Le texte contient 53 lignes (max. 75 signes), 569 mots et 3825 signes.

apic/Rome/Asie/Critiques

«Rome n’a jamais été vraiment honnête avec l’Asie» (010796)

Sévères critiques du théologien jésuite srilankais Aloysius Pieris

Colombo, 1erjuillet(APIC) «Rome n’est pas vraiment honnête avec l’Asie».

Le Père Aloysius Pieris, un théologien jésuite du Sri Lanka, membre de la

direction de la revue «Concilium», n’y va pas par quatre chemins, en accusant Rome de «n’avoir jamais été vraiment honnête avec les Asiatiques».

Dans une interview accordée au mensuel des Pères Paulins «Jesus» (juin

1996), il n’hésite pas à mettre en accusation le «néo-colonialisme» et le

«cléricalisme» de celui qu’il désigne de manière très significative comme

le «patriarche d’Occident».

«De Nobili et Ricci (missionnaires jésuites des XVIe-XVIIe S. – ndlr)

ont eu droit à un éloge de Jean-Paul II trois cents ans après que leurs

tentatives eurent été frustrées par Rome, dit-il. Aujourd’hui en Asie, on

est en train d’avoir les mêmes problèmes. A la Congrégation pour l’Evangélisation des peuples, on accuse les théologiens indiens de diffuser des hérésies christologiques.» Et au P. Tassa Balasuriya, un oblat srilankais,

«on a demandé, sous peine d’excommunication, de signer une profession de

foi dans laquelle on lui impose d’adhérer à une doctrine sur le péché originel et le baptême que trois décennies de dialogue post-conciliaire avec

les autres religions avaient rendue obsolète».

Une extension euro-ecclésiastique du patriarcat d’Occident en Asie

Tout cela, explique encore le P. Pieris à la revue «Jesus», revient à

ceci: «Les méthodes typiques du Moyen-Age, par lesquelles on contraignait

quelqu’un à adhérer à une formule particulière de foi comme s’il s’agissait

de la Foi avec une majuscule, fonctionnent aujourd’hui encore contre nous.

Il s’agit d’initiatives qui mortifient la créativité asiatique et empêchent

l’Asie d’apporter sa propre contribution au développement d’un christianisme renouvelé».

La théologie de la libération asiatique, dont le P. Pieris est l’un des

plus éminents représentants, est-elle vraiment si dangereuse pour le troupeau Catholique? «Une théologie qui n’est pas dangereuse n’est pas de la

théologie, répond-il. Celle-ci est subversive du point de vue de l’empire

de Mammon, et aussi du point de vue de cette nouvelle Evangélisation qui

veut convertir l’Asie à un Christ néo-colonial, qui ne met pas en cause cet

ordre économique pervers».

Pour le jésuite srilankais, le «danger» de la théologie est renfermé

dans deux thèmes clés: «inculturation» et «option pour les pauvres». Le

premier dérive directement du mystère de l’incarnation: «Une Eglise inculturée est celle qui se lie à Jésus, en devenant une partie de son corps vivant, à savoir des pauvres. Une Eglise non inculturée dans ce sens n’est

pas encore le Corps du Christ qu’elle prétend être».

Quant aux choix des pauvres, le P. Pieris estime que l’avenir de l’Eglise dépend de la manière dont les chrétiens affronteront le problème. Les

Eglises doivent dénoncer les systèmes économiques qui foulent aux pieds

l’homme et ses droits et qui continuent d’engendrer de nouvelles pauvretés.

«J’ai peur, dit-il, que les Eglises dans leur ensemble n’aient pas la volonté de résister à cette tendance du développement. Qu’elles se laissent

emporter par le courant, comme des corps morts».

Le théologien porte un regard sans complaisance sur la mission en Asie

telle que le conçoit Rome dans son projet de nouvelle évangélisation: «On

en reste au vieux modèle de la plantation de l’Eglise dans une version à

peine mise à jour». Modèle qui «vise à instituer un système de contrôle à

distance en multipliant les sièges épiscopaux, ce qui a pour résultat une

extension euro-ecclésiastique du patriarcat d’Occident en Asie». (apic/cippr)

1 juillet 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
Partagez!