Le texte contient 112 lignes (max. 75 signes), 1192 mots et 8007 signes.

apic/Mgr Meile/Réformes dans l’Eglise/Nominations des évêques/viri probati

Prière de respecter l’embargo

Mercredi 6 septembre, 24h00

APIC – Invité

Pour faire avancer l’unité des chrétiens, des réformes (060995)

internes sont nécessaires dans l’Eglise catholique

Plaidoyer pour l’oecuménisme de Mgr Adrian Meile, ancien

collaborateur de la Secrétairerie d’Etat du Vatican

Tegna, 6septembre(APIC) Pour faire avancer l’unité des chrétiens, des réformes internes sont indispensables dans l’Eglise catholique, estime Mgr

Adrian Meile, un prêtre suisse de 72 ans résidant au Tessin, ancien collaborateur de la secrétairie d’Etat du Vatican, incardiné dans le diocèse de

Bâle.

Mgr Meile salue d’emblée la proposition «révolutionnaire» du pape Jean

Paul II faite dans sa récente encyclique oecuménique «Ut unum sint» (»Que

tous soient un»), parlant d’une nouvelle forme d’exercice du primat du pape, étant donné la «situation nouvelle» qui se dessine aujourd’hui dans

l’Eglise et dans le monde. Reconnaissant face à cette ouverture, l’ancien

diplomate du Vatican saisit l’occasion pour proposer une meilleure procédure de nomination des évêques, afin que les fidèles aient des pasteurs vraiment proches d’eux, ainsi qu’une solution courageuse et prudente du problème du célibat sacerdotal, avec l’acceptation de «viri probati» aux côtés de

prêtres célibataires.

Dans une contribution à divers organes de presse catholiques suisses notamment des organes officiels comme «Il Monitore ecclesiastico della diocesi di Lugano» et la «Schweizerische Kirchenzeitung» -, Mgr Meile, qui vit

depuis sa retraite dans le village tessinois de Tegna, salue l’engagement

oecuménique irréversible de l’Eglise catholique. Un engagement souligné une

nouvelle fois de façon magistrale par le pape Jean Paul II dans son encyclique oecuménique. L’actuelle division des chrétiens est en effet contraire à la volonté de Dieu.

Repenser le primat de l’évêque de Rome

Mais dans sa longue marche, le dialogue oecuménique doit faire face, de

chaque côté, à de nombreux obstacles historiques, dogmatiques et juridiques

qui se sont accumulés au cours des siècles, comme aussi à de nombreuses

difficultés d’ordre psychologique. Parmi ceux-ci, note Mgr Meile, l’écueil

le plus sérieux est constitué par la façon actuelle d’exercer le primat de

l’évêque de Rome. Ce primat, qui a évolué au cours de l’histoire, représente le principal empêchement sur la route qui mène à l’unité de tous les

chrétiens.

Mgr Adrian Meile base sa réflexion notamment sur son expérience personnelle et pastorale et sur celle acquise dans le cadre de ses fonctions diplomatiques comme attaché puis secrétaire de nonciature, collaborateur de

la Secrétairerie d’Etat du Vatican (à la section «Rapports avec les Etats»)

et observateur permanent du Saint-Siège au Conseil de l’Europe à Strasbourg. Il fait également valoir dans une moindre mesure sa connaissance des

chrétiens d’Orient (de 1958 à 1960, Mgr Meile fut attaché de la représentation diplomatique du Vatican à Téhéran).

Pour l’ancien diplomate du Vatican, qui est resté engagé dans la pastorale au Tessin, «le critère qui sera appliqué par les chrétiens non romains

pour se faire une idée plus concrète sur la crédibilité et l’authenticité

de notre engagement oecuménique, consistera et consiste déjà à observer

comment et dans quelle mesure l’évêque de Rome saura exercer le primat face

aux brebis de l’Eglise catholique elle-même». Et Mgr Meile d’insister: la

nouvelle façon d’exercer le primat du pontife romain, alliée à sa disponibilité au dialogue, sera plus facilement acceptée par les autres Eglises si

ces dernières sont convaincues que le siège de Pierre et de ses successeurs

sait traiter, avec un «feeling» toujours plus grand, avec les Eglises locales.

Nominations épiscopales: un «aggiornamento» du code de droit canonique

«L’unité visible des chrétiens, j’en suis profondément convaincu, fera

de grands pas en avant et réussira à se consolider quand nous, les catholiques, aurons le courage d’introduire dans notre Eglise les réformes pastorales, juridiques et disciplinaires qui, face à une ’situation nouvelle’,

comme l’appelle le pape, et dans la plus absolue fidélité à l’Evangile et à

la Tradition, correspondent le mieux aux signes des temps». Mgr Meile cite

deux points très importants: celui inhérent à une meilleure procédure de

nomination des évêques, plus vaste et plus efficace, et celui d’une solution prudente, réfléchie et courageuse du problème du célibat sacerdotal.

En d’autres termes, l’ancien diplomate du Vatican estime qu’aussi longtemps que nos Eglises locales, à savoir les diocèses particuliers, ne seront pas prises davantage au sérieux par le Siège apostolique quant à leurs

désirs légitimes et bien motivés et leurs requêtes fondées, la majorité des

Eglises et communautés non romaines se tiendront à distance et jugeront les

plus louables initiatives de l’évêque de Rome avec suspicion et scepticisme. C’est un fait, estime Mgr Meile, l’immense majorité du peuple de Dieu

demande depuis longtemps des évêques vraiment proches des fidèles (et bien

accueillis par eux), de même que deux formes de vie sacerdotale, au lieu de

la seule qui existe jusqu’ici dans l’Eglise latine.

En ce qui concerne les nominations épiscopales, Mgr Meile souhaite une

modification et un «aggiornamento» de l’article 377, alinéa 3 du code de

droit canon, afin que les Eglises locales aient davantage de droits, de façon à leur garantir un véritable droit de participation canoniquement contraignant, et pas comme aujourd’hui (à part les normes concordataires existant dans certains endroits) un avis simplement consultatif. La réintroduction d’une procédure de nomination épiscopale qui s’appuyerait sur des bases canoniques bien plus larges aurait des conséquences très positives tant

à l’intérieur de l’Eglise catholique elle-même, que dans le milieu oecuménique.

Résoudre de façon prudente le délicat problème du célibat sacerdotal

Mgr Meile avance ensuite un autre argument d’égale importance ecclésiale

interne et oecuménique, celui de l’accès au sacerdoce d’hommes mariés à la

foi éprouvée et qui jouissent de l’estime des fidèles, les «viri probati».

Il est persuadé que le jour viendra où l’Eglise catholique de rite latin se

décidera à régler, d’une manière bien plus différenciée, les conditions canoniques en vigueur relatives à l’admission des candidats au sacerdoce,

éventuellement par analogie à ce qui a déjà été décidé pour les diacres

(Lumen gentium 29).

Il y aura par conséquent deux sortes de prêtres, les célibataires et les

mariés, comme c’était d’ailleurs la pratique dans le premier millénaire du

christianisme et comme c’est encore le cas dans les Eglises orientales. En

effet, fait-il remarquer, le manque de prêtres se fera toujours plus sentir

et de nombreuses paroisses et communautés sans prêtres seront toujours davantage contraintes à se contenter de formes alternatives de culte, par

exemple des «célébrations de la parole».

«Face à Dieu et à l’humanité, ma conscience me le dit, la responsabilité

du Siège apostolique de ne pas vouloir en tirer les conséquences nécessaires, ou bien de ne pas vouloir les tirer avec la sollicitude que l’urgence

de la situation semble réclamer, serait grave», affirme Mgr Meile. «En vertu du droit divin, en effet, poursuit-il, l’eucharistie est le coeur de la

vie liturgique; c’est la Cène d’amour que Jésus, avant d’affronter la Passion, a célébrée pour ses amis, pour nous tous. Mais comment la célébrer

s’il n’y a pas de prêtres ordonnés? Le droit divin prime le droit humain!».

En conclusion, estime Mgr Meile, grâce notamment aux réformes proposées

ici, la chrétienté ne verra plus dans l’évêque de Rome un obstacle insurmontable à l’unité visible de l’Eglise du Christ, comme c’est malheureusement le cas dans une grande mesure à l’heure actuelle. (apic/be)

Prière de respecter l’embargo

Mercredi 6 septembre, 24h00

6 septembre 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
Partagez!