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Burundi: Les évêques du pays demande l’arrêt de l’embargo (081096)

«Qu’on l’arrête, il frappe les plus faibles!», s’insurge Mgr Bududira

Bruxelles, 8 octobre 1996 Les évêques catholiques du Burundi réclament la

levée de l’embargo. «Qu’on l’arrête, il frappe les plus faibles», a demandé

le 7 octobre à Bruxelles Mgr Bernard Bududira, évêque de Bururi et président de la Conférence épiscopale. Qui crie son indignation et celle de tous

ses confrères devant le maintien de l’embargo contre le Burundi.

Selon les évêques burundais, on raconte à l’étranger «beaucoup de bêtises» sur les conséquences de l’embargo demandé cet été par six pays voisins

(Zaïre, Zambie, Tanzanie, Rwanda, Ouganda, Kenya, Cameroun) et appuyé par

l’Organisation des Nations-Unies et l’Organisation de l’Unité Africaine

(OUA). Un embargo encore soutenu par le Parlement européen, lors d’une

résolution adoptée le 19 septembre dernier.

La mesure a été voulue comme pression sur le major Pierre Buyoya en vue

de mettre fin au régime d’exception instauré à Bujumbura depuis le coup

d’Etat, le 15 juillet 1996, qui a renversé le président élu Sylvestre Ntibantunganya. «En fait, les premières victimes de l’embargo ne sont pas les

citadins, mais les paysans, et surtout les paysans isolés», a souligné à

Bruxelles Mgr Bududira.

«Depuis la fin de la saison sèche, témoigne l’évêque, la dysenterie fait

rage dans la campagne, en raison du manque d’eau potable. Impossible pour

les paysans d’obtenir des médicaments. En aurait-on en stock qu’on ne saurait leur en faire parvenir: à deux dollars le litre d’essence.

«Avec le retour de la saison des pluies, les paysans pourraient espérer

planter des haricots pour les récolter dans deux mois et demi. Mais il n’y

aura rien cette année, faute d’engrais acheminé en temps voulu».

Selon l’évêque burundais, l’embargo compromet l’aide humanitaire sur une

large échelle. Alors que l’Eglise catholique du Burundi gère un Centre de

santé sur trois, un bateau affrété par Caritas n’a pu accoster ni à Dar-esSalaam en Tanzanie, ni à Nairobi au Kenya. Actuellement, il erre toujours

dans l’Océan Indien avec ses caisses de médicaments et de petit matériel

médical, se désole encore le président de la Conférence épiscopale.

«Où est l’éthique?»

Le 25 septembre, à Rome, le pape lançait un appel à la communauté internationale pour que soit levé l’embargo imposé au Burundi car, disait-il,

les premières victimes sont les civils. Jean-Paul II se faisait ainsi l’interprète des évêques du Burundi, qui venaient d’écrire, conjointement avec

les responsables des Eglises protestantes, à tous les signataires de la mesure internationale pour protester contre l’embargo. La veille, la Secrétairerie d’Etat avait convoqué au Vatican tous les ambassadeurs concernés.

«L’embargo qu’on nous impose est immoral!», est venu redire à Bruxelles

Mgr Bernard Bududira. «C’est une mesure qui atteint sans discrimination la

personne humaine, et d’abord les plus faibles. C’est un mauvais jugement de

Salomon: on fait payer tout le monde, y compris les femmes et les enfants,

dans l’espoir d’atteindre les hommes qui ont un appétit du pouvoir pour le

pouvoir. Or, c’est une arme inefficace: les plus riches ont les moyens de

contourner l’embargo, comme obtenir de l’essence en contrebande, par exemple. Compter sur l’embargo pour attiser une révolte de la population ? On

risque plutôt de voir les extrémistes proliférer! Mais qui se pose la question: où sont les critères éthiques?» «On est tombé bien bas!»

L’assassinat de Mgr Ruhuna, archevêque burundais de Gitega n’a pas rendu

ses confrères moins fermes ni plus amers. «Pas question de venger un Tutsi», a insisté en conclusion Mgr Bududira! «Notre confrère n’a pas été assassiné comme Tutsi. Il a vécu jusqu’au bout pour l’unité». (apic/cip/pr)

8 octobre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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