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Belgique: Commission nationale catholique pour l’oecuménisme: (291296)
«Peut-on vraiment se réconcilier?»
Bruxelles/Tournai, 29décembre (APIC) Le mot «réconciliation», même chez
les chrétiens, n’a pas toujours bonne presse. La justice avant tout, exigent certains. La Commission catholique belge pour l’oecuménisme n’a pas
voulu esquiver l’ambiguïté du mot. En écoutant plusieurs théologiens sur ce
thème, elle s’est préparée en même temps au deuxième rassemblement oecuménique européen de Graz (Autriche), en juin prochain, qui a précisément pour
thème: «La réconciliation, don de Dieu, source de vie nouvelle»
Michel Sommer, protestant mennonite, a présenté l’exposé principal basé
sur la réconciliation dans une perspective chrétienne. Se référant à l’affirmation de l’apôtre Paul, «Dieu nous a confié le ministère de la réconciliation», le conférencier met d’emblée en garde contre un malentendu: dans
un monde qui génère l’exclusion, parler de «réconciliation» est suspect.
S’agit-il de faire taire les différences ou de nier les conflits? User du
mot «réconciliation» pour fuir les problèmes, ce serait raviver la violence!
Contre toute violence
Le regard sur la Bible est ici salutaire, car elle invite à voir en face
la réalité du mal pour saisir les enjeux de la réconciliation. De l’Ancien
Testament, Michel Sommer retient trois textes qui évoquent la réconciliation entre Dieu et son peuple. L’exigence de réconciliation vient des situations de péché, c’est-à-dire de relations porteuses de mort, dont on ne
peut se défaire que par un nouveau départ: d’où le recours rituel au bouc
émissaire (Lv 16). La réconciliation implique un rééquilibrage des rapports, donc la justice (Lv 25). Mais «Dieu n’agit pas par la violence des
vainqueurs»: le chemin de la réconciliation préfère la voie du Serviteur
souffrant (Is 53).
Dans le Nouveau Testament, le langage de la réconciliation est surtout
le fait de l’apôtre Paul et de ses successeurs. Devant les Corinthiens divisés, Paul invoque son «ministère de la réconciliation» (2 Co 5,18), car
c’est Dieu qui a l’initiative et comme l’apôtre, le chrétien se doit d’être
au service des relations interpersonnelles et sociales dans la communauté.
Le grand acteur de la réconciliation pourtant, c’est le Christ: il a vaincu
la haine par sa croix (Ep 2, 11-22). La seule parole du Christ parlant de
réconciliation se trouve dans le Sermon sur la Montagne en Mt 5, 23-24: elle fait de la réconciliation un impératif incontournable pour celui qui a
des torts; l’entente avec le frère prime d’ailleurs sur le culte.
«Dieu en Jésus-Christ se révèle de manière ultime comme le Dieu de la
réconciliation. Il veut, par conséquent, être le Dieu de tous», souligne
encore Michel Sommer, qui en dégage quelques conséquences. Comment confesser un tel Dieu sans être soi-même un «acteur engagé de la réconciliation».
Le disciple du Christ est même appelé à partager sa «lutte non-puissante et
non-violente» contre le mal. Plutôt la croix que faire souffrir l’autre!
Eglises mises au défi
Appelée à servir la réconciliation dans la société, l’Eglise est mise au
défi de faire oeuvre de réconciliation sociale entre ses propres membres.
Or, une véritable démarche de réconciliation prend du temps et passe par
plusieurs étapes. Mieux vaut ne pas les brûler si l’on veut éviter la légèreté, le mensonge ou le jeu pervers. Michel Sommer plaide plus encore pour
«une spiritualité de la réconciliation». Car le Dieu des «nouvelles alliances» provoque sans cesse à «développer une vision non figée de la situation
et de l’autre et incite à s’inspirer des actions de paix et de réconciliation dans les différentes traditions chrétiennes. En cas de conflit, il
vaut aussi la peine de se poser en prière de vraies questions sur Dieu: où
est-il? «Dans un camp contre l’autre?»
Le conférencier évoque en conclusion l’épuration ethnique, «forme exacerbée de l’exclusion». La tragédie du Rwanda a de quoi interroger tous les
chrétiens : Quel Evangile prêchons-nous?… Le danger qui menace chaque
tradition chrétienne est de réduire l’Evangile «à moins qu’il n’est.»
Une Eglise de réconciliation
En écho à l’exposé de Michel Sommer, trois intervenants proposent ensuite, à titre personnel, une approche marquée par la sensibilité d’une autre
Eglise. Le Père Joseph Famerée, professeur à la Faculté de théologie de
l’Université catholique de Louvain (UCL), insiste en catholique sur l’Eglise comme «sacrement de la réconciliation». Cette mission déborde de loin le
seul sacrement de pénitence. Pour éviter pareille réduction, J. Famerée pose quatre repères destinés à «orienter et relancer sans cesse la marche ecclésiale».
Tout d’abord, la force de l’amour qui réconcilie se reçoit de Dieu ; la
Trinité en est la source, mais aussi le modèle exigeant et inépuisable. Le
don de cet amour a pris corps en Jésus, qui s’est livré totalement sur la
croix: toute réconciliation passe par cette épreuve. Troisième repère:
l’Esprit du Christ ne connaît pas les frontières; il est communiqué à tous
pour faire oeuvre de réconciliation avec tous, et dans le respect de chacun. Enfin, parce que «l’amour n’est pas divisible», la réconciliation avec
le frère est signe et critère de la réconciliation avec Dieu.
La réconciliation ne peut se construire sur l’oubli
Recteur d’une paroisse orthodoxe russe à Bruxelles, l’archiprêtre Paul
Pellemans invite à son tour à contempler le Dieu trinitaire comme «modèle
d’unité et source d’amour ayant le pouvoir de triompher de l’égoïsme et de
réaliser ce modèle dans la vie de l’Eglise».
Mais cette réconciliation, précise le représentant orthodoxe, implique
de chacun et de chaque communauté un examen de conscience. Pour se regarder
et s’apprécier l’un l’autre, il y a «un passage obligé par l’humilité», une
prise de conscience des aveuglements ou des faiblesses. La réconciliation
ne peut se construire sur l’oubli. Elle intègre la mémoire des faits, sans
amertume ni honte: Le pardon et la réconciliation commencent au moment où
la victime d’une injustice accepte l’offenseur sans se poser des questions,
pour la simple raison qu’il a rebroussé chemin.
Une dimension cosmique
De son côté, le professeur Sjoerd L. Bonting, théologien anglican, a tenu à mettre en évidence «la dimension cosmique de toute réconciliation».
Dès les premières pages, la Bible pose le problème du chaos, ou de la menace d’un retour au chaos. D’une certaine manière, toute l’évolution du monde
et des êtres vivants peut être considérée comme création et victoire sur le
chaos. Mais les hommes, les êtres qui l’entourent dans le monde et l’univers lui-même sont-ils réconciliés et le sont-ils avec Dieu?
Depuis la résurrection du Christ, ses disciples proclament leur espérance en la venue du Royaume, en des cieux nouveaux et une terre nouvelle.
Oeuvrer à la réconciliation, souligne Sjoerd Bonting, c’est nécessairement
veiller à l’intégrité de la création et à la sauvegarde de l’environnement.
Au quotidien
Sur la base de ces interventions, des échanges en carrefours ont exploré
différentes pistes de réconciliation dans la vie des personnes, des communautés, de l’Eglise en général.
Prendre la réconciliation au sérieux, ce n’est pas voir tout en rose, ou
tout en noir. C’est d’abord apprendre à avancer, pas à pas, dans la vie
quotidienne, sur un chemin de respect, de justice et de dialogue que tous
s’accordent à trouver difficile mais aussi prometteur. Les expériences
réussies, telles qu’une médiation dans un conflit, un jumelage entre communautés, ou une activité commune entre personnes d’horizons différents,
sont des encouragements précieux pour ceux qui sont confrontés à l’épreuve
de l’injustice, de la relation brisée ou du manque de communication.
Des suggestions sont émises aussi à l’intention des délégués belges au
rassemblement oecuménique de Graz. D’abord, on souhaite que la célébration
oecuménique nationale du 16 février à Bruxelles soit un signe de réconciliation entre les personnes, les langues, les cultures et les confessions
religieuses. Au-delà de la prière en commun, le thème du rassemblement
laisse à tous une interpellation concrète: comment et à quelles conditions
chaque Eglise et chaque communauté locale peuvent-elles être davantage témoins du Dieu de la réconciliation? Beaucoup attendent donc des délégués
envoyés à Graz qu’ils en reviennent avec des pistes à creuser sur le terrain pour que ce second rassemblement oecuménique porte ses fruits. (apiccip/ba)




