protestant Eglise-réfugiés

EGLISE REFORMEE VAUDOISE Le pasteur Daniel Rochat est le nouveau médiateur

(SPP / 28.11.1996) «La Suisse a une tradition d’accueil: pensez aux

Huguenots!» A la veille de la votation du 1er décembre sur l’initiative UDC

«contre l’immigration clandestine», Daniel Rochat, le nouveau «médiateur

Eglise-réfugiés», se déclare inquiet de l’issue du scrutin. Nommé par le

Conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV),

le pasteur Rochat vient d’entrer en fonction, succédant au pasteur Daniel

Corbaz, qui a été 11 ans durant la cheville ouvrière de ce ministère. Le

Service de presse protestant s’est entretenu avec le nouveau médiateur.

SPP : Comme définissez-vous le poste et le travail de médiateur? D. Rochat:

Le poste de médiateur Eglise-réfugiés m’apparait comme une plate-forme de

relation directe, que l’Eglise s’est donnée, pour assurer sa présence aux

cotés des réfugiés. Ce qui signifie concrètement des contacts avec des

requérants d’asile afin de les aider à faire des recours et les aiguiller

vers les juristes compétents, mais aussi les accompagner lorsqúils

rec,oivent une réponse définitivement négative à leur demande d’asile. En

somme, il s’agit de rendre le plus humain possible la condition très, très

difficile des requérants d’asile ici. Nous avons actuellement 6 500

demandeurs d’asile dans le canton de Vaud. Ils sont hébergés dans 19

centres gérés par la Fondation d’aide au requérants d’asile dans le canton

de Vaud (FAREAS). Le médiateur doit aussi etre un trait d’union entre les

différents organismes qui s’occupent des requérants d’asile, à savoir le

Centre social protestant, Caritas, SOS-Asile ou l’Entraide protestante

suisse (EPER). Un troisième aspect du travail de médiateur consiste à etre

un vis-à-vis ecclésiastique pour l’Etat et les différents organismes

officiels qui interviennent dans le secteur de l’asile. Je crois que les

deux médiateurs – le protestant et le catholique, l’abbé Claude Ducarroz sont écoutés et bien ressentis par les instances officielles. Enfin le

médiateur a aussi pour tache de sensibiliser les paroisses – protestantes,

en ce qui me concerne – à l’action de l’Eglise auprès des réfugiés.

SPP: Pour marquer le passage de témoin entre l’ancien et le nouveau

médiateur, une célébration est prévue le 6 décembre, à la Chapelle des

Terreaux (18 heures) à Lausanne. Elle se déroulera quelques jours avant la

Journée des Droits de l’Homme (10 décembre) et quelques jours après la

votation du 1er décembre sur l’initiative UDC «contre l’immigration

clandestine». Que vous inspire ce scrutin? D. Rochat: J’ai très peur que

l’initiative passe. On sent, de l’autre coté de la Sarine, surtout dans les

petits cantons et grace à la campagne de publicité de l’UDC, un certain

repli et une peur de l’étranger beaucoup plus marquée qúen Suisse romande.

Si l’initiative passe, ce sera la catastrophe pour des milliers de

demandeurs d’asile qui, jusqúà maintenant, entraient d’abord en Suisse,

faisaient ensuite leur demande dans l’un des quatre centres – Genève, Bale,

Kreuzlingen et Chiasso – et attendaient dans un centre d’hébergement que

l’on statue sur leur cas. Si l’initiative est acceptée, 80% des demandeurs

d’asile ne pourront plus déposer de demande parce qúils n’ont pas de

papier. Alors qúil est pratiquement impossible pour un requérant d’asile un vrai – qui a subi des tortures, qui a été emprisonné dans son pays

d’origine, d’arriver chez nous avec des papiers. Pour avoir été immigré

moi-meme pendant 12 ans, j’aurais un peu honte d’etre Suisse si

l’initiative était acceptée dimanche. La Suisse est tout de meme

traditionnellement une terre d’asile: pensez aux Huguenots, dont beaucoup

de familles suisses descendent!

SPP: Quelles seront ces prochains mois les priorités concrètes de votre

ministère? D. Rochat: Sur le plan pratique, l’urgence consiste dans la mise

en place de l’Action parrainage Vaud qui démarre ces jours avec une

permanence au bureau de SOS-Asile à Lausanne. Il s’agit pendant 6 mois de

faire toute une campagne dans les Eglises protestante et catholique du

canton pour recruter des personnes qui acceptent de parrainer des

ressortissants bosniaques en passe d’etre renvoyés, suite à la décision du

Conseil fédéral.

SPP: Vous avez inauguré une permanence. A qui s’adresse-t-elle? D. Rochat:

Je dispose en effet, au Centre social protestant à Lausanne, d’une

permanence ouverte tous les jeudis matin de 9 heures à 11 heures 30. On

peut m’y joindre par téléphone au 021/320 56 81 ou en venant directement

sur place. Cette permanence est destinée en premier lieu aux requérants

d’asile, mais aussi aux personnes pretes à aider un demandeur d’asile ou

encore à quelqúun d’un office en relation avec les requérants d’asile qui

se poserait des questions d’ordre humanitaire, religieux ou spirituel.

(Propos recueillis par Mariette Mùller-Schertenleib)

Encadré: – Du jardin à la mission A 65 ans, le pasteur Rochat, qui

vit aux Bioux, dans la Vallée de Joux, a derrière lui un parcours peu

commun. Après un apprentissage de jardinier, qui le destinait à reprendre

l’entreprise familiale, il se découvre une vocation tardive: il sera

pasteur ou plutot missionnaire. Première étape: St-Germain-en-Laye, près de

Paris, oy il rattrape le programme secondaire et passe le bac latin-grec.

Etudes de théologie, licence et consécration à la Cathédrale de Lausanne en

1960 complètent le cursus. Meme s’il était le seul consacré cette année-là,

Daniel Rochat n’abandonne pas son projet initial. En 1961, avec sa femme et

ses deux enfants, après un an passé à Lisbonne pour apprendre le portugais,

il est envoyé au Mozambique au service de la «Mission suisse en Afrique du

Sud». Il y restera jusqúen 1968, année oy il est appelé par une Eglise

soeur du Transvaal pour travailler auprès des ouvriers mozambicains

employés dans les mines d’or sud-africaines. En 1972, la famille Rochat,

qui compte désormais cinq enfants, retourne en Suisse. Pendant 7 ans, le

pasteur occupera le cure de Lussy sur Morges. Mais en 1980, Daniel Rochat

reprend son baton de pèlerin en devenant le premier secrétaire général de

la Fédération internationale des sociétés de Croix-Bleue, qui venait

d’ouvrir son siège à Genève. Pendant 7 ans, il représente la Fédération aux

quatre coins du monde. Nouveau tournant en 1988 lorsqúil devient animateur

cantonal Terre Nouvelle, chargé de mettre en place dans les paroisses les

nouvelles structures de l’entraide et de la mission. Limité à deux ans, son

mandat s’achève en 1990. Il est alors nommé pasteur à mi-temps dans la

paroisse de Malley à Lausanne. Son autre mi-temps, il le partagera jusqúà

l’heure de la retraite entre un quart temps d’animateur Terre Nouvelle à

Lausanne et un autre quart temps d’aumonier des émigrés. Le 1er novembre

1996, à l’age de la retraite, Daniel Rochat relève un nouveau défi en

acceptant d’etre pour le compte de l’Eglise réformée vaudoise son médiateur

auprès des réfugiés. (SPP/mms)

28 novembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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