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France: L’écart social n’est une fatalité,

rappellent les évêques réunis à Lourdes (081196)

Déclaration de la Commission sociale des évêques de France

Paris, 8novembre (APIC) «L’écart social n’est pas une fatalité», rappelle

la Conférence des évêques de France dans une déclaration de sa Commission

sociale, publiée à la demande de son assemblée plénière, actuellement réunie à Lourdes.

Pour la Commission, l’écart interroge toute conscience soucieuse de la

dimension humaine de la vie sociale. «Les personnes et les organismes qui

ne s’en accomodent pas et luttent contre lui ont notre soutien et nos encouragements».

Tandis qú»un écart se creuse silencieusement», les évêques constatent

que «vivre ensemble devient problématique». Sans doute la crise est là,

mais il n’en demeure pas moins «insupportable» de voir grandir cet écart.

«Dieu a confié la terre à toute l’humanité, écrivent-ils. Cette confiance

rend vigilant. Elle appelle à un devoir de discernement et d’interrogation

à l’égard de toute organisation économique afin de l’évaluer selon le coût

humain de sa démarche… Les difficultés économiques n’excusent pas de

traiter les hommes plus mal que les outils de production».

Les évêques mettent en cause un pragmatisme qui «prend pour du réalisme

une loi du marché économique obsédée par une rentabilité à court terme et

souvent sans morale». L’oubli des conséquences humaines, notent-ils,

abandonne à la protection publique ou à la générosité privée le soin de

s’occuper de ceux que délaisse un courant libéral pressé de se défaire

d’obligations sociales qu’il juge abusives.

Revenir à ce qui est souhaitable pour l’homme

Ils dénoncent aussi le silence sur un projet de société qui «révèle une

sorte de paralysie du corps social tout entier». Comment, demandent-ils,

dialoguer avec celui qui tient cette solution pour fatale? Les évêques montrent comment une société fragilisée par ses divisions devient plus disponible aux dominations, notamment la domination d’»une logique économique

qui cherche un résultat rapide sans s’inquiéter des conséquences à plus

long terme». Ils montrent de même comment l’écart social mutile ceux qui,

pour garder un emploi, connaissent des rythmes de vie excessifs et des conditions de travail et de rémunération «à la limite de l’injustice», et plus

encore ceux qui n’ont à consommer que «les miettes d’une croissance qui

avance sans eux».

Il est donc urgent de revenir à ce qui est «souhaitable pour l’homme», à

aller «au-delà des palliatifs» et à explorer de nouveaux champs d’emplois,

en suscitant des exemples de «fécondité sociale». Soutenir ces actions

créatrices amène à s’interroger sur le partage du travail et celui des revenus. Les évêques n’éludent pas la question de l’argent: «Sans réflexion

sur la destination de l’argent, il ne se produira aucune modification du

rapport au travail qui produit cet argent. Créer des biens n’est pas un objectif suffisant. C’est une vie sociale commune qu’il s’agit de bâtir, dégagée des groupes de pression».

La déclaration conclut: «Réduire les inégalités sociales n’est pas seulement l’affaire de moyens techniques, mais d’intelligence et de coeur. Le

savent tous ceux et celles qui placent le sens de l’homme comme objectif

premier de leur action. Des hommes et des femmes, dans diverses responsabilités, ne se résignent pas à considérer l’écart social comme une fatalité.

Ensemble, si nous ne mettons pas l’homme en premier, avec la dimension de

sa vie communautaire, notre société perdra une part importante de ses valeurs. Honorer notre patrimoine, c’est retrouver la raison profonde de son

existence: l’homme, digne et libre». (apic/cip/pr)

8 novembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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