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APIC – Dossier
Jean-Paul II est arrivé dimanche à Tunis
Visite éclair pour encourager le dialogue et la tolérance (120496)
Bruxelles, 12avril(APIC) Le pape effectuera dimanche prochain une visite
d’un jour en Tunisie. Ce sera le 70e voyage de Jean-Paul II hors d’Italie,
son 12e en Afrique. Le programme de cette visite a été publié jeudi dans
numéro 102 du bulletin de l’APIC. Nous le complètons par un éclairage sur
la situation religieuse, politique et sociale du pays.
Cette visite éclair revêt d’emblée une double signification. De la part
de l’Eglise catholique, et à la veille du Jubilé qui se prépare pour le
2000e anniversaire de la naissance du Christ, le voyage confirme une volonté de dialogue avec le monde musulman. Le pape entend aussi apporter un
soutien et un encouragement aux chrétiens vivant dans les pays arabes.
A son arrivée à l’aéroport de Tunis vers 8h30 (9h30 en Suisse), JeanPaul II a été reçu par le président Zine el-Abidine Ben Ali, en fonction
depuis 1987. A 9h45, il présidera en la cathédrale de Tunis une eucharistie à
laquelle on annonce la participation de quelque 15’000 fidèles.
En début d’après-midi, le pape rencontrera les membres de la Conférence
régionale des évêques d’Afrique du Nord, la CERNA. Puis, à 16h, Jean-Paul
II se rendra au palais présidentiel pour rencontrer des représentants du
monde politique, civil et religieux.
A 17h30 enfin, une courte rencontre de prière rassemblera les chrétiens,
dont une centaine de jeunes scouts, dans l’amphithéatre romain de Carthage,
lieu du martyre des saintes Félicité et Perpétue. La cérémonie d’adieu se
déroulera sur l’aéroport de Tunis. Le retour de Jean-Paul II à Rome est
attendu vers 21h.
La tolérance sous contrôle
La Tunisie ne connaît pas la situation de guerre civile qui prévaut dans
l’Algérie voisine. Le pays vit néanmoins depuis plusieurs années sous forte
tension. C’est en effet la montée de l’intégrisme musulman qui provoqua, en
1987, l’éviction du président Bourguiba par son Premier ministre de
l’époque, Zine el-Abidine Ben Ali, toujours à la tête de l’Etat.
Bien que le «Rassemblement Constitutionnel Démocratique» (RCD) ne soit
plus un parti unique, le président Ben Ali qui sort de ses rangs a été plébiscité le 20 mars 1994 avec 99,9 % des voix. Les députés du parti occupent
à la Chambre la presque totalité des sièges et les élections locales du 21
mai dernier ont confirmé pour les élus du RCD un triomphe analogue à celui
du président : ils ont raflé 4’084 des sièges à pourvoir pour 257 circonscriptions, ne laissant que 6 sièges aux petites formations.
Quelques jours après sa réélection à la tête de l’Etat, le président Ben
Ali participait, en avril 1994, à un colloque sur l’islam et sa tradition
makélite en Afrique du nord. C’était à Kayrouan, première ville sainte du
Maghreb au sud de Tunis. Le président y proclamait son souci de «préserver
l’authenticité arabo-musulmane du pays, symbole d’une nation qui a sa propre civilisation et sa personnalité qui ne tolère ni surenchère ni tutelle
de la part de quiconque». C’était réaffirmer une ferme opposition aux dérives des intégristes islamistes, dans un pays où la Charte de 1988 sur le
multipartisme interdit de constituer une formation politique au nom de la
religion. Mais c’était aussi relancer l’adhésion du plus grand nombre au
projet présidentiel d’une Tunisie à «l’authenticité arabo-musulmane».
La mise en oeuvre de ce projet s’est traduite, selon de nombreux observateurs, par un contrôle sévère sur l’ensemble de la société, même si les
autorités tunisiennes cherchent à donner de leur pays une image de tolérance, de nature à rassurer les touristes et à attirer les investisseurs
étrangers. La liberté de presse, d’opinion et d’association est strictement
réglementée. En 1992, avant l’ouverture d’un important procès de militants
islamistes la Ligue tunisienne des droits de l’homme avait été dissoute.
Deux ans plus tard, un journaliste était licencié pour avoir publié une interview de l’ancien président de la Ligue, Moncef Marzouki, qui mettait en
cause l’indépendance du pouvoir judiciaire mais surtout se présentait à
l’élection présidentielle en concurrent de Zine el-Abidine Ben Ali.
Au cours de ces dernières années, la police a arrêté et les autorités
judiciaires ont poursuivi non seulement des militants de l’intégrisme, mais
aussi de nombreuses personnalités se démarquant de la mouvance extrémiste,
ainsi que des journalistes. A plusieurs reprises, Amnesty International a
dénoncé des cas d’arrestations arbitraires et de tortures. A quoi les autorités tunisiennes ont tout aussi régulièrement répondu qu’Amnesty n’était,
à leurs yeux, qu’une organisation «infiltrée par les intégristes».
La minorité catholique
La Tunisie a été, dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, un berceau de l’Eglise latine. Avant d’être ravagée au Ve siècle par les Vandales, la ville de Carthage, qui retrouva un nouvel essor grâce à la colonie
romaine implantée au Ier siècle sur une presqu’île proche de Tunis, fut
aussi le siège d’un prestigieux diocèse. Y sont attachés les noms de plusieurs Pères de l’Eglise, dont Tertullien, puis Cyprien, et Augustin, qui
fut évêque d’Hippone, à l’ouest de Carthage, où il mourut en 430.
Au XXe siècle, l’Eglise catholique en Tunisie, avant l’Indépendance proclamée le 20 mars 1956, a compté jusqu’à 200’000 membres, pour la plupart
d’origine étrangère. Au fil des années, cette communauté n’a cessé de se
rétrécir, pour tomber en moins de 30 ans sous la barre des 20’000.
En 1985, un «modus vivendi», le premier du genre dans un pays de tradition musulmane, a été trouvé entre le Saint-Siège et le gouvernement tunisien. Il a permis à l’Eglise de récupérer plusieurs de ses propriétés, lieux de culte et maisons de formation et de garantir une certaine liberté
d’action pastorale. Le service social et l’animation spirituelle des chrétiens que veillent à promouvoir les religieux et les religieuses, restent
cependant l’objet d’un fragile compromis. La liberté de religion et de culte est garantie par la Constitution, mais un évêque n’a pas le droit de publier une lettre pastorale sans l’accord des autorités.
Un coup de pouce à la tolérance interreligieuse
En Tunisie aujourd’hui, les catholiques représentent à peine deux habitants sur mille: 14’000 fidèles, pour une population de plus de 8,7 millions d’habitants. Tunis, unique circonscription catholique de Tunisie,
était depuis 1964 une prélature territoriale dépendant directement du
Saint-Siège. C’est désormais un diocèse. Mgr Fouad Twal a été nommé évêque
de Tunis en octobre dernier. Cet évêque de 55 ans est originaire du patriarcat latin de Jérusalem. Il est assisté par un vicaire général, le Père
Blanc belge Paul Geers.
Au 1er janvier 1996, l’Eglise catholique de Tunisie comptait 15 prêtres
diocésains, 28 religieux prêtres (21 Pères Blancs, 4 Marianistes et 3 Salésiens), ainsi que 164 religieuses liées à une dizaine de Congrégations.
«Nous n’avons pas de Séminaire, pas de noviciat pour les religieuses et
pas d’accès aux médias», déplorait récemment Mgr Twal en s’adressant à ses
fidèles, d’une quarantaine de nationalités. L’évêque de Tunis déplore d’autant plus ce manque de moyens qu’il en attend une contribution au développement de la société tunisienne et de son pluralisme. «Dans nos écoles,
nous avons 6’000 élèves. Nous les formons pour qu’ils soient demain des citoyens responsables, des artisans du dialogue et du respect d’autrui.» Mgr
Twal espère donc que la visite du pape donnera «une nouvelle impulsion au
pluralisme religieux et politique et à la tolérance».
La visite du pape en Tunisie aurait déjà dû avoir lieu en septembre dernier, au retour de son voyage en Afrique. Elle avait alors été ajournée,
parce que Jean-Paul II souhaitait lancer de Tunisie un appel au peuple algérien, ce que le gouvernement tunisien avait jugé inopportun. (apic/cippr)




