«Nous entendons donner l’exemple de la fraternité humaine», a déclaré
Jean-Paul II, le 15 avril 1996 ä Rome, en recevant le Grand Rabbin
de la Synagogue de Rome, Elio Toaff, dix ans après la visite historique du
pape à cette Synagogue.
Aucun détail sur cette rencontre anniversaire n’a filtré. Interrogé par
le correspondant d’APIC à Rome, le Grand Rabbin s’en tient à la réserve
d’usage en cas de visite privée. Egalement questionné, le Saint-Siege répond que la publication du discours que Jean-Paul II a adressé a Elio Toaff
est «suffisamment explicite».
En effet, dans ce discours, le pape ne cache pas son «émotion» et sa
«joie» au seul souvenir de la «visite bénie» du dimanche 13 avril 1986. Il
avait été marqué, dit-il, par la qualité de l’accueil reçu: «Aujourd’hui,
explique Jean-Paul II, je vous accueille dans ma maison comme vous l’aviez
fait dans la vôtre.»
Surtout, le pape entend donner le poids d’un véritable «symbole» au nouvel esprit d’amitié et de sollicitude réciproque»
qui règne désormais entre les deux communautes religieuses : «Nous entendons donner l’exemple: le climat d’amitié sincère et de sollicitude fraternelle constituent les présupposés de d’accueil réciproque qui prépare un
futur plus serein pour tous.»
Lors de cette rencontre, il est probable, que les deux chefs religieux
ont parlé de l’actualite dramatique de la région frontalière libano-israélienne mais, faute de sources, nul ne peut l’affirmer. En revanche, JeanPaul II qui fêtera ses 76 ans le 18 mai prochain, et Elio Toaff, ses 80
ans, le 30 avril, n’ont pu que se féliciter du chemin parcouru depuis la
visite du Pape à la Synaguoge de Rome, il y a dix ans.
Le désir, alors exprimé par le Grand Rabbin de voir établies des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et l’Etat d’Israël, s’est realisé.
Dans son principe le 30 decembre 1993, et formellement le 15 juin 1994. Le
13 avril 1986 Elio Toaff estimait en effet qu’un «changement d’attitude à
l’égard de la terre d’Israël serait reçu avec gratitude de la part de tout
le judaïsme mondial. Il pourrait contribuer de façon effective à la pacification de cette zone du monde».
Pourquoi ce long délai? Jean-Paul II, dès le début de son pontificat
avait dit publiquement qu’il ne s’opposait pas au principe de la reconnaissance d’Israël, mais il avait précisé qu’elle n’était pas encore possible
pour des raisons de conjoncture politique régionale avec le conflit araboisraélien latent, pour lequel le Saint-Siège n’a d’ailleurs jamais caché
son soutien à la cause palestienne.
Après la rencontre de la Synagogue de Rome, il faut attendre septembre
1991, et l’ouverture du processus de paix au Proche-Orient lors de la Conférence de Madrid pour observer une évolution significative. Ces longs mois
de négociations ont abouti à la reconnaissance du principe d’une autonomie
des Palestiniens en Israël. Sur un autre plan, ils ont provoqué le déclic
pour des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et l’Etat d’Israël
qui furent effectives en juin 1994.
Mais, dix ans après la visite à la Synagogue de Rome, deux autres
contentieux, d’ordre historique et culturel restent à lever entre la
religion hébraïque et les chrétiens. Les déclarations orales ne manquent
pas mais les responsables de la religion juive voudraient que l’Eglise
catholique s’exprime noir sur blanc à propos de la Shoah et de
l’antisémitisme.
A la Synaguoge de Rome et à diverses reprises, Jean-Paul II avait parlé
des Juifs comme de «frères aînés» des chrétiens, devant être traitès comme
tels. Au nom des catholiques, il avait «exécré» le «génocide» de la seconde
guerre mondiale, et rappele l’enseignement du Concile Vatican II (Nostra
aetate) relatif a l’antisemitisme, une attitude «gravement deplorable».
?Au dela, le pape a demande a deux commissions du Vatican d’etudier
soigneusement, sur le plan historique et theologique, ces deux questions Shoah et antisemitisme – pour aboutir a la redaction d’un document dont
personne ne sait la forme qúil prendra et sa date possible de publication.
La Commission pour les Rapports Religieux avec le Judaisme travaille
actuellement sur la Shoah. L’une des commissions preparatoires du Jubilee
de l’an 2000 travaille, quant a elle, sur l’antisemitisme. Avec cette
question tres disputee dans l’Eglise : quelle fut sa part de responsabilite
dans l’antisemitisme ?




