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apic/Aide à l’Eglise en détresse/50 ans/Soutien à l’Eglise orthodoxe russe

Paris:L’oeuvre d’entraide catholique internationale (240197)

«Aide à l’Eglise en détresse» (AED) fête ses 50 ans

Près de 3 milliards de dollars récoltés en un demi-siècle

Paris, 24janvier (APIC) L’oeuvre d’entraide catholique internationale «Aide à l’Eglise en détresse» (AED) fête cette année ses 50 ans. Le Père Werenfried van Straaten, fondateur de cette organisation caritative créée à

l’époque pour secourir les chrétiens de l’Est victimes des persécutions

communistes, était cette semaine à Paris. L’AED a présenté les manifestations du jubilé et les actions spéciales qui seront entreprises avec le

soutien d’AED-France en Albanie, en Chine, en Haïti, à Madagascar et en

Russie.

La présence du Père van Straaten a également été l’occasion de présenter

le livre-entretiens avec Jean Bourdarias, «Le Père Werenfried, un géant de

la charité», paru chez Fayard, et de répondre aux questions des journalistes. Géant de la charité? Le religieux prémontré hollandais âgé aujourd’hui de 84 ans – connu sous le sobriquet de «Père au lard»- a en effet

réussi, en un demi-siècle, à récolter près de 3 milliards de dollars pour

l’»Eglise du silence» auprès de 600’000 donateurs dans 16 pays du monde.

Q:Père Werenfried, vous avez voyagé partout dans le monde. Quels sont vos

souvenirs les plus forts?

W:Je me souviens entre autres de cette jeune fille allemande au début des

années 50, lors d’une visite à des camps de réfugiés en Allemagne. Je lui

avais donné une image sainte en lui demandant de l’accrocher au mur. Elle

me répondit:»Mais nous n’avons pas de murs!»

Cette réponse m’a hanté jusqu’à ce que je fonde l’Ordre des Compagnons

bâtisseurs. Deux ans plus tard, ils étaient 60’000. Autre souvenir marquant:en 1949-1950, j’ai eu une longue discussion à Berlin avec un général

soviétique. En nous quittant, il m’a dit:»Père, vous croyez que nous sommes l’élite de Satan. Etes-vous, vous chrétiens, l’élite de Dieu?». Cela

m’a beaucoup frappé. Nous devons, de fait, faire de notre christianisme

quelque chose de resplendissant pour qu’il illumine la vie et en montre la

force.

Ce fut là le début de l’une de nos tâches, la conversion de l’Occident,

en écho aux paroles de la Vierge à Fatima:»Si vous vous convertissez, la

Russie se convertira aussi!» C’est toujours à partir de quelque chose qui

m’a touché au coeur que j’ai commencé à mener une action.

.Q:Qu’est-ce qui a changé pour l’AED depuis la chute du Mur de Berlin?

W:Au niveau des idées, rien! Seulement l’important programme d’évangélisation que nous avions concocté dans les années 50 – dont 35 chapelles roulantes, un grande nombre de prêtres de toutes les nationalités prêts à

partir avec – , en prévision de ce que nous appelions les «portes ouvertes», s’est trouvé caduc car l’ouverture s’est produite bien plus tard que

prévu.

Aujourd’hui, nous aidons de notre mieux les Eglises victimes de persécutions, dont l’Eglise orthodoxe: c’est cela la grande nouveauté! De fait, la

tâche énorme de l’évangélisation de la Russie lui revient de plein droit.

Comme l’a déclaré le Concile Vatican II, les orthodoxes sont très près des

catholiques. Le plus grand souhait du Saint Père, ainsi qu’il me l’a confirmé, c’est que l’unité soit faite entre eux et nous. Nous devons les aider avec le plus grand désintéressement, sans le moindre prosélytisme. Il

faut surmonter la haine par l’amour.

Nous avons fait de notre christianisme quelque chose de trop confortable. C’est pourquoi de nombreuses personnes héroïques sont parties servir

d’autres idéaux ailleurs. J’ai la conviction intime que les hommes sont

meilleurs que ce que nous croyons. Dieu aussi. Ces deux vérités m’ont beaucoup aidé. Nous arriverons à surmonter nos divergences.

Q:En quoi consiste cette aide à l’Eglise orthodoxe?

W:Elle est essentiellement pastorale: soutien des prêtres nécessiteux, catéchèse, littérature religieuse. Elle comprend aussi un grand mouvement

mondial de prière pour la réconciliation entre nos Eglises et pour la conversion de la Russie et de l’Occident.

Q:Votre regard sur les orthodoxes a changé…

W:Dès le début, nous avons porté les orthodoxes, russes notamment, dans

notre prière. Mais les contacts étaient impossibles avec l’Eglise officielle, manipulée par le gouvernement soviétique. Nous avons protesté contre

les traitements très durs infligés aux gréco-catholiques. A l’inverse, nous

avons eu des discussions très violentes avec des représentants de la hiérarchie catholique. Maintenant le chaos est normalisé, il faut oublier le

passé.

Quant à savoir si ce sont les instances de l’Eglise catholique qui m’ont

demandé de réviser mon attitude envers l’orthodoxie, c’est non.

L’initiative vient de moi. J’avais des plans, je les ai exposés au Saint

Père qui les a approuvés, Cela suffisait. J’ai dû ensuite combattre une

forte résistance intérieure dans notre mouvement. (apic/jcn/be)

Encadré

Les manifestations du jubilé de l’AED

L’AED, qui a reçu 9’000 appels au secours en 1996 et qui a pu en honorer

7’000, fête cette année ses 50 ans et inscrit ce jubilé dans le Grand Jubilé de l’an 2’000 de l’Eglise catholique. Parmi les temps forts de cet anniversaire: l’observation d’une minute de silence le 25 mars, mardi saint; du

8 au 11 mai, à l’Ascension, un colloque présidé par le cardinal Silvestrini

aura pour thème la réconciliation entre Eglises catholique et orthodoxe. Du

8 au 14 octobre, l’AED organise un pèlerinage international à Fatima, sur

les lieux de consécration de cet organisme caritatif. Le 22 novembre, un

messe solennelle à Notre-Dame de Paris sera présidée par le cardinal Lustiger. (apic/jcn/be)

24 janvier 1997 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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