Le texte contient 46 lignes (max. 75 signes), 477 mots et 3156 signes.

apic/Marseille/ mosquée/ refus du maire/ réaction grand mufti

Marseille: Le maire s’oppose à la construction d’une mosquée (230696)

Réaction amère du grand mufti de la ville phocéenne

Paris, 23juin(APIC) Soheib Bencheikh, grand mufti de Marseille, n’a pas

du tout apprécié l’attitude de Jean-Claude Gaudin, maire de la même ville,

qui refuse d’autoriser la construction d’une mosquée et d’un Institut musulman dans la cité phocéenne. Il a dit sa déception aux membres du Groupe

d’amitié islamo-chrétien (GAIC) qui viennent de se rencontrer à Paris. Ces

derniers ont également évoqué le futur colloque international de leur mouvement.

Soheib Bencheikh qui vient de soutenir une thèse de doctorat intitulée:

«Islam et laïcité. Etude doctrinale concernant le débat sur les musulmans

en France», a dit son amertume aux membres du GAIC devant la réponse négative du maire de Marseille. Ce dernier aurait rétorqué: «Une mosquée, c’est

joli, mais à Marrakech, pas ici».

Le jeune mufti estime que la position de Jean-Claude Gaudin est d’autant

plus regrettable que les jeunes musulamans de France sont dans un état de

grande ignorance de leur religion. Conséquence prévisible: un risque accru

qu’ils se fassent manipuler par les intégristes. Soheib Bencheikh a aussi

évoqué «un vide spirituel affligeant» en constatant que le niveau des prêches dans les lieux de culte est d’un niveau faible. Il correspond trop

souvent à un enseignement traditionnel figé. On se perd parfois en discussion sur le paradis et de l’enfer.

Urgente nécessité de parfaire la formation des imams

Il y a donc un grand besoin de former des imams à une approche plus fine

et plus fouillée de leur religion qui s’exprimeront d’ailleurs dans la

langue française. Et qui seront, précise Soheib Bencheikh, «capables d’élever le sens civique de la communauté musulmane pour qui c’est une chance de

vivre son islam en France, sans pression sociale de l’extérieur, avec une

liberté et une sincérité plus grande».

Le Pére Lelong, dominicain, figure de proue du GAIC, estime de son côté

que le dossier de la construction de la mosquée et de l’Institut musulman

de Marseille évoluera positivement tôt ou tard. «Il ne faut pas perdre

espoir. La nécessité et l’urgence de permettre aux musulmans de pratiquer

leur religion dans des lieux dignes de ce nom finira bien par s’imposer»,

a-t-il expliqué. De fait la liberté des cultes est inscrite dans la Constitution française, mais les musulmans de France rencontrent un peu partout

une vive résistance qui, via les méandres juridiques les plus variés, les

empêche d’obtenir préalablement le permis de construire une mosquée.

Le GAIC travaille activement à la préparation d’un colloque international intitulé: «Musulmans dans les pays de tradition chrétienne, chrétiens

dans les pays de tradition musulmane. Nos responsabilités de croyants». La

commission France-Europe a d’ores et déjà mis sur pied quatre ateliers sur

les thèmes suivants: «Religion, relations sociales et citoyenneté»; «construction de mosquées en France, enjeu et défi pour l’avenir»; «chrétiens

et musulmans, quelle rencontre dans la cité?; et enfin «quelle liberté

d’expression pour les musulmans?» (apic/jcn/ba)

23 juin 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
Partagez!