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Zaïre:Les soldats de Mobutu ont pillé et détruit(090197)

toutes les infrastructures du diocèse de Bunia

L’évêque de Bunia se cache toujours des soldats de l’armée «régulière»

Bunia/Bruges, 9janvier (APIC) Les soldats de l’armée «régulière» de Mobutu

ont systématiquement mis à sac le diocèse de Bunia, au Nord-Est du Zaïre,

rapportent les missionnaires occidentaux rapatriés en Europe. Ils ont pillé

la région et détruit ses infrastructures bien avant l’arrivée des rebelles

de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre

commandés par Laurent-Désiré Kabila.

Selon des témoignages rapportés cette semaine par des religieux et religieuses belges rapatriés du diocèse de Bunia, l’évêque du lieu, Mgr Léonard

Dhejju, se cache toujours; il s’était enfui, de crainte des soldats de

l’armée «régulière» qui le recherchaient, pour le voler, mais peut-être

aussi pour le tuer. Prêtres, religieuses et religieux africains restés sur

place sont également en danger, mais aucun média n’en parle, déplorent les

missionnaires.

Dans une interview accordée ce jeudi à l’agence APIC, Soeur Mia, de la

Congrégation de Marie d’Ingelmunster, près de Bruges, précise que les pillages ont cessé avec l’arrivée des rebelles à Bunia. La veille de Noël, les

combats près de l’aéroport auraient fait environ 300 morts. Depuis, la ville est contrôlée par les rebelles – essentiellement des opposants de longue

date à Mobutu, «pas des tutsis» – mais il n’y a plus aucun contact radio.

Seul un Père blanc hollandais, qui avait organisé le départ des religieux

et religieuses étrangers, n’a pu être évacué et devrait toujours se trouver

à Bunia.

Moins de risques avec les «banyamulenge»

Soeur Mia qui, avant son évacuation, travaillait avec deux consoeurs à

l’hôpital de Fataki, qui appartient au diocèse, estime qu’il y a moins de

risques là où sont arrivés les «banyamulenge», «mais là où passent les soldats de Mobutu, c’est très grave, je vous l’assure!». De nombreuses personnes ont été tuées parce qu’après avoir été rançonnées à plusieurs reprises

par des bandes de soldats «réguliers», elles n’étaient plus en mesure de

donner de l’argent, des vivres ou de l’essence à d’autres groupes de soldats en fuite.

C’est dès le 1er décembre que les militaires zaïrois, et particulièrement le détachement de la «garde civile», ont entamé le pillage systématique des magasins à Bunia. Les grands dépôts et le marché ont même été incendiés et les différentes paroisses et communautés religieuses ont été

saccagées. Tous les véhicules ont été réquisitionnés, emportés ou détruits,

surtout ceux appartenant aux communautés religieuses.

Les pillages ont duré jusqu’au 24 décembre, jour de l’arrivée des rebelles. La procure des missions de Mudzi-Maria, l’évêché, le grand séminaire,

le régionalat des Pères Blancs, la maison des soeurs canossiennes, des

soeurs de Marie d’Ingelmunster à Chemchem, la paroisse de Nyakasanza, «ne

sont plus que ruines, où seuls les murs ont résisté aux pillages et incendies». La mission de Fataki, à 90 kilomètres de Bunia, a été saccagée à

trois reprises par les bandes de militaires fuyards, la maison du médecin

zaïrois a été pillée et l’on ne sait rien de ce qui est advenu de l’hôpital.

Viols et mise à sac tous azimuts

Pendant que les militaires mettaient à sac la ville de Bunia, un important groupe de jeunes, étudiants en tête, ont marché avec des drapeaux

blancs pour réclamer la paix. Quatre personnes seraient mortes dans cet affrontement entre pacifistes et militaires pillards. A Bunia, de nombreuses

filles mineures ont été violées par la soldatesque, qui considère les mineures comme saines et exemptes du sida. Dans plusieurs cas, ces filles

violentées en sont mortes. La population, qui a dû se disperser dans les

villages, serait, selon les témoignages, plongée dans une situation de misère accablante à la suite de la destruction des infrastructures de la région. (apic/com/be)

9 janvier 1997 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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