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Nicaragua: Sévères critiques des protestants après la visite du pape

7’142 dollars la minute alors que les pauvres manquent de tout (090296)

Managua, 9février(APIC) Les milieux protestants nicaraguayens ont vivement critiqué la visite du pape faite dans leur pays le 7 février, après

une première, controversée déjà, disent-ils, il y a 13 ans. Dans un pays où

la grande majorité de la population vit dans une extrême misère, les protestants estiment le coût de la visite du pape à 7’142 dollars la minute.

Jean Paul II est resté une dizaine d’heures à Managua. Soit plus de 4,2

millions de dollars

Plusieurs responsables protestants s’élèvent en effet contre les frais

élevés occasionnés par cette visite. La ville de Managua a dépensé 100’000

dollars pour reconstruire la place où le pape a célébré la messe, et les

fonctionnaires de la police ont demandé 350’000 dollars de plus pour les

heures supplémentaires, indique l’Agence oecuménique ENI. Ces responsables

protestants s’étonnent sans autre commentaire: «Le pape a parlé de la profonde nuit noire qui avait entouré sa précédente visite, différente de la

célébration eucharistique dans la lumière du voyage actuel». Il y a 13 ans,

le régime sandiniste faisait face à une lutte armée sanglante et fratricide

contre «La Contra» contre-révolutionnaire entretenue en armes et en dollars

par les Etats-Unis, souligne-t-on à Managua.

«Les catholiques-romains ont certes le droit de faire venir leurs responsables, mais nous ne pouvons pas accepter ces dépenses excessives juste

pour une visite de quelques heures», a déploré Gilberto Aguirre, directeur

exécutif du Conseil des Eglises évangéliques du Nicaragua (CEPAD). «Je paie

mes impôts pour les écoles, les services de santé, les routes, et non pour

cela».

La visite du pape s’est déroulée alors que le Nicaragua vit dans un contexte de pauvreté et de violence extrêmes, et un groupe de responsables

protestants a adressé un appel au pape, lui demandant de ne pas ignorer la

situation sociale dramatique du pays. «Le Nicaragua doit faire face à de

multiples problèmes: un taux élevé de chômage, que nous n’avons jamais connu auparavant, une situation de pauvreté terrible, la pénurie de logements,

la détérioration des soins de santé et de l’éducation dans les secteurs populaires, la délinquance croissante, l’abus des drogues, et la prostitution», ont-ils écrit dans leur lettre adressée à Jean-Paul II.

Les signataires, parmi lesquels figurent Ilo Utech, de l’Eglise luthérienne, Norman Bent, de l’Eglise morave, Miguel Angel Ramirez, des Assemblées de Dieu, expriment en outre la crainte que cette visite ne soit utilisée «par les nouveaux marchands du Temple, par ces forces politiques et

économiques qui veulent pratiquer un capitalisme sauvage que vous avez

souvent critiqué». (apic/eni/pr)

9 février 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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