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Massacre des moines trappistes: malaise après une révélation démentie

Emissaire du gouvernement français… Ou fabulation du Père Gérard

Paris/Rome, 27mai(APIC) Le ministère français des Affaires étrangères a

démenti dimanche les révélations faites par le prieur de l’abbaye d’Aiguebelle, à Montjoyer (France), le Père Gérard, selon qui un émissaire du gouvernement français aurait rencontré peu avant leur assassinat les sept

moines trappistes aux mains du Groupe islamique armé (GIA).

Curieuses révélations pourtant, que celles du prieur de l’abbays de Notre-Dame d’Aiguebelle, qui affirmait dans une déclaration au «Journal du

Dimanche» que «voici une douzaine de jours, un homme du sud de la France,

un émissaire du gouvernement français qui effectue des missions humanitaires et porteur d’une custode (boîte contenant des hosties consacrées) a

donné l’Eucharistie à chacun de nos frères et est resté dix minutes avec

eux».

Le Père Gérard refuse de révéler l’identité de cet émissaire. «Nos frères ont eu cette visite et ils ont reçu l’Eucharistie. C’est un fait, il y

a un fait et on ne peut le nier, devait-il confirmer sur RTL en réponse au

démenti du Quai d’Orsay. Selon lui, l’émissaire, «un laïc marié mais qui

peut avoir des possibilités de porter l’Eucharistie», a également remis des

fortifiants à Frère Luc, le doyen des sept moines, âgé de 82 ans… «Pour

qu’il puisse tenir le coup: il était plus fatigué et éprouvé que les autres».

Le supérieur de l’abbaye d’Aiguebelle, le Père Yves de Broucker, a également démenti les propos de son second: «Ces déclarations doivent être

consédérées comme objectivement nulles et non avenues», a-t-il déclaré sur

les ondes de RTL, sans toutefois apporter d’autres éléments à même de dire

pourquoi ces déclarations sont infondées.

Malaise

Lundi, aucun moine n’a voulu s’exprimer sur la question. Quant au Père

Gérard, il est demeuré tout simplement invisible. Pressions en haut lieu?,

fabulation?

Pendant qu’un certain malaise s’instaurait dimanche en France à la suite

de ces déclarations et de ces démentis, le glas sonnait dimanche matin dans

toutes les églises de France à la mémoire des sept moines trappistes sauvagement et lâchement assassinés. Des cérémonies ont également eu lieu en Algérie et dans tous les monastères du monde.

«Plus jamais une telle offense contre Dieu»

«Plus jamais» une telle offense contre Dieu et contre l’homme! Lors du

Regina Caeli du dimanche de Pentecôte, Place Saint-Pierre, Jean-Paul II a

de son côté également évoqué la tragique nouvelle du massacre des sept moines trappistes en Algérie. Le Pape a évoqué «la série d’épisodes de violence qui bouleversent, depuis longtemp, la vie de l’Algérie, sans épargner

nos frères catholiques».

Le pape a lancé un appel à «tous les hommes de bonne volonté et encore

plus à ceux qui se reconnaissent fils d’Abraham, afin que plus jamais en

Algérie ou ailleurs ne se répètent de semblables actions: elles constituent

l’offense la plus grave qui puisse être perpétrée contre Dieu et contre

l’homme».

«En dépit de notre profonde douleur, nous rendons grâce à Dieu pour le

témoignage d’amour donné par ces religieux. Leur fidélité et leur cohérence

font honneur à l’Eglise et seront à coup sûr des semences de réconciliation

et de paix pour le peuple algérien, dont ils s’étaient rendus solidaires».

Jean-Paul II a encore adressé ces paroles de consolation aux proches des

moines assassinés: «Notre prière rejoint aussi leurs familles, l’Ordre Cistercien, et la petite communauté ecclésiale qui se trouve en Algérie:

qu’en cette épreuve tragique le courage du pardon et la force de l’espérance, fondés sur le Christ qui a vaincu la mort, ne leur fasse jamais défaut».

Conscients du danger

Les moines du monastère de l’Atlas étaient conscients des risques qu’ils

prenaient et ils avaient choisi de rester, a-t-on déclaré en cette fin de

semaine à la Maison générale des trappistes à Rome.

Le P. André Barbeau, secrétaire général des Trappistes, a précisé au micro de Radio Vatican que l’intégration des religieux dans les pays où ils

sont en mission peut les conduire à ne pas considérer comme les concernant

les appels à rentrer au pays adressés par les gouvernements à leurs ressortissants. Au Zaire, la Congrégation a cependant dû récemment évacuer une

Trappe. Dans ce domaine, ce n’est pas au Vatican d’intervenir: chaque Congrégation donne ses propres consignes, a-t-il indiqué. Les moines de Medea

s’étaient eux-mêmes prononcés par vote à bulletin secret et avaient choisi

de rester «en connaissance de cause».

Le Père Christian, Supérieur des frères, écrivait à l’abbé général, Dom

Bernardo Olivera, à la suite de l’assassinat de deux religieuses en septembre 1995 que «les membres restants» de «cette toute petite Eglise» ont

«tous conscience que la logique de leur présence doit inclure désormais

l’éventualité d’une mort violente. C’est pour beaucoup comme une plongée

neuve et radicale dans le charisme même de leur Congrégation et aussi un

retour à la source du premier appel», déclarait-il.

A noter que de nombreuses personnalités assisteront mardi à Paris à la

manifestation de recueillement organisée à la mémoire des sept moines français. Force démocratique qui a pris l’initiative de ce rassemblement précise que l’ensemble des partis politiques, des mouvements religieux, philosophiques, associatifs et syndicaux ont mobilisé leurs rangs. De nombreux intellectuels et personnalités se joindront au mouvement. (apic/imed/pr)

27 mai 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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