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Québec:Déclaration pastorale des évêques sur la crise économique(171296)
Plus d’un million de personnes socialement sinistrées
Montréal, 17décembre (APIC) Dans un Québec secoué par une crise profonde,
le filet social se défait de partout:plus d’un million de personnes sont
aujourd’hui socialement sinistrées, le taux de chômage atteint 12%, l’exclusion et l’appauvrissement frappent une partie grandissante de la société. Tel est le sombre tableau décrit par l’Assemblée des évêques du Québec
dans la déclaration pastorale «Responsables et solidaires – Des moyens pour
combattre la crise».
La lettre pastorale, qui circule depuis le début décembre dans les différents milieux de la Belle Province, se veut une réflexion de fond des
évêques du Québec à laquelle ont été associés des experts, en provenance
notamment du monde des affaires sociales.
«Les effets pervers d’une économie fondée sur la poursuite du profit»
Analysant une crise aux causes multiples – «qui n’est pas le fruit du
hasard ou d’une calamité naturelle» -, les évêques du Québec n’hésitent pas
à mettre en cause «les effets pervers d’une économie fondée sur la poursuite du profit, la consommation à outrance et les impératifs du libre marché». Elle résulte aussi, notent-ils, de failles spirituelles qui ont affaibli la charpente morale de la communauté.
Ainsi la course à la consommation, présentée longtemps comme le modèle
de réussite, a incité bien des ménages à plonger dans l’endettement, réduisant leurs moyens (temps, argent et disponibilité) de contribuer à la communauté. Une conception par trop individualiste du bonheur et de la liberté
a aussi grandement facilité la rupture des unions et la fuite des responsabilités familiales, peut-on lire dans le document pastoral des évêques.
Ces derniers disent leur inquiétude face à la fragilisation de la famille, cause également de pauvreté: le taux de divorce est passé de 30 à 34%
ces dix dernières années, près de 90% des jeunes mères de moins de 25 ans
devant élever seules leur enfant sont vouées à la pauvreté. «Une nouvelle
classe sociale de mères et d’enfants pauvres a surgi partout au Canada, et
plus fortement au Québec». Avec la précarisation du marché de l’emploi, les
jeunes de moins de 30 ans sont à leur tour en train de former une nouvelle
minorité défavorisée.
«Enfin, déplorent les évêques du Québec, nous n’avons guère appris encore comment être plus largement solidaires dans une société qui compte une
si grande diversité de communautés culturelles».
Lancement d’»ateliers d’éthique» pour faire face à la crise
Certes, souligne-t-on, le malaise québecois n’est pas seulement économique, au sens restreint du terme:»c’est aussi une façon de vivre et de vivre
ensemble qui est en cause; même en temps de prospérité, ne devenons-nous
pas tous comme des sinistrés de l’âme quand la gratuité d’être ensemble
n’est plus au coeur de nos vies?» Pour faire face à la morosité et au «défaitisme» ambiants, les évêques du Québec lancent l’idée d’»ateliers
d’éthique» ouverts à tout le monde pour relever le défi que pose une société en plein désarroi et tentée par le repli sur soi.
Interpellations éthiques pour un temps de crise
Dans le but de dépasser l’idéologie de la consommation et de restaurer
une éducation aux valeurs sociales, les évêques en appellent à la mise en
place de projets concrets de transformation sociale qui apporteront «la
preuve qu’on peut changer les choses». Le document épiscopal propose à la
fin une liste de possibilités très concrètes – qu’il s’agisse de péréquation entre paroisses riches et pauvres, d’investissement à objectifs sociaux ou d’autres initiatives novatrices – pour passer à l’action dans le
champ de la solidarité sociale.
Il s’agit pour les évêques de contribuer à garder un Québec accueillant
aux autres et ouvert sur le monde. «Ainsi pourrons-nous rebâtir sur des valeurs durables, à l’enseigne de la responsabilité et de la solidarité, une
volonté de vivre ensemble». (apic/be)




