Eglise catholique menacée de disparition (020895)
Un appel des évêques algériens aux évêques d’Europe
Alger, 2août(APIC/CIP) L’Eglise d’Algérie peut apporter à l’Eglise catholique le témoignage de coexistences possibles dans un monde de plus en plus
divisé; la laisser disparaître serait surtout accepter comme inéluctables
les exclusions qui se multiplient: tel est en substance le récent message
adressé par les évêques d’Algérie aux présidents des Conférences épiscopales en Europe.
La note, publiée dans la dernière édition du SNOP, la lettre d’information de la Conférence des évêques de France, porte la signature des pasteurs des quatre diocèses catholiques que compte l’Algérie: Mgr Henri
Teissier, archevêque d’Alger, Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, Mgr Michel Gagnon, évêque de Laghouat, et Mgr Gabriel Piroird, évêque de Constantine et d’Hippone.
Au service de la population musulmane
Dans son introduction, le message situe le contexte de la mission de
l’Eglise dans le pays depuis l’indépendance: héritière de l’Eglise
coloniale française, elle s’est efforcée d’assurer sa présence dans
l’Algérie nouvelle en mettant son personnel au service de la population
musulmane.
Des liens ont déjà été tissés pendant «un siècle et demi de relations
ambiguës mais porteuses aussi d’un véritable témoignage chrétien», écrivent
les évêques. Ils se sont renforcés et étendus, ajoutent-ils, et une petite
communauté chrétienne algérienne est en cours de formation. Le dialogue
avec les musulmans s’est également développé à partir des questions posées
par les défis du développement, dans toutes ses dimensions, économique, politique, social, culturel et religieux. Par la coopération technique (Europe de l’Ouest, mais aussi Pologne, Hongrie, ex-Yougoslavie, République
tchèque, etc…), l’éducation et la formation, le service ensemble des plus
pauvres – mais aussi par les réflexions sur les problèmes de société, les
héritages religieux et la mise en oeuvre de la foi, les chrétiens participent à la croissance du pays. Parfois même une prière commune rassemble
chrétiens et musulmans.
L’épreuve de force
Les évêques expliquent ensuite «l’émergence d’un courant populaire révolutionnaire d’inspiration islamique» suite à l’échec de la politique menée
par un pouvoir «démocratique et populaire», dont l’Islam était la religion
d’Etat, et le pétrole la principale ressource. Un courant soutenu par les
mouvements analogues qui traversent l’ensemble du monde musulman et, de
plus, les autres sociétés (Afrique, Europe, Asie et même Amérique),
souligne l’épiscopat algérien.
La majorité prise en otage
Les évêques poursuivent : «Devant les exigences radicales du Front Islamique de Salut (FIS) (instauration immédiate d’une République islamique,
fortement appuyée par la contrainte sociale), le Pouvoir, soutenu par l’Armée, a suspendu le processus électoral qui conduisait le FIS à une victoire
relative mais certaine». L’épreuve de force dégénère alors en escalade de
violence où les attentats, de plus en plus spectaculaires et barbares, provoquent une répression de plus en plus brutale et aveugle. Prise en otage,
la majorité de la population avec de nombreux cadres, intellectuels, journalistes, les étrangers et les chrétiens, en sont les victimes désignées.
Sur les conseils des ambassadeurs, les étrangers quittent le pays. Ceux
qui restent sont astreints à des mesures de protection et des consignes de
sécurité qui rendent les déplacements difficiles. Les religieux (- ses) ont
déjà laissé huit victimes dans le diocèse d’Alger; les responsables consentent les replis, les regroupements provisoires ou les départs provisoires
ou définitifs. «Très entourés par une population généralement très attachée
à leur présence, beaucoup désirent rester dans ce pays auquel leur vocation
missionnaire les relie», observent les évêques.
D’autres ne résistent pas à la pression de la crainte et des interventions extérieures. Peu nombreux, les prêtres diocésains tentent aussi de
maintenir une présence symbolique, souvent réduite à quelques personnes
dans les «paroisses» (étudiants africains, chrétiens algériens, épouses
chrétiennes de musulmans, laïcs consacrés ou résidents). Le monastère des
Clarisses s’est transféré en France. Les Trappistes, devenus contemplatifs,
restent respectés jusqu’à maintenant par des groupes islamistes devenus dominants dans la région.
L’enjeu: la lutte contre la division et l’exclusion
La présence de l’Eglise catholique en Algérie s’est donc fortement amenuisée en quelques mois. Avec elle, soulignent les évêques, risqueraient de
disparaître des relations importantes à plusieurs titres:
-»avec les Algériens chrétiens et les épouses chrétiennes d’Algériens musulmans, c’est l’avenir de l’Eglise qui est en jeu. Leur quasi clandestinité s’abrite sous notre présence;
-»avec les Algériens musulmans qui rejettent le totalitarisme et veulent
vivre un Islam ouvert au pluralisme des tendances, des politiques, des cultures et accueillant aux autres religions; ceux-là rejettent aujourd’hui le
terrorisme islamique;
-»avec les Eglises d’Europe affrontées aux questions posées par l’Islam et
sa progressive structuration en Occident, notre expérience peut être utile
pour un nécessaire discernement;
-»avec les Eglises immergées comme nous dans un environnement musulman et
préoccupées du témoignage chrétien dans ce monde;
-»avec les Organisations et Institutions internationales préoccupées du
droit des minorités dont nous faisons partie et auxquelles notre expérience
peut apporter un témoignage concret».
Soutenir l’Eglise d’Algérie
Les évêques concluent : «Il nous semble enfin que participant nous-mêmes
à plusieurs cultures confrontées à un monde différent, nous pouvons apporter à l’Eglise catholique le témoignage de coexistences possibles dans un
monde de plus en plus divisé. L’épreuve que nous traversons renforce nos
solidarités, comme elle révèle la volonté de purification des intégristes.
Disparaître serait accepter comme inéluctables les exclusions qui se multiplient. Nous soutenir dans notre difficile mission serait, de la part de
l’Eglise, manifester sa volonté de lutter contre les divisions et son espérance de réconciliation et de coexistence possibles dans la diversité.
L’engagement des Eglises européennes à nos côtés pourrait servir ces objectifs, aussi bien en Europe que dans nos pays. Il s’inscrirait aussi dans un
aspect essentiel de notre mission aujourd’hui: la réconciliation annoncée
au nom de Jésus-Christ.» (apic/snop/cip/be)




