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apic/Action catholique romande/ session de Bex
Bex: «Etats généraux» de l’Action catholique romande (280496)
Un regard lucide sur un monde qui change
mais qui a besoin de chrétiens engagés
Bex, 28avril(APIC) Plus de 60 responsables de mouvements d’Action catholique de Suisse romande, réunis à Bex, ont échangé durant trois jours leurs
expériences sur la vie de leurs mouvements et sur leur avenir. Malgré des
effectifs parfois très réduits, ils ont décidé de poursuivre la route. Sans
exclure de modifier certaines trajectoires. Mais en redisant leur joie
d’être pleinement dans le monde pour le transformer. Mgr Pierre Bürcher,
évêque auxiliaire à Lausanne et son prédécesseur, Mgr Gabriel Bullet, ont
été des auditeurs très attentifs de ces «Etats généraux» de l’Action catholique en Suisse romande.
Les participants ont exprimé leurs revendications pour une Eglise plus
fraternelle et moins autoritaire. Exigeants avec eux-mêmes, il ne veulent
pas avoir raison sur tout, mais «cheminer» avec ceux – pas tous croyants ni
pratiquants – qui luttent contre l’injustice. Heureux pourtant d’avoir comme référence essentielle l’homme contemporain et le Christ libérateur «qui
les attend en Galilée».
Les organisateurs de la session avaient fait appel à deux intervenants,
le sociologue Charles Ridoré, secrétaire romand de l’Action de Carême et le
Père Albert Longchamp, jésuite et rédacteur en chef de «L’Echo Illustré».
Deux regards complémentaires pour mieux comprendre «le terrain» sur lequel
travaillent les militants. Un monde et une Eglise qui ont changé depuis les
débuts de l’Action catholique, il y a 60 ans environ.
Révolution ou adaptation?
Pour Charles Ridoré le choix du terme «d’Etats généraux» pour cette session, n’est pas innocent. Il traduit de la part des mouvements un sentiment
de crise et une quête d’orientation. Les Etats généraux de France ont été
le prélude à la Révolution française. Doit-on en déduire qu’une prochaine
révolution est en train de mijoter dans l’Action catholique romande, voire
que l’on va abandonner la célèbre méthode «voir-juger-agir?
Les laïcs et leurs aumôniers sont trop imprégnés de la joie de vivre le
Christ réssuscité, et trop désireux de participer aux luttes de ce monde,
pour tout abandonner. Mais ils ne veulent pas manquer les adaptation nécessaires. Ils veulent, comme le note Charles Ridoré, réfléchir sur «la complexité du monde moderne sur les boulversements de tous ordres qui provoquent des sentiments d’insécurité, de perte d’orientation, et qui poussent
en particulier fuir les structures opaques, impersonelles».
Questionnaire préalable
La session de Bex a été précédée par un grand questionnaire envoyé à
tous les mouvements. L’Action catholique agricole et rurale (ACAR), l’Action catholique des Milieux indépendants (ACI), l’Action catholique générale (Vie et Foi), l’Action catholique ouvrière (ACO), la Jeunesse étudiante
chrétiennne (JEC), la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), le Mouvement
d’aspostolat des enfants et préadolescents (MADEP), le Mouvement chrétien
des retraités (Vie Montante) et Frères sans frontières (FSF), ont répondu à
cette vaste enquête portant notamment sur le sens leur insertion dans les
milieux de vie, sur leur propre connaissance du monde, sur la manière de
vivre en équipe. Autre question posée: Sont-ils vraiment en Eglise et sontils vraiment reconnus comme tels par les paroisses et la hiérarchie?
«Fermer la boutique»?
«Tout se passe comme si nous avions tragiquement oublié le visage du
Christ serviteur, qui lave les pieds de ses discciples, a relevé le Père
Albert Longchamp dans son exposé. Cherchons-nous un rapport confortable à
l’Evangile ou acceptons-nous «cette écoute difficile et déroutante» comme
l’ont écrit les représentants de la JOC dans la réponse à l’enquête, qui
nous remettra, littéralement en route? Lorsqu’ils sont découragés, qu’ils
se sentent isolés ou mal compris, certains d’entre nous, militants ou dirigeants de mouvements catholiques qui peinent à renouveler leurs troupes,
disent parfois. «Je me demande si ce n’est pas le moment de fermer la boutique». D’une certaine manière, j’aimerais leur dire: «Oui, il est temps de
fermer boutique. De prendre votre sac et de repartir sur la route, pour repartir à l’aventure du monde où le Christ lui même vous donne rendez-vous
nous attend, comme jadis les disciples en Galilée. Le problème étant, bien
sûr, de définir où est notre Galilée».
Reprenant une citation du Père Martelet, «ce n’est pas le culte qui est
premier, c’est l’Evangile», le Père Longchamp, estime que c’est parce qu’il
y a une communauté qui accède à l’évangélisation qu’il y a une communauté
célébrante. N’allons pas trop vite. «A mon avis, la tâche propre des mouvements laïcs est la prise en charge de l’accès à l’évangélisation. La mission des mouvements devient un mission d’accompagnement. Cela implique un
«cheminement» commun avant de déboucher sur un «enseignement» et d’être
confirmé dans un «engagement».
Quelle Eglise pour notre monde?
Dans les carrefours et le débat qui a suivi, les participants ont dit
quelle Eglise ils souhaitaient. Les adjectifs sont venus spontanément:
«Nous voulons une Eglise pauvre, accueillante, non-autoritaire, respectant
le cheminement des gens qui doivent pouvoir ’venir et repartir’, découvrant
peut-être, grâce aux témoignages des militants, le goût merveilleux de la
présence du Christ agissant dans leur vie et dans le monde».
Nous voulons une Eglise luttant pour la justice, qui ne juge pas et qui
soit à l’écoute de problèmes quotidiens des gens et d’abord des marginalisés. Nous voulons une Eglise qui se réconcilie avec le monde. Que notre
Eglise catholique soit une «parternaire bienveillante du monde pour éclairer l’action des chrétiens dans le social et le politique. Une militante
d’ACO a cité la joie d’un chômeur retrouvant du travail après une longue
attente. Le fait d’avoir été accueilli dans une équipe d’ACO a été pour lui
un moment de solidarité vraie. Les chrétiens peuvent ajouter: «Moment
d’Eglise exceptionnel au moment où l’on apprend ensemble que notre compagnon a retrouvé du travail».
Intervenant dimanche, Mgr Gabriel Bullet a laissé deux questions aux
participants. Les mouvements se sont-il suffisamment préoccupés de la formation de la foi de leur militants, y compris la formation sacramentelle?
Les mouvements d’Action catholique prennent-ils suffisamment en compte toute la personne et pas seulement son appartenance au milieu?.
Ces «Etats généraux» ont été un lieu d’échange exigeant entre militants.
Franchise, recherche et humour décapant ont détendu l’aridité des propos
échangés. Certains diront: encore beaucoup de belles phrases, un jargon
pour initiés. Trop d’utopies et de souhaits irréalistes. Le futur reste incertain. Mais les mouvements d’Action catholique ont encore un bel avenir.
Certains comme le MADEP n’ont pas de problème de recrutement. Ils manquent
plutôt d’animateurs. Au yeux des participants, ces Etats généraux étaient
nécessaires. Pour regarder le présent… et retrouver Jésus en Galilée, même 2’000 ans après. (apic/ba).




