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L’Eglise Protestante Unie de Belgique a entamé son assemblée synodale

Bruxelles, 2 décembre 1996 (CIP)

Face à la crise généralisée, il faut oser se remettre en question: c’est le

message adressé par le pasteur Daniel Vanescote, président du Conseil

synodal de l’Eglise Protestante Unie de Belgique (EPUB), aux quelque 70

délégués qui ont pris part le 30 novembre à Bruxelles à la première journée

de l’assemblée synodale annuelle de l’Eglise. Deux autres journées

synodales auront lieu le 14 décembre et le 1er février prochains.

Le Synode de l’EPUB reste bilingue. Un Bureau, présidé cette année par un

pasteur assisté d’un laïc, était modérateur de la première séance de

travail, consacré aux affaires courantes de l’Eglise. L’assemblée synodale

réunissait les 53 délégués des six districts régionaux, les membres du

Conseil synodal (l’exécutif du Synode), ainsi que les représentants des

ministères spécialisés.

En début de séance, la Commission juridique s’est déclarée incompétente

pour statuer sur le recours d’un district qui estimait que les personnes

homosexuelles ne peuvent assumer une responsabilité dans l’Eglise. Le

document de 1994 autorisant ces personnes à siéger dans des Commissions

nationales, mais pas au Conseil synodal, a dès lors été entériné.

Une longue discussion a suivi pour décider si les séances devaient rester

ouvertes au public, après qúun détracteur a transmis au ministère de la

Justice des renseignements jugés incorrects sur la manière dont

fonctionnent les paroisses réunies au sein de l’EPUB. Malgré cette «bavure»

qúil espère unique, le Synode a voté la transparence et l’ouverture,

refusant ainsi le repli sur sectaire, mais rappelant à chacun son devoir de

loyauté et de vérité.

Retour à l’essentiel

Dans son message au Synode, le pasteur Vanescote a donné le ton des débats.

Le contexte n’incite guère à l’optimisme, constate-t-il, après les

horribles découvertes d’enfants martyrisés, les «affaires», le génocide

rwandais, les restrictions budgétaires, le manque de visibilité de l’EPUB.

Pour l’EPUB, qui regroupe environ la moitié des quelque 80.000 protestants

du pays et qui est résolument engagée dans la voie de l’oecuménisme, il

n’est pas simple non plus de faire de la clarté sur les prétentions

d’autres Eglises protestantes dites évangéliques ou libres, qui ne sont pas

reconnues mais revendiquent les mêmes droits que ceux dont jouissent les

communautés de l’EPUB. Mais le petit troupeau ne peut pas perdre l’espoir ;

face à la crise généralisée, il importe, au contraire, a souligné le

pasteur Vanescote, d’oser se remettre en question, revenir à la mission

fondamentale de l’Eglise : «être des ambassadeurs du Christ auprès des

femmes et des hommes de ce monde, spécialement auprès des plus démunis».

Annoncer aux hommes une bonne nouvelle de libération, de service et d’amour

réciproques invite l’Eglise à revoir périodiquement ses priorités, a

poursuivi le président du Conseil synodal : «Quelle Eglise

construirons-nous demain, avec quels permanents, dans quelles structures ?»

Budget restreint

La suite des travaux de cette première journée a été consacrée à des

modifications de règlements, aux votes des comptes et du budget, aux

élections de membres de commissions et au renouvellement partiel du Conseil

synodal. Dans le nouveau Conseil ne siège plus qúune seule femme laïque,

mais le nombre des pasteurs ne dépasse pas statutairement le nombre de

laïcs, comme il est d’ailleurs de règle pour l’assemblée synodale.

Le budget de l’EPUB ne comprend pas les traitements des pasteurs ni des

professeurs de religion, dont les rémunérations sont prises directement en

charge, d’une part par le ministère de la Justice pour les ministres du

culte, d’autre part par la Communauté flamande et la Communauté française,

pour les enseignants chargés du cours de religion protestante.

Pour le reste, les dépenses inscrites au budget de l’EPUB pour 1997 se

chiffrent à quelque 24 millions de FB, dont 3,9 millions réservés à la

mission, principalement au Rwanda. Les recettes attendues des fidèles

dépasseront difficilement 17 millions: soit, à francs constants, une

diminution de 6 millions par rapport à 1986. Un budget de 24 millions pour

environ 40.000 fidèles : cela ne représente qúun coût annuel de 600 FB par

personne ! Certains en ont tiré une interpellation stimulante : lorsqúune

paroisse obtient sa reconnaissance par les pouvoirs publics, n’a-t-elle pas

tendance à se reposer sur ses acquis ou sur son passé ?

Pour l’heure, la situation budgétaire a provoqué un débat sur l’éventuelle

redistribution des postes pastoraux qui ne pourront plus à l’avenir se

concentrer uniquement sur une charge paroissiale.

Sur le terrain des engagements

Quelques autres rapports ont été discutés. L’un préconise des procédures de

médiation pour résoudre les situations conflictuelles pouvant survenir

entre un pasteur et son Consistoire ou Conseil de communauté locale. Un

autre rapport envisage la formation permanente des pasteurs, tout en posant

la question : s’agit-il d’un ministère à vie ? La place de l’EPUB dans les

médias, sur le réseau Internet notamment, a aussi retenu l’attention.

Quant au travail accompli dans le cadre de la Décennie «Eglise solidaire

des femmes», il a laissé un goût de trop peu. Des femmes, mais des hommes

également, ne se sont pas privés de le dire. En décembre 1995, la Rencontre

Oecuménique de Femmes de Belgique n’avait pas caché sa déception par

rapport aux attentes qúelle plaçait dans cette initiative lancée à Pâques

1988 par le Conseil Oecuménique des Eglises en vue d’aider celles-ci «à se

débarrasser des enseignements et des pratiques discriminatoires à l’égard

des femmes». Les femmes constataient, en effet : «Rien n’a été fait en

Belgique, ni du côté catholique, ni du côté protestant, pour promouvoir la

Décennie Oecuménique des Eglises en solidarité avec les femmes. Les Eglises

n’ont pas compris l’interpellation qui leur était adressée».

A l’heure où le Rwanda vit des moments décisifs pour l’accueil des réfugiés

qui rentrent massivement d’exil, un message du Révérend A. Karamaga,

président de l’Eglise presbytérienne du pays, a été lu en séance : «Nous

venons de former des comités de crise qui s’occuperont de la distribution

des secours et de l’accompagnement des réfugiés de retour. Le travail est

immense et les besoins sont nombreux car, après la première phase d’accueil

et d’aide matérielle, devraient commencer des sessions de réflexion en vue

de combattre la peur qui habite tout aussi bien ceux qui rentrent d’exil

que les survivants du génocide.»

Prochains rendez-vous

La journée du 30 novembre n’était que la première des trois sessions

prévues pour l’assemblée synodale de cette année.

La deuxième journée, le samedi 14 décembre, sera consacrée à la

«réconciliation», thème du rassemblement national protestant d’avril

prochain, et thème du deuxième rassemblement oecuménique européen, qui aura

lieu à Graz en Autriche en juin prochain?

Enfin, la journée du samedi 1er février 1997 abordera les rapports

régionaux des districts, ainsi que les rapports des Commissions de l’EPUB

sur la coopération au développement, sur le diaconat paroissial, sur le

ministère pastoral, et surtout un document du Conseil synodal sur l’Eglise

Protestante Unie de Belgique en route vers le XXIe siècle.

Pour conclure leur première journée de travail, plusieurs membres de

l’assemblée synodale ont communié dans la musique d’Arthur Honegger, dont

«Le Roi David», dans sa version de 1921, était présenté en concert par la

Chorale royale Protestante de Bruxelles.

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3 décembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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