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apic/JOC/International

JOC internationale: la «Déclaration de principes»

réaffirme et précise la «caractéristique chrétienne» (130296)

CIJOC et JOCI: le divorce toujours… Question d’ouverture vers les autres?

Bruxelles, 13février(APIC) La Jeunesse Ouvrière Chrétienne doit-elle donner la priorité à la classe ouvrière, aux opprimés, aux exclus ou doit-elle

plutôt mettre l’Eglise en mouvement, «refaire chrétienne» la société ? Le

débat est vieux… comme la JOC. Il a engendré des tensions qui, au plan

international, ont débouché sur une scission. C’était en 1986, à la suite

de l’adoption par le Conseil international de 1974 d’une «Déclaration de

principes». Le dernier Conseil international de la JOCI a révisé ce texte.

La Jeunesse Ouvrière Chrétienne est bien sûr un mouvement d’Eglise. Un

de ses fondateurs, Joseph Cardijn, fut créé cardinal par Paul VI. Le lien à

l’Eglise catholique a cependant toujours fait problème.

Dès le départ, des tensions

En 1986, une internationale dissidente, la CIJOC, est créée par la France et quelques autres mouvements européens; le Conseil pontifical pour les

laïcs retire alors sa reconnaissance à la JOC Internationale et appuie

fortement la CIJOC. Depuis, les choses en sont restées là, malgré diverses

tentatives de conciliation, si bien que deux internationales coexistent.

Réuni en Afrique du Sud en décembre dernier, le Conseil international de

la JOCI a révisé sa «Déclaration de principes». Les termes adoptés sont

donc particulièrement intéressants à analyser. Un prêtre belge, Luc Roussel, historien de la JOC, s’y est attaché. Pour constater que le texte révisé suit, en gros, la première mouture de 1974; avec toutefois quelques

accentuations:

Les allusions au marxisme sont plus discrètes; la référence à la recherche de sens plus forte, celle-ci étant définie comme «dimension essentielle

de toute personne»; découvrir le sens profond de (sa) vie» est même signalé

comme le premier objectif fondamental de la JOC.

Pluralisme recherché

La JOC recherche constamment le dialogue entre les confessions chrétiennes, avec les autres religions et les autres formes d’expression du sens de

la vie. Elle travaille à une Eglise où la priorité est donnée à la classe

ouvrière, aux opprimés, aux exclus… «C’est bien ce qui fait difficulté

pour Rome, relève Luc Roussel. Les responsables du Vatican en sont restés à

la définition traditionnelle de l’Action catholique: mettre l’Eglise en

mouvement, refaire chrétienne la société. Pour ce faire, il est clair que

la priorité est l’évangélisation plutôt que l’émancipation des travailleurs

et que les cadres du mouvement doivent être des chrétiens convaincus, des

«apôtres». Ce schéma a incontestablement donné une très grande vitalité à

l’Eglise dans les années 30 à 50 et a permis à des milliers de militants de

se former et d’agir. Mais il a aussi montré ses faiblesses puisque l’objectif de reconquête de la société a largement échoué».

On trouve déjà trace de ces débats du temps de Cardijn et dans les discussions qui ont présidé à la naissance de la JOC Internationale, relève

Luc Roussel. «Il est intéressant de noter, ajoute-t-il, qu’ils n’ont pu

être tranchés à l’époque et que la scission actuelle entre la JOCI et la

CIJOC en est en quelque sorte la conséquence, alors même que la situation

des jeunes travailleurs et la place de l’Eglise dans la société a complètement changé!»

Situation en Asie et en Occident

Dès les débuts de la JOC en Asie, un autre impératif s’est imposé aux

fondateurs de la JOC: l’Eglise catholique rassemble une infime minorité

dans des régions où le bouddhisme, l’islam… sont omniprésents. «La JOC,

comme l’Eglise dans son ensemble, ne pouvait – sous peine de sombrer dans

le ridicule – qu’être discrète, ouverte à l’ensemble des jeunes travailleurs et au service de la population la plus marginalisée, commente Luc

Roussel. Il en va évidemment encore de même aujourd’hui. Si la JOC a de

l’influence au Japon et ailleurs, c’est parce qu’elle est ouverte, sensible

aux recherches de foi et de sens des jeunes, respectueuse des autres confessions. Une autre attitude serait considérée comme injurieuse».

Pour Luc Roussel, cette attitude est et sera probablement de plus en

plus à mettre en oeuvre en Europe. «La JOC, conclut-il, n’a d’ailleurs pas

vraiment la possibilité de faire autrement vu les caractéristiques de la

jeunesse en milieu populaire. Cela a au moins l’avantage d’autoriser un regard positif sur la société et la culture d’aujourd’hui et d’essayer à

partir d’expériences très concrètes de changer ce qui manque vraiment de

sens. La plupart des jeunes y sont d’ailleurs très sensibles et ne demandent qu’à ouvrir les yeux à ce propos. C’est le service que pourrait leur

rendre la JOC dans nos pays. C’est le service qu’elle pourrait également

rendre à l’Eglise». (apic/cip/pr)

13 février 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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