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Zaïre: Les évêques pressent les hommes politiques (310196)

d’abandonner la «voie suicidaire» où ils sont engagés

Kinshasa/Bruxelles, 31janvier(APIC) «Ces dernières années, des communautés entières été ont condamnées à mourir violemment ou à petit feu, torturées et épuisées par la faim, la misère, la maladie et les guerres fratricides.» «Témoins attristés de l’assassinat du peuple», les évêques zairois n’ont pas de mots assez forts pour condamner «le mépris de Dieu et de

la dignité de la personne humaine» qui règnent dans le pays.

Dans un message diffusé au lendemain de la réunion du Comité permanent

de l’épiscopat (20-22 janvier), les évêques pressent les hommes politiques

d’abandonner «la voie suicidaire» où ils sont engagés. Ils invitent le peuple à «se prendre en charge dans tous les domaines», à préparer les élections, avec cette mise en garde: «Attention aux loups déguisés en agneaux».

L’incurie et la nuisance du pouvoir

Le récent crash d’un avion sur le marché de Ndolo, qui a fait des centaines de morts «résume à lui seul l’incurie et la nuisance du pouvoir»,

dénoncent les évêques. Pourquoi les autorités ont-elles laissé un marché

s’établir là? Pourquoi laissent-elles circuler librement «des cercueils volants?» Par cupidité et au mépris de la vie humaine, répondent les évêques.

Et «si rien ne change, ce genre d’accident se reproduira encore», car le

matériel et les infrastructures placés sous l’autorité de l’Etat «sont devenus de véritables dangers».

Rien de surprenant à cela, pour les évêques: «la mort de l’Etat entraîne

la mort physique et morale du peuple». La déchéance morale, écrivent-ils

est «l’une des conséquences de la misère sans nom qui contraint le peuple à

recourir, pour survivre, à des expédients et à des solutions souvent incompatibles avec sa conscience». Le peuple «est quotidiennement confronté au

spectre de la mort. Ces dernières années, des communautés entières sont

condamnées à mourir violemment ou à petit feu, torturées et épuisées par la

faim, la misère, la maladie et les guerres fratricides».

Mépris de Dieu

Plus fondamentalement, les évêques mettent en cause, une «volonté perverse» de détruire le peuple qui «provient du mépris de Dieu et de la négation de la valeur unique de la personne humaine». Ce mépris de Dieu se manifeste entre autres par le recours à la magie et aux forces occultes et se

traduit plus particulièrement «par la volonté politique de créer et de multiplier de faux cultes, d’instrumentaliser la religion à des fins économiques et électoralistes». Quand Dieu n’est plus qu’un «simple instrument

pour l’acquisition de l’argent et pour la conservation ou la conquête du

pouvoir», plus rien ne fonde le droit ni le respect de la personne: «dans

cet aveuglement, pour juger du bien et du mal, le dirigeant politique adopte l’argent et le pouvoir comme seules normes de référence».

Les évêques observent que beaucoup d’autres pays d’Afrique sont soumis à

un même processus de destruction à cause de la cupidité et de l’aveuglement

moral de leurs dirigeants. Par ailleurs, il leur paraît évident que «la volonté de tuer l’Afrique» n’est pas l’oeuvre des seuls dirigeants locaux,

qui ne sont le plus souvent que des complices exécutant des programmes conçus en dehors du continent: la plupart des guerres tribales et des divisions politiques en Afrique sont soutenues et parfois provoquées par des

pays étrangers pour leurs intérêts particuliers.

Des élections libres et transparentes

Aux hommes politiques, dont beaucoup sont chrétiens, les évêques rappellent que «l’orgueil et le mépris de Dieu conduisent à la perdition». Ils

leur demandent de quitter la «voie suicidaire» dans laquelle ils sont engagés, «car vous ne pourrez jamais survivre à la mort de votre peuple».

La solution? Dans les circonstances actuelles, l’organisation des élections libres et transparentes est, aux yeux des évêques zaïrois, la voie

appropriée pour sortir de la longue crise politique. Les évêques en précisent les conditions préalables: sécurité des personnes et des biens, liberté d’expression pour tous, réhabilitation des voies de communication, restitution à la communauté nationale des moyens essentiels au fonctionnement

de l’Etat.

Si les «amis étrangers» ne sont pas pour rien dans le marasme actuel,

les évêques ne doutent pas que beaucoup sont épris de justice et de paix.

Ils leur demandent d’aider à combattre les maux qui nous frappent et qui

sont souvent programmés chez vous».

«Rejetez les candidats sans idéal»

S’adressant enfin au «peuple de Dieu qui est au Zaïre», les évêques

l’invitent à s’organiser pour mieux se prendre en charge dans tous les domaines, en faisant preuve d’imagination créatrice, de dynamisme et de solidarité au plan local pour assurer et améliorer ses conditions de vie.

Les évêques l’invitent aussi à préparer les élections, avec une claire

mise en garde: «Les candidats sans idéal, ceux qui sont cause de votre malheur d’aujourd’hui, vont sans doute demain, et sans honte aucune, solliciter vos suffrages. Ils vont se présenter comme vos bienfaiteurs en vous offrant des billets de banque, des vivres, des boissons et d’autres biens de

première nécessité. Attention aux loups en peau de brebis. Soyez conscients

de votre dignité, de vos prérogatives et de vos obligations. Ne votez en

conscience que pour ceux dont vous êtes sûrs qu’ils défendront les intérêts

communautaires et s’occuperont du bien général. (apic/cip/mp)

31 janvier 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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