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apic/Interview/ Mgr Bartholomée Ier
APIC – interview
Mgr Bartholomée Ier, patriarche oecuménique de Constantinople
Le dialogue oecuménique dépend du dialogue panorthodoxe
Jean-Claude Noyé, pour l’Agence APIC
Paris, 10 novembre(APIC) Mgr Bartholomée Ier, patriarche oecuménique de
Constantinople, est un homme de dialogue. Lors de son passage en France où
il a notamment rencontré les membres de la Conférence des évêques, il a
rappelé l’importance qu’il attache aux relations interorthodoxes et à l’oecuménisme. Pour lui il ne saurait y avoir de guerre de religions en Bosnie,
encore moins de guerre sainte.
APIC: L’orthodoxie est divisée en de nombreuses Eglises nationales ou locales, où en est le dialogue interorthodoxe?
Mgr Bartholomée: Nos Eglises locales autocéphales forment une seule famille
ayant le même droit canonique et les mêmes sacrements. Nous avons l’intercommunion. Le patriarcat de Constantinople dispose de la primauté d’honneur. Il a un rôle d’initiative et de présidence pour les questions panorthodoxes et le dialogue avec les autres communautés chrétiennes. Les dialogues avec les autres confessions chrétiennes dépendent eux-mêmes beaucoup
du dialogue pan-orthodoxe. Moi-même j’ai convoqué pour la première fois les
chefs des Eglises autocéphales afin que l’on se connaisse mieux et que l’on
réfléchisse ensemble aux divers enjeux auquels l’humanité est confrontée.
Nous étions récemment à Patmos pour les célébrations de l’anniversaire de
l’Apocalypse de Jean. Le patriarche de Moscou n’y a pas participé. Des problèmes concrets relatifs à l’Eglise d’Estonie et à la diaspora ukrainienne
se pose entre Moscou et Constantinople. Nous avons des échanges à ce propos
et j’ai bon espoir que ces questions progressent. Il y a aussi des problèmes entre Moscou et la Roumanie à propos de La Moldavie et de la Bessarabie, mais là je ne voudrais pas m’en mêler.
APIC: Votre mission depuis la disparition du bloc de l’Est n’est-elle pas
autant politique que pastorale?
Mgr B.: Non, c’est ce qui peut apparaître de l’extérieur, mais à tort. Il y
a d’autres instances pour s’occuper de politique. Les développpements récents en Europe de l’Est ont des conséquences importantes sur les Eglises
locales et sur le christianisme en général, mais nous voulons rester sur un
plan religieux.
APIC: En Bosnie, certains Serbes laissent entendre qu’ils mènent une guerre
sainte contre les musulmans…
Mgr B.: Pour l’orthodoxie, il n’y a pas de guerre sainte. Nous condamnons
toutes les violences. Le patriarcat oecuménique a envoyé de nombreux appels
à la paix aux parties intéressées et aux chefs spirituels des diverses
communautés. Les orphelins de Bosnie, de toutes les confessions, sont nos
enfants. Les veuves et les mères qui pleurent leurs fils et filles sont nos
soeurs.
APIC: On a parfois l’impression que vous favorisez essentiellement le dialogue Constantinople-Rome. Ne peut-il pas y avoir une relation triangulaire
Rome-Constantinople-Genève?
Mgr B.: Nous avons bien entendu des dialogues bilatéraux avec les réformés
mais aussi des dialogues multilatéraux au sein du Conseil oecuménique des
Eglises (COE) et de la Conférence des Eglises européennes (KEK). Nous ne
faisons pas d’exclusion. Au mois de décembre je rendrai visite à l’archevêque de Cantorbéry, j’irai ensuite à Genève auprès de l’Alliance réformée
mondiale et de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS)
ainsi que d’autres instances protestantes.
APIC: Quel sera le visage de l’oecuménisme en l’an 2000 et après?
Mgr B.: Assez semblable à aujourd’hui, mais peut-être plus intense si l’on
s’en réfère aux propositions du pape Jean Paul II pour le jubilé de l’an
2000 et à l’accélération de nos efforts pour nous rapprocher. Nous avons
nous aussi mis sur pied un comité pour préparer ce jubilé et pour la mise
en oeuvre de décisions concrètes qui feront avancer l’oecuménisme.
En 1997 il y aura le grand rassemblement oecuménique européen à Graz, en
Autriche, sur le thème de la réconciliation. Et en 1998 le COE fêtera son
50e anniversaire au Zimbabwe. Ce sont deux dates importantes pour l’oecuménisme. (apic/jcn/mp)




