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apic/Japon/Secte Moon

Japon: La machine mooniste à ramasser des fonds est vacillante (051196)

La secte Moon bat maintenant la campagne pour «plumer» d’autres victimes

Tokyo, 5novembre (APIC) La secte Moon, qui tente d’imposer son influence

et son empire en Amérique latine – notamment en Argentine et en Uruguay – à

coups de billets verts des Etats-Unis, manifeste paradoxalement des signes

de déclin au Japon. La machine semble s’être déréglée. Du moins dans les

villes. La secte tente maintenant de s’organiser au niveau des campagnes.

En se tournant vers d’autres cibles, vers d’autres victimes à plumer.

Si les membres les plus endurcis ne veulent pas le reconnaître, l’état

des finances de la secte le laisse supposer: l’»Eglise unifiée», autrement

dit la secte Moon, est en perte de vitesse au Japon. Alors que chacun sait

qu’elle n’avait pas son pareil pour drainer des millions de dollars à son

profit. Son «credo» préféré.

Rien qu’au Japon, les officiels de la secte revendiquent pourtant 400

millions de dollars de dons par an. Durant ces 20 dernières années, les

moonistes du monde entier auraient investi un milliard de dollars aux

Etats-Unis, dont 800 millions pour l’achat du journal «The Washington Times».

Depuis quelques temps pourtant, nombreux sont les signes qui indiquent

que la machine s’est déréglée. Le Japon est devenu source d’inquiétude pour

le leader de la secte. Beaucoup d’anciens membres ont en effet entamé des

poursuites judiciaires, estimant avoir subi un préjudice moral et financier. Et même, pour certains qui l’affirment, un lavage de cerveau. D’autres enfin disent avoir «donné» de l’argent sous la pression de moonistes

les obligeant à verser «leurs dons» s’ils ne voulaient pas voir leurs parents «brûler en enfer». Tous les moyens étant bon pour récolter le «dieu»

dollars. Y compris en faisant feu de tout bois.

La religion comme paravent, le fric comme but

Selon des avocats de plaignants, plus de 17’000 plaintes contre l’»Eglise unifiée» ont été enregistrées depuis 1987 par les bureaux d’avocats et

par l’Administration pour la défense des consommateurs. Les mêmes avocats

affirment que la secte aurait versé près de 150 millions de dollars pour

éviter des poursuites judiciaires.

Une dissidente qui a travaillé pendant 10 ans pour la secte, Naoko Fukasawa, explique que l’organisation ne se sert de la religion que comme paravent. Pendant des années, dit-elle, on m’a fait faire du porte-à-porte pour

vendre différents objets, pas nécessairement religieux, à des prix exorbitants. «En fin de compte, une seule chose comptait: combien avions-nous

rapporté d’argent? Nous n’étions que des marionnettes dont Sun Myung Moon

tirait les ficelles».

La campagne après les villes

La plupart des Japonais croient au bouddhisme ou au shintoïsme, mais la

majorité ne pratiquent aujourd’hui aucune religion structurée. Souvent les

gens seuls et vulnérables sans lien avec leur famille donnent leurs biens

aux moonistes, vont habiter dans un logement spartiate mis à leur disposition par la secte et lui consacrent leur vie. Mais l’édifice Moon bouge…

Le porte-parole mooniste au Japon, Oe, parle certes d’un état de santé

«excellent comme jamais». Il affirme avoir cette année encore encaissé 400

millions de dollars. «Une des plus belles recettes enregistrées depuis

l’âge d’or du boom économique des années 80». Au Japon s’entend.

Reste les témoignages de douzaines de dissidents, d’avocats et de spécialistes de cette secte, ainsi que les tribunaux, qui permettent aujourd’hui de dresser un autre bilan de santé. Plus chancelant celui-ci.

Tous concordent pour dire que l’énorme machine à ramasser des fonds est vacillante. L’offensive anti-secte perçue dans la société n’étant pas étrangère à ce déclin.

Selon Yoshifu Arita, un journaliste qui suit la secte depuis une dizaine

d’années, la source d’argent en provenance du Japon s’est tarie, et comme

la vigilance des villes est de plus en plus efficace, la secte s’oriente du

côté des campagnes, où les gens sont moins sensibles «à la mauvaise publicité», pour reprendre une formule maintenant chère aux moonistes japonais.

Cette vigilance a poussé l’»Eglise unifiée» à adopter une nouvelle politique. Elle visait autrefois et principalement les jeunes. Elle se tourne à

présent vers les gens âgés, les femmes, surtout celles qui ont de l’argent

et des biens. (apic/eda/pr)

5 novembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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