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Strasbourg: Le cardinal Sodano au Conseil de l’Europe

La nouvelle Europe ne peut se réaliser à sens unique (280995)

Strasbourg, 28septembre(APIC) «Il existe aujourd’hui une nouvelle Europe.

Mais nous nous trouvons aussi face à de nouveaux défis. De nouvelles possibilités de progrès matériel et spirituel se sont présentées, mais de nouveaux dangers nous menacent»: c’est la mise en garde adressée par le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican, devant l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe à Strasbourg.

Le numéro 2 du Vatican, qui prenait la parole dans l’hémicycle où JeanPaul II s’était rendu sept ans plus tôt, lors de sa visite aux Institutions

européennes à Strasbourg, a indiqué que le Saint-Siège, présent au Conseil

de l’Europe par sa mission permanente depuis 25 ans, apprécie les efforts

de cette institution «orientée à devenir une organisation véritablement

paneuropéenne». Il se réjouit que le Conseil, après avoir créé «un espace

européen dans lequel les principes de l’Etat de droit, les principes constitutionnels démocratiques et les droits de l’homme sont respectés», ait su

relevé les défis de l’élargissement pour devenir «une instance d’accompagnement, de soutien et de promotion des réformes démocratiques engagées par

les pays de l’Europe centrale et orientale».

Le Saint-Siège, a poursuivi le cardinal, veut pour sa part contribuer au

progrès du continent en lui apportant ce «supplément d’âme» dont toute société a besoin.

La nouvelle Europe

La nouvelle Europe née en 1990 «ne peut se réaliser à sens unique». Une

chose est l’élargissement, une autre «l’approfondissement des valeurs et

des principes de droit qui sont communs aux peuples du continent», a relevé

le cardinal Sodano, avant d’exprimer quelques souhaits pour l’avenir. Concernant tout d’abord le «patrimoine commun»: le Conseil de l’Europe intervenant en particulier dans le domaine juridique, le cardinal Sodano a évoqué en particulier la convention sur la protection des minorités et le projet de convention de bioéthique, «une matière où le vide juridique apparaît

aujourd’hui préoccupant» – d’où la «grande responsabilité non seulement juridique, mais aussi éthique et politique», de ses rédacteurs et de ceux qui

sont appelés à l’adopter.

Sur ce thème, le cardinal Sodano, après avoir rappelé que «l’Europe sociale est une préoccupation constante des Eglises», a salué les initiatives

du Conseil de l’Europe en matière de lutte contre le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et l’intolérance, de son travail dans le domaine de la

cohésion sociale et de l’action contre toute forme de pauvreté, d’exclusion

et de marginalisation.

Dans cette entreprise «passionnante autant que délicate», le Saint- Siège continuera d’offrir sa «contribution spécifique», spécialement en rappelant la «dimension transcendante de l’homme». Et le cardinal Sodano de souhaiter que tous les responsables de l’avenir de l’Europe «cultivent toujours cette vision transcendante de l’homme qui, du reste, constitue le patrimoine historique commun des chrétiens, des juifs et des musulmans». «Ce

sont, a-t-il ajouté, des éléments qui ont permis aux peuples, de l’ouest et

de l’est, du nord et du sud de l’Europe, de donner un sens à l’existence

quotidienne, à la personne humaine, à la famille, fondement de notre civilisation».

Malheureusement, au cours de ce siècle, «ces valeurs ont été foulées au

pied par des idéologies totalitaires» qui ont conduit à d’effroyables tragédies quand, «en oubliant les valeurs éthiques fondamentales de la culture

européenne, on en est arrivé à exalter le groupe ethnique, la classe, la

race ou l’Etat». Et le cardinal Sodano d’avertir que «ce n’est qu’en redécouvrant les valeurs fondamentales de notre histoire bimillénaire que nous

trouverons l’inspiration nécessaire pour bâtir un avenir meilleur pour le

continent européen».

Les droits de l’homme, patrimoine commun aux Etats modernes

Après avoir souligné l’apport chrétien à la construction de l’Europe en reconnaissant au passage que celle-ci «demande, encourage et manifeste»

l’oecuménisme entre les Eglises chrétiennes et la coopération entre les autres religions présentes en Europe – le secrétaire d’Etat du Vatican a,

dans ce contexte, dit l’inquiétude du Saint-Siège face à «certaines dérives

observables en matière de droit de l’individu, de la définition de la famille et du respect de la vie».

Le cardinal Sodano a souhaité que d’autres Etats puissent bientôt être

associés au Conseil de l’Europe, en s’engageant au respect des droits de

l’homme, qui sont devenus «un patrimoine commun aux Etats modernes». Le

Saint-Siège, a-t-il indiqué, encourage les initiatives en cours au sein du

Conseil de l’Europe «pour mettre au point des mécanismes de contrôle du

respect des engagements pris et pour rendre plus rapide, et donc plus efficace, la justice rendue par la Cour des droits de l’Homme».

Le cardinal secrétaire d’Etat a émis un dernier souhait: que les droits

de l’homme puissent, dans un bref délai, être respectés dans les Balkans.

Observant que «ce qui est arrivé dans l’ex-Yougoslavie ces quatre dernières

années représente un échec de la civilisation européenne, et surtout une

négation des principes juridiques qui doivent être le fondement de la convivialité nationale», il a formulé le voeu «que la primauté du droit et la

négociation prévalent désormais sur la force brutale et la méfiance, et que

les peuples si éprouvés des divers Etats balkaniques puissent rapidement

jouir de la paix à laquelle ils aspirent si légitimement». (apic/cip/pr)

28 septembre 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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