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APIC – interview

Mgr Pierre Farine, nouvel évêque auxiliaire à Genève (120896)

Un «généraliste», chercheur de Dieu

Maurice Page, Agence APIC

Fribourg, 12août(APIC) Mgr Pierre Farine, nommé le 6 août évêque auxiliaire du diocèse de Lausanne Genève et Fribourg, est comme il le dit luimême un «généraliste».

Prêtre en paroisse depuis 31 ans, aumônier d’Action catholique, il entend bien mettre à profit cette expérience dans ses nouvelles fonctions à

Genève. Il s’est fixé deux lignes de force: l’engagement des baptisés dans

le monde et l’oecuménisme. Sa devise épiscopale sera «Soyez toujours dans

la joie», selon le mot de l’apôtre Paul aux chrétiens de Thessalonique. Une

joie qui trouve sa source dans la conviction profonde d’être aimé de Dieu.

APIC: Quel a été votre sentiment au moment de répondre ’oui’ à ce nouvel

appel?

Mgr Farine: L’idée et l’objectif de ma vie étaient de devenir prêtre.

C’était ma vocation. Je le suis devenu en 1965 pour servir l’Eglise de mon

diocèse comme curé de paroisse. Au départ de Mgr Grab, je n’avais pas pensé

me trouver un jour face à cet appel. On a commencé à me dire alors «c’est

possible pour toi», mais sachant qu’il y avait en tout des gens beaucoup

plus compétents que moi, je pensais: «je ne risque rien, je suis un simple

curé de campagne».

Puis j’ai eu cette annonce et j’ai très rapidement dit ’oui’. Je suis

prêtre depuis 31 ans et je n’avais pas de vraies raisons de dire ’non’.

J’ai dit ’oui’ impulsivement, comme si ce n’était pas moi. C’est après

seulement que j’ai eu, comme on dit vulgairement, les «chocottes».

APIC: Comment concevez-vous ce nouveau ministère?

PF: Je ne veux pas remplir cette fonction comme un prince de l’Eglise, mais

je chercherai à être très proche des gens, dans leurs joies, dans leurs

peines, dans leur recherche de Dieu. Même si certains devoirs de fonction

nous éloignent peut-être un peu.

APIC: Vous êtes nommé évêque auxiliaire à Genève au moment où l’Eglise connaît des tensions, cristalisées notamment dans l’affaire du «Courrier».

Comment allez-vous réagir?

PF: Je veux lancer un appel à chacun à dépasser ses passions premières.

L’affaire du «Courrier» a été comme un coup de vent, de passions, avec les

blessures que cela entraîne. Dans un premier temps, il faudrait que chacun

s’examine devant le Seigneur, y compris moi. Pour essayer ensemble de trier

les problèmes, de prendre les choses les unes après les autres. Malgré les

difficultés, la volonté de vivre ensemble existe. Je tenterai de rassembler

des gens autour de projets communs. Je ne veux pas que quelqu’un puisse dire: «On les a bien eu ceux-là».

APIC: La crise tourne autour de la place des laïcs dans l’Eglise. Comment

voyez-vous la coresponsabilité entre ministres ordonnés et laïcs?

PF: Je crois que l’on peut affirmer le rôle du ministre ordonné peut-être

de façon un peu plus musclée, tout en mettant en lumière la place du laïc.

En délimitant mieux les choses. Le mélange n’est pas bon. L’évêque a le devoir de gouverner, d’enseigner et de sancifier. S’il a ce devoir, il ne l’a

pas contre les autres, mais pour les autres et avec les autres.

APIC: L’aspect oecuménique est primordial à Genève. Comment vous situezvous dans le débat?

PF: Malgré les réticences à son arrivée, Mgr Grab a parfaitement démontré

qu’il était un évêque de dialogue venu apporter la paix. L’oecuménisme sera

une de mes lignes de force. Le chemin est encore long. Beaucoup de

clarifications sont encore à faire. Il faut maintenir une ligne claire. Il

y a des voies qui, en définitive, sont des impasses. En faisant une

intercommunion ou une intercélébration, vous donnez l’illusion que c’est

arrivé. C’est presque un mensonge. Il faut sortir les choses, les trier

fraternellement, même si ça fait mal. Dans le domaine je reste un

’classique’. Dire «tout est dans tout» et réciproquement n’avance à rien.

APIC: Au-delà de l’aspect oecuménique, il y a l’aspect interreligieux…

PF: J’avoue que je suis assez peu versé dans ce domaine. Il faudra que je

fasse de nouveaux pas.

APIC: L’Eglise genevoise s’est peu à peu dotée de ses propres structures.

Ne sont-elles pas aujourd’hui trop lourdes et trop complexes?

PF: Un premier toilettage des structures vient d’entrer en vigueur. Elles

sont passablement lourdes. Je souhaite qu’elles deviennent plus simples et

plus efficaces. L’instauration d’un Conseil pastoral doté d’un bureau qui

tiendra des séances hebdomadaires va dans ce sens. Il serait cependant trop

facile de vouloir «bazarder» tout ça. Dans ces structures il y a un tas de

gens qui travaillent, le plus souvent bénévolement.

APIC: Vous allez également intégrer la Conférence des évêques suisses et

d’autres instances écclésiales au niveau universel…

PF: J’ai la profonde volonté de collaborer honnêtement avec mes confrères,

de faire corps avec eux. J’ai beaucoup travaillé au sein de l’Action catholique et j’aimerais pouvoir dire à mes confrères que l’Eglise est pour le

monde. Ce n’est pas une boutique en soi à faire tourner.

APIC: L’Eglise catholique, surtout dans le monde germanique, a été traversée par les «pétitions du peuple de Dieu» demandant des réformes dans

l’Eglise, en particulier l’abolition du célibat des prêtres et l’ordination

des femmes? Qu’en pensez vous?

PF: J’ai lu cette pétition et je ne l’ai pas signée car elle m’a paru insatisfaisante. Ce n’est pas une pétition pour le monde, mais une pétition exclusivement consacrée au nettoyage interne. Des problèmes aussi graves que

le chômage par exemple ne devraient pas être ignorés. Cette attitude me gène. Cela me fait presque penser au débat de la renaissance sur le sexe des

anges. Les belges ont fait, parait-il, une démarche plus ouverte. Je crois

cependant qu’il faut la prendre en compte, même mal faite ou irritante.

La vocation première du baptisé c’est le monde, à travers la famille, le

travail la société telle qu’elle est avec ses joies ses peines. Les prêtres, l’évêque, l’Eglise sont là pour soutenir les baptisés, les éclairer.

C’est le sens des déclarations des évêques ou du pape. Des personnes comme

le cardinal Danneels, à Bruxelles, ou le cardinal Martini, à Milan, sont

remarquables dans ce domaine.

Face à la question du célibat des prêtres, je reste aussi un ’classique’. Pour moi le modèle de base reste le prêtre avec le célibat consacré.

C’est une belle chose qu’il ne faut pas occulter. Il s’agit aussi de faire

la place pour les diacres mariés ou célibataires, engagés soit dans le monde soit dans l’Eglise.

Il faut bien penser que chaque fois que l’on introduit quelque chose de

nouveau, le visage de l’Eglise change. La situation actuelle n’est pas catastrophique. Croire que des prêtres mariés ou l’ordination des femmes sont

la solution qui va nous mener aux portes du paradis est une illusion. Cela

posera de nouveaux problèmes.

APIC: Un évêque est aussi un homme. Quels sont ses loisirs et ses plaisirs?

PF:Certains disent que je suis gourmand, je préfère le terme de gourmet.

J’aime les bonnes et les belles choses. J’aime aussi la musique et je pratique volontiers la randonnée en montagne. Côté défaut, je parlerais d’une

certaine timidité. (apic/mp)

12 août 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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