APIC Interview:

Bernard Litzler pour l’agence APIC

Fribourg: De la Tour-de-Trême à Port-au-Prince (270297)

Départ en mission de l’Abbé de Luc de Raemy en Haïti

Bulle, 27février(APIC) L’abbé Luc de Raemy, 35 ans, n’a rien de l’image

traditionnelle du missionnaire, style «Tintin au Congo». Au contraire, le

jeune prêtre fribourgeois part en Haïti pour s’intégrer à la vie locale, à

Port-au-Prince. Fort de son expérience de cinq ans en Gruyère, il

s’engagera dès son arrivée, fin février, auprès de la communauté des

prêtres lazaristes dévoués à la cause des plus pauvres. Avant son départ

prévu le 27 février, il s’exprime sur le sens de sa mission. Non pas fuite,

mais ouverture à l’Eglise universelle. Interview d’un jeune prêtre lucide

et enthousiaste.

APIC: Pourquoi ce départ en Haïti?

Abbé Luc de Raemy: J’ai émis le projet de partir comme prêtre «Fidei

donum». Mgr Grab, l’évêque du diocèse, m’a laissé une grande liberté pour

monter mon projet. Après des contacts avec les missionnaires de Bethléem et

les Spiritains, je me suis tourné vers les Lazaristes, qui vivent une

spiritualité vincentienne dont je me sens proche. J’ai eu l’occasion de

fréquenter de près des Lazaristes, à Paris pendant mes études, et à Bulle,

où un prêtre lazariste a vécu durant trois mois. Leur charisme de proximité

avec les plus pauvres et d’enseignement me plaît.

D’autres raisons ont présidé à mon choix: j’ai fini mon premier mandat

de cinq ans en Gruyère et Haïti est un pays francophone, même s’il faut

apprendre le créole.

APIC: Vous venez de passer trois mois au Collège pour l’Amérique latine

(COPAL) à Louvain, en Belgique, afin de vous préparer à votre futur

ministère haïtien. En quoi ce temps de formation vous a été profitable?

LdeR.: En Belgique, j’ai pu faire le deuil de mon premier ministère dans le

secteur de Bulle. J’y avais beaucoup d’attaches et ce n’est pas rien de les

quitter. Pendant ces premières années de ministère, je me suis rendu compte

que l’équilibre affectif vient de la communauté que l’on sert. Avec le

recul, j’ai pu faire le bilan et découvrir les fruits de ce ministère.

Le COPAL prépare les gens au départ en mission: prêtres, laïcs, membres

des ONG,… Une première phase de la formation est centrée sur la

psychologie du partant. Le départ est comme une nouvelle croissance. J’ai

vécu un deuxième temps avec un couple haïtien qui m’a initié au créole et

permis d’aborder la vie en Haïti. Le troisième moment de la formation a

porté sur les aspects religieux de l’Amérique latine avec un théologien

mexicain.

APIC: Quelles influences vous ont prédisposé à la mission loitaine?

LdeR.: J’ai été très marqué par certains témoignages de prêtres. L’abbé

Bernard Jordan, vicaire à Yverdon, lorsque j’avais 16-17 ans. Comme séminariste, j’ai côtoyé pas mal de jeunes qui partaient deux ans au Sénégal, au

Pérou,… Vocation tardive, venant d’une formation de mécanicien-électricien, je ne souhaitais pas interrompre mon cursus de formation pour aller à

l’étranger. A Bulle, les confrères aussi avaient une expérience de mission

pour la plupart, au Rwanda pour l’abbé Brulhart, au Pérou pour l’abbé Walter. J’ai trouvé ces confrères épanouis dans leur sacerdoce par leur passage dans des pays de mission.

APIC: Un jeune missionnaire, aujourd’hui, c’est quoi?

LdeR.: Je ne viens pas avec un sabre et un goupillon pour convertir. Je

vais témoigner de l’amour du Christ. Tout est lié pour moi à l’aspect

sacramentel. Je récuse la coupure entre vie et foi quotidienne. Les gens

ont souvent du mal à voir quelles sont les conséquences de leur foi en

Jésus-Christ.

APIC : Qu’emportez-vous dans vos bagages?

LdeR.: J’emporte mes cinq années de ministère à La Tour-de-Trême qui m’ont

façonnées et où je me suis laissé façonner. C’est un capital. J’emporte

aussi un brin d’optimisme, car je crois en une Eglise ouverte. J’emporte

matériellement peu de choses. On m’a volontairement laissé dans un certain

flou lorsque je demandais ce qu’il était indispensable d’emporter. C’est

désucurisant, car on m’a dit «Viens avec ce que tu es, tu verras».(apicbl/fd).

Encadré

Les prêtres «Fidei donum»

L’expression Fidei donum (don de la foi) renvoie à une encyclique du pape

Pie XII du 21 avril 1957. Dans son texte, le pape exhorte les évêques à

détacher des prêtres diocésains «en faveur des missions d’Afrique et de

l’ensemble des missions catholiques».

Le décret Ad Gentes (sur l’activité missionnaire de l’Eglise) du Concile

Vatican II reprend l’appel de Pie XII : il invite à envoyer «à des diocèses

manquant de clergé quelques-uns de leurs meilleurs prêtres qui se proposent

pour l’oeuvre missionnaire»(Ad Gentes no 38).

Actuellement le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg compte 6 prêtres

«Fidei donum», dont 5 en Amérique latine et un aux Philippines. (apic/bl)

27 février 1997 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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L’Eglise copte d’Egypte face

APIC – Interview

aux défis de l’islamisation

Le terrorisme islamiste vise d’abord le régime

Rencontre avec sa béatitude Stéphanos II Ghattas, patriarche d’Alexandrie

Jacques Berset, Agence APIC

Le Caire, 24février(APIC) Le terrorisme islamiste en Egypte a déjà officiellement coûté la vie depuis mars 1992 à plus de 300 personnes, dont une

bonne centaine de policiers, et trois touristes étrangers. Même si des médecins, des pharmaciens, des bijoutiers ou des officiers de police chrétiens ont été assassinés ces dernières années en Haute-Egypte, les attentats des «Gamaat Islamiya» ne visent pas en premier lieu les chrétiens. Ils

ont pour but de déstabiliser le régime du président Moubarak et d’instaurer

une République islamique, estime sa béatitude Stéphanos II Ghattas, patriarche d’Alexandrie, et chef de la minorité copte catholique d’Egypte.

Les 8 millions de chrétiens, en grande majorité coptes orthodoxes, qui

forment moins de 15 % d’une population égyptienne autrefois chrétienne et

convertie au cours des siècles à l’islam sunnite, ne sont pourtant pas rassurés face à la montée du fondamentalisme islamique. Ils subissent quotidiennement la pression de ce courant intolérant, et sont souvent l’objet de

discriminations et de tracasseries administratives.

APIC:Comment les chrétiens vivent-ils dans une société qui s’inspire de

l’islam ?

S.B.StéphanosIIGhattas:Même si l’islam est toujours l’islam, il change

d’un pays à l’autre. Dans de nombreux pays africains comptant des populations musulmanes, parfois majoritaires, il n’y a aucune difficulté dans les

relations avec les chrétiens. En Egypte, l’islam domine. On doit compter

avec l’Université «Al Azhar», assez hostile aux chrétiens, et les groupes

terroristes islamistes. Il faut entendre des prédicateurs comme Sharawi

traiter les chrétiens d’infidèles! Cela a un certain impact chez les petites gens, bien qu’ordinairement nous soyons plutôt très appréciés, car en

Egypte, on respecte les hommes de religion.

Certes, il y a eu des attaques contre les chrétiens, mais les mass médias ont beaucoup amplifié. Les chrétiens ne sont pas visés en tant que

tels par les actions terroristes; il s’agit plutôt pour les islamistes qui

les commettent de destabiliser le pays. Ils le font pour montrer que le

gouvernement est inapte, incapable de maintenir l’ordre et des protéger les

minorités. Les groupes armés, en attaquant les chrétiens, espéraient faire

réagir l’étranger, affaiblissant ainsi le régime.

Les islamistes veulent prendre le pouvoir par la force

Quand ils ont vu que le gouvernement n’a pas été ébranlé par ces attaques, ils ont commencé à s’en prendre directement la police, à organiser

des attentats contre le premier ministre, les ministres de l’intérieur et

de l’information… Ils ont montré clairement ce qu’ils cherchent: le pouvoir et l’établissement d’une République islamique, avec l’application de

la «charia», la loi islamique.

APIC:Mais la «charia» existe déjà bel est bien en Egypte, puisqu’elle est

la source de la législation et les chrétiens, bien que citoyens égyptiens,

n’ont pas les mêmes facilités que les musulmans…

S.B. Stéphanos II Ghattas:Certes, la «charia» est déjà appliquée en Egypte, mais pas totalement. Nous avons droit à la pratique religieuse, nous

avons nos églises, nos écoles catholiques – très florissantes! -, de nombreux prêtres, religieux et religieuses. Nous exerçons donc notre culte

avec beaucoup de facilité. Mais la difficulté est plutôt administrative,

dans la construction des églises: nous avons besoin d’un décret présidentiel pour pouvoir construire une église… (Toute demande de construction

ou de réfection de bâtiments chrétiens, églises ou autres, est soit freinée, soit virée à la section religieuse de la Sûreté de l’Etat, pour y être

la plupart du temps enterrée. NDA).

La permission du président de la République pour construire des WC

Les autorités mettent depuis quelques années des policiers armés devant

les portes des églises, soi-disant pour nous protéger. Mais nous n’avons

pas besoin de cela. On ne peut pas nier que l’Etat, s’il nous protège, nous

fait également des tracasseries. Dans certaines églises, même pour peindre

un mur ou construire des toilettes, il faut demander la permission.

Mais nous pouvons dire que le gouvernement nous estime, et les musulmans

en général, pour plusieurs raisons. D’abord les écoles catholiques sont

parmi les plus appréciées du pays, grâce à la qualité de l’éducation et de

l’enseignement. Ensuite, elles ne sont pas destinées uniquement aux catholiques ou aux chrétiens en général, mais elles sont pour tous les citoyens,

sans discrimination.

Dans nos écoles – payantes ou gratuites -, nous avons ordinairement de

50 à 75% d’élèves musulmans, sans aucune difficulté. Nous avons l’enseignement religieux, soit pour les musulmans, soit pour les chrétiens. Les musulmans, dans les écoles catholiques, doivent apprendre le Coran. C’est une

matière obligatoire, et leurs professeurs sont des musulmans. De même les

chrétiens dans nos écoles et dans les écoles gouvernementales doivent suivre les cours de religion chrétienne.

Le témoignage que nous donnons dans les hôpitaux et les dispensaires est

également précieux. L’on sait que dans un hôpital, lorsqu’il y a des religieuses, le travail est très soigné et ne se fait pas pour de l’argent.

Dans le domaine social, la Caritas, le Catholic Relief Service (CRS) et

l’Association de la Haute-Egypte pour l’éducation et le développement sont

au service de tous. Cela fait beaucoup pour l’image de marque de l’Eglise.

Nombreuses discriminations contre les chrétiens

Pourtant il y a certaines discriminations: un chrétien ne peut pas épouser une musulmane, tandis qu’un musulman peut épouser une chrétienne. Que

son épouse devienne musulmane n’est pas nécessaire, mais les enfants le seront automatiquement; la mère ne pourra cependant pas devenir héritière de

son mari si elle reste chrétienne. Tandis que le passage du christianisme à

l’islam est encouragé partout et à tous points de vue – financier, logement, place de travail, mariage – un musulman ne peut en aucun cas se faire

chrétien.

Ce serait considéré comme une apostasie, et le converti et toute sa famille risquent des représailles graves. Selon la loi islamique, l’apostat

peut être tué. La discussion sur l’introduction dans le code pénal, il y a

quelques années, de la peine de mort pour apostasie avait soulevé des vagues de protestation.

Plus de 10’000 chrétiens se convertissent à l’islam chaque année

C’est pourquoi, si un musulman voulant se convertir vient chez nous,

nous lui rappelons la loi du pays et nous lui conseillons, s’il y tient

vraiment, de s’expatrier. Mais ces cas se comptent sur les doigts d’une

main. Tandis que le passage de chrétiens à l’islam concerne chaque année

certainement plus de 10’000 personnes. Nous ressentons cela avec beaucoup

de peine…

APIC:Il n’y a donc pas de réciprocité entre chrétiens et musulmans ?

S.B.StéphanosIIGhattas:Absolument pas. Par exemple, il n’y a pas de

possibilité de construire une église à moins de 500 m d’une mosquée, mais

on se heurte à des mosquées à chaque pas. Il y a un proverbe arabe qui dit:

«Entre une mosquée et une autre, il y a une mosquée». Elles ne cessent de

se multiplier: même dans les maisons, des gens ont pu construire un lieu de

prière, ce qui exempte la maison de taxes et permet d’obtenir les matériaux

de construction à un prix réduit. Alors que c’est la croix et la bannière

pour un chrétien pour construire ou même rénover n’importe quel lieu de

culte.

Certaines fois, on construit sans autorisation – chaque église devant

obtenir un décret présidentiel – mais le fait accompli ne marche pas toujours: les autorités font parfois démolir ou mettre les scellés. Nous avons

une grande salle, pour laquelle on n’avait pas demandé le permis parce

qu’elle n’avait pas l’aspect extérieur d’une église, qui a les scellés depuis cinq ans. Inutile d’essayer de célébrer la messe, sous peine d’encourir les foudres de la loi. Les autorités nous rappellent que nous sommes

dans un pays islamique.

APIC:En matière de mariage, l’existence d’un système de «statuts personnels» crée des difficultés également entre chrétiens…

S.B.StéphanosIIGhattas:Dans cette législation du «statut personnel», il

faut pour se marier que le mari et la femme soient d’une même confession,

tous deux catholiques ou tous deux orthodoxes ou tous deux protestants. Si

l’on conserve – au moins officiellement – cette distinction de confession,

il faut que le mariage se fasse d’abord civilement, au bureau d’enregistrement. Parce que le mariage – que ce soit pour les musulmans ou pour les

chrétiens – est considéré d’abord comme essentiellement religieux. C’est le

prêtre qui enregistre le mariage et qui joue le rôle de responsable de

l’état civil.

Mais si l’un des conjoints veut maintenir sa propre confession (cas de

mariage mixte entre chrétiens), le mariage tombe sous la «charia», la législation musulmane. On peut après divorcer, ce qui n’est pas possible selon le «statut personnel» des catholiques, qui ne permet pas le divorce et

le remariage. Les orthodoxes, dans certaines circonstances – adultère ou

conversion – accordent la possibilité du divorce. Pour éviter des problèmes, on demande à l’épouse, par exemple, qui n’est pas de la même confession que son futur mari, d’adopter sa confession.

APIC:En cas de mariage, les coptes orthodoxes demandent un «rebaptême»…

S.B.StéphanosIIGhattas:La difficulté, du côté de l’Eglise copte orthodoxe est qu’elle exige généralement le rebaptême des autres chrétiens. Certains évêques sont beaucoup plus larges ou plus commodes. Mais le rebaptême

est totalement contraire à la loi et à la doctrine de l’Eglise: il n’y a

qu’un seul baptême. Les catholiques reconnaissent le baptême protestant et

orthodoxe. Mais le fait que les orthodoxes exigent un nouveau baptême pour

ceux qui entrent dans leur communauté est un obstacle important qui entrave

la poursuite du dialogue oecuménique qui s’est développé depuis 1973, d’une

façon particulière, après la visite du pape Shénouda au pape Paul VI. Il y

a un accord sur les rapports oecuméniques, avec un protocole, la formation

d’une commission mixte de dialogue oecuménique et nous continuons ce dialogue au moins au point de vue dogmatique.

Les orthodoxes exigent le rebaptême des autres chrétiens

Mais le pape Shénouda insiste pour que les catholiques qui se marient

avec des orthodoxes se fassent avant tout rebaptiser. Cela nous fait beaucoup de peine et nous ne savons pas comment résoudre ce problème. Actuellement, du côté catholique – même si le pape Shénouda revient toujours sur la

question du prosélytisme – on ne fait réellement rien pour attirer les orthodoxes, mais on laisse la liberté de culte et de conscience à chacun.

Quand un catholique veut devenir orthodoxe, nous lui conseillons de ne

pas le faire, mais nous ne l’empêchons pas. Et jamais nous n’avons rebaptisé un copte orthodoxe dont nous sommes sûrs qu’il a déjà été baptisé. Le

problème s’est posé quand il n’y avait pas de certificats de baptême, et

dans ce cas on a fait des baptêmes «sous condition». Si je suis personnellement en bons rapports avec le pape Shénouda, je lui ai demandé plus d’une

fois de cesser cette pratique du rebaptême. C’est là un des éléments d’irritation dans les relations entre chrétiens en Egypte. (apic/be)

Encadré

Quelques données sur le Patriarcat d’Alexandrie

D’après la tradition, l’origine du Patriarcat d’Alexandrie remonte à saint

Marc. L’évangéliste, représenté symboliquement par un lion ailé, aurait

prêché dans les années 50 ou 60 dans la métropole portuaire égyptienne fondée près de quatre siècles plus tôt par Alexandre le Grand. Ce Patriarcat

joua un rôle important dans l’Eglise universelle durant les cinq premiers

siècles de l’ère chrétienne, grâce à ses écrivains, exégètes et philosophes

comme Pantène, Clément d’Alexandrie, Origène, Denys le Grand, Héraklas, Didyme… Grâce aussi à ses grands patriarches, confesseurs et docteurs de

l’Eglise: Alexandre, Athanase, Théophile et Cyrille.

C’est également dans cette Eglise que naquit au IVe siècle, dans le désert, le monachisme chrétien, avec les grands fondateurs que sont saint Antoine le Grand, saint Pacôme, saint Macaire. Le modèle de la vie monastique

fut popularisé en Europe par saint Athanase, patriarche d’Alexandrie, qui

fit un voyage à Rome. Alexandrie, second «siège» après Rome en raison du

rôle important joué dans les cinq premiers siècles de l’ère chrétienne,

s’imposait alors comme l’un des pôles de la pensée chrétienne.

Le Patriarcat d’Alexandrie fut à la pointe du combat contre l’hérésie du

patriarche de Constantinople Nestorius (le nestorianisme, qui professait

l’existence dans le Christ de deux personnes, l’une divine, l’autre humaine, fut condamné par le Concile d’Ephèse en 431). Puis il se divisa à la

suite du Concile oecuménique de Chalcédoine en 451 à propos de la doctrine

du monophysisme (l’unique personne du Christ a une unique nature et non

deux) rejetée par une majorité soutenue par l’empereur de Byzance.

Les Egyptiens, quant à eux, suivirent dans leur majorité leur patriarche

Dioscore, déposé, et le siège d’Alexandrie resta un temps vacant. Ils se

donnèrent le nom d’»orthodoxes», tandis que les minoritaires restés attachés à Rome furent nommés «melkites», partisans de la position de l’empereur, qui protégeait le Concile de Chalcédoine. Ils prirent plus tard le

nom de «catholiques». (apic/be)

Encadré

Des siècles d’effort pour réunir les chrétiens d’Egypte

L’Eglise copte orthodoxe, qui rassemble la très grande majorité des chrétiens coptes d’Egypte, compterait, selon des sources gouvernementales qui

cherchent à minimiser son importance, quelque 3,5 millions de fidèles.

L’Eglise d’Egypte affirme de son côté que ses ouailles sont en réalité

trois fois plus nombreuses. Forte d’une septantaine d’évêques et de plus de

quarante diocèses, elle a à sa tête, selon le titre donné dès le IIIe siècle, un pape, patriarche d’Alexandrie. Son diocèse comprend les deux villes

d’Alexandrie et du Caire. Le titulaire en est depuis 1971 Sa Sainteté le

pape Chénouda III, qui porte aussi le titre de 117e successeur de saint

Marc.

Durant des siècles, le Saint-Siège fit de grands efforts pour l’union et

il y eut une volumineuse correspondance avec les patriarches orthodoxes.

Une première tentative d’union eut lieu au Concile de Florence en 1443.

L’union fut signée le 4 février de cette année-là, mais la distance,

l’ignorance et les persécutions en firent échouer l’exécution. Une seconde

tentative fut faite au Concile de Memphis (Le Caire), en 1582, en enfin une

troisième en 1814, mais sans jamais aboutir à l’union souhaitée.

Des minorités catholiques

Le Saint-Siège ne négligea pas la petite minorité catholique et les pères franciscains, établis en Egypte au XVIIe siècle, s’en occupèrent. En

1741, Benoît XIV nomma Athanase, évêque copte de Jérusalem, vicaire apostolique pour les coptes catholiques d’Egypte. Il y eut depuis cette date des

vicaires apostoliques, avant que le pape Léon XIII, en 1895, ne rétablisse

le patriarcat copte catholique d’Alexandrie (érigé en 1824). Aujourd’hui,

le patriarcat catholique compte près de 200’000 fidèles, répartis en six

diocèses (diocèse patriarcal d’Alexandrie et diocèses de Mynia, Assiout,

Sohag, Louxor et Ismaïlia).

Ces six diocèses sont desservis par quelque 150 prêtres diocésains et

une trentaine de franciscains et autres religieux. Religieux lazariste, ancien évêque de Louxor, né en 1920 près de Tahta, dans le gouvernorat de Sohag, en Haute-Egypte, Mgr Andraos Ghattas a été élu patriarche d’Alexandrie

par le Synode patriarcal en 1986. Il prit le nom de Stéphanos II, par affection pour son prédécesseur, Sa Béatitude le cardinal Stéphanos Ier Sidarouss.

A côté des coptes catholiques, on trouve également en Egypte une communauté grecque melkite catholique (quelque 7’500 fidèles), maronite (environ

6’000), syrienne catholique (2’000), arménienne catholique (2’000), chaldéenne catholique (500) et latine (8’000). On compte une cinquantaine de

congrégations religieuses, dont une majorité d’origine latine. La communauté copte évangélique, créée au XIXe siècle par des missionnaires américains, affirme avoir plusieurs centaines de milliers de fidèles. (apic/be)

Les divers reportages que l’agence APIC publiera ces prochains jours sur

l’Egypte et la chrétienté copte sont illustrés par les photos de l’agence

CIRIC, Chemin des Clochetons 8, Case postale 50, CH-1000 Lausanne, tél.

021/625 28 29, fax. 021/625 28 35)

24 février 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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