Un responsable musulman de Banja Luka regrette le «manque de réaction» de
la part de l’Eglise orthodoxe locale ENI-96-0033çF (a)
PREMIERE PARTIE Varsovie, le 7 février (ENIçJonathan Luxmoore) – Deux
responsables catholique romain et musulman de Banja Luka en Bosnie ont
rendu hommage à l’action des «nombreux Serbes» qui ont essayé d’aider les
habitants musulmans et croates pendant les vagues de terreur et de
purification ethnique qui ont déferlé sur la Bosnie.
Mais ils ont regretté le «manque de réaction» de la part de l’Eglise
orthodoxe locale face aux atrocités perpétrées dans la ville pendant la
guerre.
Banja Luka était une base importante militaire et administrative de la
République serbe bosniaque autoproclamée – Republika Srpska – après le
déclenchement de la guerre en Bosnie en 1992. Banja Luka doit maintenant
rester sous contrôle serbe selon l’Accord de paix de Dayton de novembre
dernier.
D’après l’ancien représentant de droits de la personne de l’ONU, Tadeusz
Mazowiecki, qui s’était vu refuser l’accès à la ville lors de sept missions
effectuées dans les Balkans, les musulmans et les catholiques romains ont
été victimes d’une «campagne de terreur» et de représailles après la
reprise du contrôle de l’enclave de Slavonie occidentale par l’armée croate
en mai 1995.
Dans une interview accordée au quotidien Gazeta Wyborcza le vendredi 2
février, l’imam de la communauté musulmane de Banja Luka, Effendi
Halidovic, a précisé que les 16 mosquées de la ville avaient toutes été
détruites, et qúil ne leur restait qúune petite salle pour les prières
quotidiennes.
D’après l’imam, «un très grand nombre de Serbes» auraient préféré un
changement au niveau de leurs chefs. «Et même au sein du gouvernement, il y
a des gens honnêtes», a-t-il ajouté. «Même si un grand nombre de ceux qui
voulaient nous protéger ne pouvaient pas le faire ou n’en avaient pas le
courage, il y a eu aussi beaucoup de Serbes qui ont secrètement aidé les
musulmans.»
L’imam a rappelé qúil y avait eu des séances de prières et des appels
communs avec des représentants orthodoxes serbes lorsque la guerre a
commencé en 1992.
«Mais plus tard, lorsque des mosquées ont été détruites et des musulmans
tués, nous n’avons pas rec,u de condoléances des dignitaires de l’Eglise»,
a déploré l’imam, qui est resté à Banja Luka pendant la durée de la guerre
alors que les habitants musulmans étaient expulsés. Il va s’efforcer
dorénavant de reconstruire sa communauté avec les réfugiés qui sont
revenus.
Dans une autre interview, publiée dans Gazeta Wyborcza, l’évêque catholique
romain de Banja Luka, Franjo Komarica, a rappelé que la majorité des
catholiques romains du diocèse de Banja Luka ont été expulsés par les
Serbes et ne sont jamais revenus, et qúil n’en reste aujourd’hui plus que 5
000.
«Je suis certain que nous avons assisté à un combat entre les forces du
bien et du mal», a dit l’évêque. «L’esprit du bien était toujours présent,
tout comme l’esprit du mal.»
L’évêque Komarica, qui n’est plus en résidence surveillée depuis l’Accord
de Dayton, a souligné qúil avait aussi essayé de maintenir des contacts
avec le responsable orthodoxe serbe de Banja Luka, le métropolite Jefrem.
«Quand la guerre a commencé, il est intervenu à maintes reprises, et nous
sommes même allés ensemble sur le terrain pour essayer d’arrêter le
massacre. Le pape le savait et l’a remercié publiquement» de ses
interventions, a précisé l’évêque Komarica.
«Mais le métropolite nous avait confié que cette attitude lui attirait des
ennuis. Certes, il affirmait ne pas en tenir compte,
mais j’avais l’impression qúil était soumis à de fortes pressions de la
part d’extrémistes, de ceux qui voulaient ces massacres. Et plus tard,
quand des choses terribles se sont produites sous ses yeux et que des
églises catholiques ont été détruites, le métropolite n’a pas réagi.
Peut-être l’a-t-il fait, mais cela n’a pas été porté à ma connaissance.»
Pour l’évêque Komarica, il serait injuste de blâmer la «nation serbe» pour
ce qui s’est passé à Banja Luka. Il a d’ailleurs souvent répété aux
dirigeants serbes que les Serbes les avaient choisis «pour être des
politiciens, non des criminels».




