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apic/Tchétchénie/Prêtre orthodoxe enlevé/Inquiétude/Islamisme
Tchétchénie:A nouveau un prêtre orthodoxe enlevé à Grozny(220197)
Profonde inquiétude sur le sort des chrétiens menacés par les islamistes
Moscou/Grozny, 22janvier (APIC) Une nouvelle fois un prêtre de l’Eglise
orthodoxe russe a été enlevé en Tchétchénie, annonce mercredi le Service
orthodoxe de presse (SOP) à Paris. Il s’agit du Père Ieftimi (Euthyme),
recteur de la paroisse Saint-Michel à Grozny, capitale de la république
caucasienne en proie aux luttes indépendantistes. Depuis ce rapt, en début
du mois, l’Eglise est sans nouvelles de lui.
Le primat de l’Eglise orthodoxe russe, le patriarche Alexis II, a fait
part de sa «profonde inquiétude» quant au sort du prêtre et de son accompagnateur enlevés le 9 janvier sur la route menant de Grozny à Ourous-Martan.
Les deux personnes, le recteur de Saint-Michel – la seule église orthodoxe
de la ville – et un autre paroissien, ont été arrêtés par des hommes armés
alors qu’ils circulaient en voiture. Depuis lors, on est sans nouvelles des
deux orthodoxes. Ils ont été kidnappés dans la même région où, le 29 janvier 1996, deux autres prêtres orthodoxes furent enlevés par des inconnus
armés qui s’avérèrent par la suite appartenir à des bandes indépendantistes
tchéthènes.
Le Père Ieftimi avait remplacé le Père Anatole Tchistoousov, enlevé par
les indépendantistes il y a exactement un an, en même temps que le Père
Serge Jigouline, collaborateur du Département des relations extérieures du
patriarcat de Moscou alors en mission spéciale en Tchétchénie. Ce dernier,
qui fut soumis à des mauvais traitements et à des privations, fut finalement libéré par les indépendantistes tchétchènes le 4 juillet dernier après
des mois de négociations. Le Père Tchistoousov est toujours porté disparu.
Risque de transformer le conflit tchétchène en guerre de religion
Le patriarche Alexis a qualifié l’enlèvement «d’acte sacrilège» alors
qu’à ce moment-là les orthodoxes se trouvaient dans la période de Noël et
que les musulmans entraient dans le mois du ramadan. Il a mis en garde contre le risque de transformer le conflit tchétchène en conflit religieux entre chrétiens et musulmans. «Cet acte sacrilège, qui intervient après le
récent assassinat de six représentants de la Croix-Rouge Internationale et
après toute une série de violations des droits de l’homme en Tchétchénie,
donne sérieusement à penser que l’ordre légal dans cette république est
pour le moins vacillant et que les autorités locales ne contrôlent pas totalement la situation», écrit le patriarche de Moscou dans un communiqué
diffusé au surlendemain de l’enlèvement.
Certaines forces essaient de torpiller le processus de paix en Tchétchénie en cherchant à transformer ce conflit en une «guerre de religion», a
pour sa part déclaré un responsable du gouvernement tchétchène, qualifiant
ce nouvel enlèvement de «provocation». Dans une conférence de presse à
Grozny, le ministre de l’Intérieur de la Tchétchénie Kazbek Makhachev a
estimé malgré tout que la sécurité s’améliorait dans le pays à quelques
jours des élections générales. Il considère que «certaines forces» tentent
toujours de perturber le processus électoral et que le rapt du prêtre orthodoxe est un nouvel exemple de ces «provocations».
Bientôt la «charia» à Grozny?
Le 15 janvier dernier, le métropolite Cyrille de Smolensk, responsable
du Département des relations extérieures du patriarcat de Moscou, a rencontre Kazbek Makhachev au siège du Ministère de l’Intérieur de la Fédération
de Russie à Moscou. Au cours de cette réunion, le métropolite a exprimé sa
vive inquiétude quant au sort de la population chrétienne vivant en Tchétchénie.
Mgr Cyrille a évoqué le problème du respect de la liberté religieuse des
minorités en cas d’instauration de la «charia» islamique, proposée par le
gouvernement tchétchène. Le ministre de l’Intérieur tchétchène a affirmé
que la loi islamique ne devrait s’appliquer qu’aux musulmans et que les autorités civiles veilleront à ce qu’il n’y ait aucune violation des droits
constitutionnels des autres communautés religieuses du pays.
Si les musulmans du Caucase du Nord ne sont pas enclins au fondamentalisme religieux, certains miliciens tchétchènes ont été la proie facile de
manipulations religieuses à des fins politiques, notent les observateurs.
Ainsi une jeune femme a été abattue par des «combattants de la liberté»
parce qu’elle n’était pas voilée en public. Cet incident a effrayé même des
femmes non musulmanes et a conduit au port général du voile islamique dans
certains endroits. On signale également des flagellations publiques pour
ivrognerie et certains Tchétchènes plaident pour la réintroduction de la
polygamie. (apic/sop/aed/kap/be)
Encadré
Les inquiétudes quant au sort des non musulmans en Tchétchénie taraudent
également la petite communauté catholique dirigée par le Père Bronislav
Tchaplitzky, qui dessert six petites paroisses dans le nord du Caucase,
notamment en Tchétchénie, au Dagestan et en Ossétie du Nord. Ces toutes petites communautés (de 5 à 300 paroissiens!) se composent de plusieurs nationalités, dont des Polonais, des Russes, des Allemands, des Ossètes, des
Arméniens et même des Assyriens.
Le Père Tchaplitzky craint pour la petite minorité catholique – tentée
par l’émigration – qui doit faire face aux conditions d’insécurité: en raison de l’absence de structures légales ou gouvernementales, des bandes
d’anciens soldats et de déserteurs des deux bords parcourent le pays en
pillant impunément. Les catholiques sont visés parce qu’ils sont identifiés
à la culture slave. La criminalité omniprésente oblige par exemple la Caritas, qui prend en charge quelque mille habitants de Grozny, sans distinction ethnique ou religieuse, de travailler clandestinement: la soupe populaire doit être dispersée dans plusieurs endroits pour ne pas attirer l’attention des bandes de criminels. (apic/aed/kap/be)




