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France: Mgr Louis-Marie Billé, nouveau (191296)

président de la Conférence des évêques

«Nous sommes comme le pilote d’un Airbus»

Paris, 19décembre (APIC) Mgr Louis-Marie Billé, nouveau président de la

Conférence des évêques de France, sans vouloir se donner un programme trop

rigide, a fixé quelques priorités pour son action. Il s’en est ouvert avec

verve et humour mercredi à Paris devant les journalistes de l’information

religieuse (AJIR). Le dialogue avec la société, le monde politique et les

autres confessions et religions est prioritaire. Sans négliger le dialogue

entre les évêques et avec Rome.

L’année 1997 comptera plusieurs points forts pour l’Eglise catholique en

France, a souligné Mgr Billé. La proposition de la foi aux jeunes, à la

suite des dernières assemblées plénières de l’épiscopat sera un des axes

prioritaires, avec en point de mire la célébration à Paris, autour du pape

Jean Paul II, des Journées mondiale de la jeunesse (JMJ). «J’ai le sentiment que pour les JMJ, dans les diocèses, la mayonnaise prend», note Mgr

Billé. La lettre aux catholiques de France intitulée «Proposer la foi dans

la société actuelle» participe de la même démarche. Elle devrait être reprise et étudiée à tous les niveaux. Enfin le président de l’épiscopat

français insiste sur la 2e rencontre oecuménique européenne, à Graz en Autriche.

La lettre aux catholiques de France, publiée à la suite de la dernière

assemblée plénière des évêques à Lourdes, est certes assez longue, admet

Mgr Billé. «Mais je crois que sa diffusion se fait bien. Je souhaite

vivement que ce texte soit repris et travaillé le plus vite possible, qu’il

continue son chemin à la manière des précédents rapports de l’épiscopat.

Cette lettre est la troisième version du rapport de Mgr Claude Dagens, pour

l’instant les évêques n’envisagent pas de faire une synthèse des réflexions

qu’elle va susciter, explique Mgr Billé. «Il sera intéressant de la

reprendre dans cinq ans pour savoir où nous en sommes dans sa réception et

ses effets».

L’élan oecuménique n’est pas retombé

La rencontre européenne de Graz devrait être un événement oecuménique

important. Si certains ont l’impression que l’oecuménisme est panne, Mgr

Billé estime que l’élan impulsé par Vatican II n’est pas retombé. «Je crois

qu’il faut envisager les choses dans une perspective à long terme, comme

c’est la cas à la fin de l’encyclique ’Ut unum sint’. Pour moi, c’est un

des textes qu’on aurait aimé écrire.» Il est vrai que des questions fondamentales demeurent pierres d’achoppement, le ministère de Pierre en premier

lieu, admet le président de la conférence épiscopale. «J’ai participé pour

la première fois au Conseil des Eglises chrétiennes en France (CECF) et

j’en ai été très heureux. On ne peut pas envisager mathématiquement le

compte des accords et des déasccords. De fait plus on approfondit la communion, plus on découvre ce qui la rend difficile. Il faut dégager des

perspectives, une orientation, un chemin, plutôt que des recettes, car on

risquerait d’accentuer les divisions.»

«Nous sommes comme des pilotes d’Airbus»

A la tête d’une conférence épiscopale de plus d’une centaine de membres,

actuellement en train de se renouveller profondément, Mgr Billé souhaite

que les structures soient allégées et fonctionnent encore mieux. «Ma préocupation majeure est que l’épiscopat entier vive les changments auxquels il

est appelé». A ses yeux, un bon évêque est un évêque bon. «Nous sommes envers nos diocèses comme le pilote d’un Airbus. Si on le manoeuvre comme un

avion de chasse, on se casse la figure. Il nous revient de marcher en premier comme le Christ, mais il ne faut pas chercher à ’animer’ nos diocèses

contre nous, même si parfois nous sommes amenés à nous opposer à telle ou

telle chose. L’évêque doit assurer la communion missionnaire de son diocèse.»

Les rapports entre la Conférence des évêques de France et la curie romaine n’ont pas toujours été faciles, notamment lors de l’affaire Gaillot.

Le nouveau président n’en disconvient pas. «Les conflits de pouvoir sont

inévitables, quelles que soient les situations ou les institutions. Nous

devons veiller à ce que les rapports entre Eglises particulières et Eglise

universelle soient vécus en vérité». Mgr Billé rappelle avoir vécu lui-même

une «longue expérience de collaboration conflictuelle» à l’occasion de la

préparation du catéchisme pour les adultes. Avec le recul, «je pense que

sur des questions de christologie nous étions plus dépendants de contextes

ponctuels que nous le pensions, et que le diaogue avec Rome a été finalement positif.»

Prendre position sans prendre parti

L’actualité française a été très marquée cette année par la question de

l’immigration. Plusieurs églises ont été occupées par des clandestins avec

ou sans l’accord des autorités eccésiales. Il faut avoir à ce propos quelques principes de discernement, rappelle Mgr Billé. En particulier se souvenir que ce qui est légal n’est pas toujours ce qui est moral. En cas de

durcissement des Français, des prêtres ne pourraient pas échapper à des situations de conflit avec une partie de la société, voire avec les autorités. Ce que personne ne désire, relève Mgr Billé. «Il nous faut prendre position sans prendre parti et jouer en Eglise de l’articulation des responsabilités. Nous donnons parfois l’impression d’être contradictoires en déclarant comprendre la nécessité d’une politique de régulation des flux migratoires et en nous portant par ailleurs au secours des sans-papiers. Mais

nous nous efforçons, comme serviteurs de la communion et de la vérité, de

rappeler l’essentiel.» Pour Mgr Billé, la responsabilité des élus n’absorbe

pas la totalité de la vie démocratique, il est normal que l’épiscopat s’exprime sur le débat parlementaire en cours. (apic/jcn/mp)

Encadré

La relation avec les jeunes a été déterminante

Pour décrire son parcours, Mgr Louis-Marie Billé se réfère d’abord à ses

origines vendéennes. Mais il met aussi immédiatement en avant sa formation

en sciences bibliques et son activité d’enseignant. «Le lien avec le livre

de la Parole est pour moi marquant. La joie d’enseigner, au séminaire notamment, d’être un éveilleur, au nom de la liberté, la relation avec les

jeunes ont été aussi déterminantes», explique-t-il. «En 1968, jeune professeur, j’ai vu beaucoup de jeunes se casser la figure. J’ai vu aussi que des

institutions importantes sont au fond fragiles». Nommé évêque en 1984, Mgr

Billé a compris qu’on ne conquiert pas l’Eglise, mais qu’on se met à son

service. «Je suis sensible aujourd’hui à la densité et à la profondeur humaine que donnent les relations ecclésiales», ajoute-t-il. (apic/jcn/mp)

19 décembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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