Semaine de prière pour l’unité des chrétiens du 18 au 25 janvier 1997

APIC – interview

Heinz Rüegger, responsable pour l’oecuménisme

de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS)

Les fidèles ne comprennent plus les questions oecuméniques

Josef Bossart, Agence APIC / traduction Maurice Page

Berne, 17décembre (APIC) «La réalité de la vie a aujourd’hui bien souvent

rattrapé et dépassé l’oecuménisme officiel», estime Heinz Rüegger, chargé

de l’oecuménisme au sein de la Fédération des Eglise protestantes de la

Suisse. «Les couples mixtes fréquentent aussi bien le culte protestant que

la messe catholique que cela soit permis ou pas.» Agé de 43 ans, Heinz Rüegger, qui vit à Rüfenacht dans le canton de Berne, occupe cette charge depuis 1993. Il dresse un tableau contrasté de l’oecuménisme en Suisse.

APIC: Dans l’hypothèse où les Eglises suisses auraient demain une caisse

commune. Que pourraient-elles faire ensemble?

Heinz Rüegger: Beaucoup. Les Eglises pourraient par exemple traîter ensemble tout le domaine social et celui de la diaconie. Il y a certes déjà des

efforts communs, mais on pourrait sans doute faire encore plus. Les prises

de positions dans le domaine de l’éthique sociale sont aujourd’hui déjà

ccordonées. Le travail des oeuvres d’entraide pourrait aussi se faire davantage en commun. Dans le domaine des infrastuctures, bâtiments, organisations, bureaux, offices centraux, on pourrait – si on le voulait – faire

beaucoup plus.

APIC: Si on le voulait?

HR: Je crois que la perspective d’une caisse commune pour les Eglises n’est

actuellement pas réaliste, mais elle constitue un bon exercice de

réflexion. Une plus grande communauté financière ne peut se développer qu’à

partir d’un désir et d’une volonté de travailler ensemble.

APIC: Mgr Kurt Koch, évêque de Bâle, parle à propos de la division des

chrétiens de «scandale douloureux» …

HR: En tant que théologien protestant, je ne crois pas qu’il soit souhaitable de viser une unité de l’Eglise à travers des structures juridiques,

hiérarchiques et organisationnelles uniformes. Pour moi, il s’agit-là d’un

projet qui n’est pas nécessaire en vue d’une évangélisation fructueuse.

D’un projet qui ne correspond pas non plus à la culture, à la conception

mentale, de l’homme occidental post-moderne. L’Eglise s’est développée dans

de multiples formes, et a par là sa légitimité. Il n’y a aucune nécessité

de réunir le tout dans un ordre juridique unique, dans une liturgie plus ou

moins unitaire et sous la conduite d’un pape. Il ne s’agit pas d’un but

sensé, c’est pourquoi le scandale n’est pas pour moi le même que pour Mgr

Koch.

APIC: Quel est donc le scandale pour vous?

HR: Que nous Eglises, nous nous laissons toujours aller à nous profiler

l’une contre l’autre sur des aspects particuliers. Ceci malgré la diversité

des communautés existantes qui à mes yeux a atteint un degré très élevé.

APIC: Se profiler l’une contre l’autre qu’entendez-vous par là?

HR: L’Eglise catholique se profile dans la messe contre les Eglises noncatholiques, dans le sens où elle ne leur ouvre pas officiellement l’accès

à l’eucharistie. Je pense qu’il s’agit d’une identification négative, car

la cène ou l’eucharistie est quelque chose qui nous identifie en tant que

chrétien. Pour nous protestants, il est important de considérer que la cène

est précisément le lieu où nous sommes identifiés par celui qui préside la

table, c’est-à-dire le Seigneur, et non pas par nous-mêmes en tant que représentants ecclésiaux.

Les querelles à l’intérieur des confessions elles-mêmes sont encore plus

problématiques. Elles sont beaucoup plus dommageables pour la procalamation

de l’Evangile et le témoignage de foi que les différences entre les Eglises

catholique et protestantes. Un conflit comme celui du diocèse de Coire autour de Mgr Haas est un scandale beaucoup plus grave pour l’unité et le témoignage de l’Eglise.

APIC: C’est une publicité négative pour l’Eglise?

HR: Cela produit une perte de crédibilité qui ne touche pas seulement

l’Eglise catholique, mais l’Eglise toute entière. Dans le conflit autour de

Mgr Haas, se manifeste à mon avis un type d’ecclésiologie – avec la bénédiction du pape – qui foule aux pieds le message du Christ. L’attitude arrogante et centrée sur son pouvoir de l’évêque de Rome contredit tout ce

que je peux me représenter de l’exemple de Jésus-Christ. La foi chrétienne

est touchée par un scandale profond qui atteint toutes les Eglises. Je me

dois cependant d’ajouter que de tels exemples d’abus de pouvoir ne sont pas

une spécialité des catholiques, mais existent aussi du côté évangélique. Ce

ne sont cependant pas les problèmes qui nous occupent dans le dialogue oecuménique traditionnel.

APIC: Cela veut dire que ce qui sépare les confessions est aujourd’hui en

dehors du champ de l’oecuménisme officiel…

HR: J’ai le sentiment que les niveaux de réflexion se sont déplacés. Il y

eut un temps où l’oecuménisme s’est effectivment occupé des questions centrales et significatives. De celles qui sont importantes pour la foi des

fidèles, la communion des Eglises et leur témoignage dans le monde. Aujourd’hui beaucoup de ces questions sont anachroniques, parce qu’elles ne

sont plus les questions du peuple de Dieu dans son ensemble, et parce

qu’elles n’occupent que quelques personnes dans des chaires de théologie

qui peuvent encore se payer ce luxe. La plupart des fidèles ne comprennent

plus du tout ces questions.

APIC: Que voulez-vous dire plus concrètement?

HR: Le dialogue mené en Allemagne entre catholiques et luthériens sur la

question de la justification est peut-être important d’un point de vue historique, mais ce ne sont pas les questions des gens. Parce qu’ils n’y trouvent pas le ’nerf’ ou les Eglises souffrent, où elles sont vivantes ou mourantes, où elles se réjouissent. L’oecuménisme officiel n’a souvent rien à

faire avec la vie des croyants. La réalité d’un catholicisme de base et la

réalité de la hiérarchie enseignante de l’Eglise catholique sont des mondes

différents. Parce que l’oecuménisme s’occupe largement des thèses abstraites du magistère, dont la plupart des fidèles ne vont même plus prendre

connaissance, la vie et la lutte des croyants s’éloignent naturellement de

cet oecuménisme. Ou pour mieux dire: l’oecuménisme officiel passe ainsi à

côté des questions des gens.

APIC: Que conseillez-vous aux Eglises face à cette situation?

HR: Nous devons nous aider mutuellement, de manière très simple et au-delà

des différences confessionnelles, à transmettre la foi. Il est

invraisemblable aujourd’hui tant du côté catholique que du côté protestant,

que seuls la moitié des gens que nous baptisons parviennent à une foi

vécue. Cela devrait nous intéresser aussi dans une dimension oecuménique

d’une manière tout à fait différente qu’à travers les déclarations du

magistère qui ne prennent pas en compte ces réalités et ces difficultés des

Eglises.

APIC: Le fossé entre les confessions a été dépassé…

HR: La pression pour obtenir des résultats oecuméniques s’est en tout cas

considérablement relachée. La réalité de la vie est aujourd’hui bien en

avance sur le dialogue oecuménique officiel. Les couples mixtes participent

indifférement au culte protestant ou à la messe catholique que cela soit

permis ou pas. Les fidèles pensent et font ce qui leur paraît juste. C’est

pourquoi aussi le soutien à l’oecuménisme a reculé au sein de la base dans

nos Eglises. On ne voit plus de quel droit ce dialogue compliqué entre les

Eglises doit encore exister. De ce fait, l’oecuménisme est moins attractif

qu’il y a une trentaine d’années. A l’époque, les frontières confessionnelles étaient beaucoup plus marquées et ressenties plus douloureusement.

APIC: Pourquoi alors restez-vous attaché à votre tâche de responsable de

l’oecuménisme?

HR: Je trouve passionnant de chercher un nouveau terrain entre les divers

fronts. Chercher de nouvelles voies dans le temps du pluralisme et de l’individualisation est stimulant. Dans une monde où la réalité de l’Eglise apparaît davantage à travers les études de sociologie des religions qu’à travers les livres d’enseignement dogmatiques. (apic/job/mp)

Encadré

La semaine de prière pour l’unité des chrétiens

La première initiative moderne en faveur de la prière pour l’unité a été

prise par un prêtre anglican, Paul Wattson, qui, dès 1908, lança une octave

de prière pour l’unité de l’Eglise qu’il voyait centrée autour du siège de

Rome.

Le mouvement «Foi et Constitution» avait appelé les chrétiens depuis

1926 à une semaine de prière pour l’unité de l’Eglise au temps de Pentecôte. Dans les années 30, l’abbé Paul Couturier, un prêtre catholique de Lyon, instaura une Semaine de prière universelle pour l’unité des chrétiens

sur une base nouvelle: prier pour l’unité telle que le Christ la veut et

par les moyens qu’il voudra, selon la prière même de Jésus au soir du Jeudi

Saint.

A partir de 1958, le Centre «Unité chrétienne» de Lyon, en France, a

préparé le thème de la Semaine de l’unité annuelle en collaboration avec la

Commission «Foi et Constitution» du COE. C’est le secrétariat romain pour

l’Unité des chrétiens et la Commission «Foi et Constitution» qui préparent

chaque année ensemble, depuis 1966, le texte pour la Semaine de prière.

(apic/pr)

17 décembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 6  min.
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