Bruxelles, 27 novembre 1996 ======================================
Article paru dans «De Standaard» – Belgique – le 26 novembre 1996
Pays: ZAIRE
Titre: La rebellion se repand comme un feu de brousse dans l’est du Zaire.
GOMA – La rebellion au Kivu se repand comme un feu de brousse dans de
grandes parties de l’Est du Zaire. Les signes d’une intervention etrangere,
a partir du Rwanda et surtout de l’Ouganda, deviennent de plus en plus
evidentes. Une intervention militaire de l’Occident ou une operation
humanitaire restent lointaines.
A terme, les puissances internationales semblent viser a un retablissement
du statu quo, ou les Banyamulenge, les Tutsis zairois, et leurs allies
n’auront servi que comme catalyseurs pour solutionner le probleme des
refugies.
Objectifs et strategies
Quels sont les objectifs tactiques et strategiques du mouvement rebelle au
Kivu? A Goma, la commandant militaire des rebelles, Andre Kisasa, a declare
publiquement que l’objectif suivant des rebelles etait Butembo, une ville a
355 km au nord de Goma – (Note de ANB-BIA – Effectivement Butembo est bien
tombe dans les mains des «rebelles», le 25-26 novembre, ainsi que Lubero;
d’apres les dernieres informations, ce sera bientot le tour de Beni). Il
existe des liens etroits entre Goma et Butembo. Depuis 1990 beaucoup de
commercants de Goma ont fui vers Butembo, une ville a la frontiere
ougandaise qui ravitaille Goma et aussi Bukavu. Hier deja, Butembo etait
devenue une ville morte, selon des sources dignes de foi. Les habitants
etaient en fuite. Meme a Kisangani la fievre monte encore et certains
s’appretent a quitter la ville.
L’objectif final, selon le chef des rebelles, Laurent Kabila, est de
renverser le regime zairois actuel et de conquerir le pouvoir a Kinshasa,
sinon a Gbadolite.
N’est-ce pas viser trop haut? Si Mobutu disparait, on ne voit pas encore
comment un groupe aussi heteroclite que les rebelles du Kivu pourraient
fournir la forte autorite que la communaute internationale aimerait voir
succeder au marechal.
La rebellion au Kivu repondrait au desir de Kigali de voir se creer a l’est
du Zaire une zone tampon, de redessiner les frontieres de la conference de
Berlin et de «solutionner» le probleme des refugies. Mais peut-etre prend
on ici ses desirs pour des realites.
Un scenario international Des diplomates laissent entendre que les grandes
puissances viseraient plutot un retablissement du statu quo, une
consolidation des frontieres internationales, et la conservation du Zaire
comme Etat national.
Comme compensation pour que le Rwanda soit libre de regler ses comptes avec
ses ennemis parmis les Hutus revenus au pays, Kigali renoncerait a appuyer
les rebelles banyamulenge. Ceci evidemment apres la bataille definitive qui
est encore attendue au Zaire.
Les satellites ont revele qúun grand groupe de refugies, milices
interahamwe et anciens militaires rwandais pourrait se concentrer les
prochains jours a Walikale. Un scenario possible prevoirait qúapres un
bombardement a l’artillerie lourde, comme ils l’ont deja fait auparavant,
les rebelles banyamulenge pourraient creer une situation qui aboutirait a
la destruction complete des Interahamwe.
Mais, pour realiser cela, les rebelles devraient penetrer tres loin, bien a
l’interieur du Zaire. Ils seraient alors coupes de leurs bases logistiques
supposees dans les pays voisins, ce qui risque de les affaiblir beaucoup.
A ce moment apparaissent les mercenaires, dont on parle tant et qui, selon
les rumeurs, renforceraient l’armee zairoise en debandade. Les mercenaires
seraient le moyen miracle, grace auquel les grandes puissances voudraient
eviter l’implosion du grand pays equatorial.
La reconquete du Kivu commencerait deja a la fin de la semaine, ou au debut
de la semaine prochaine, a partir de l’est de Bukavu. Serait-ce audacieux
de supposer qúune telle contre- offensive coinciderait avec le retour
d’Europe du president Mobutu, comme sauveur de la patrie?
M. Vanderostyne, in De Standaard-Belgique, 26 novembre (tradution BIA)




