Zaïre: mémorandum des évêques adressé au président Mobutu (270993)
«Votre responsabilité est lourde dans la situation catastrophique du pays»
Kinshasa, 27septembre(APIC) Les évêques catholiques zaïrois estiment que
la responsabilité du chef d’Etat Mobutu est lourde et grande aussi bien
dans la situation catastrophique du Zaïre que dans la recherche d’une solution valable et durable. Ils viennent de le faire savoir dans un mémorandum
qu’ils ont adressé au président. L’agence de presse catholique zaïroise
«DIA» en publie le texte dans une édition spéciale datée du 24 septembre.
Rédigé au lendemain de la dernière assemblée plénière extraordinaire de
l’épiscopat (30 août-5 septembre 1993), au terme de laquelle les évêques
zaïrois avaient déjà publié un message intitulé: «Tenez bon dans la foi»,
le mémorandum adressé au président Mobutu veut être la contribution de
l’Eglise catholique pour surmonter le «blocage qui aggrave considérablement
la situation catastrophique que traverse notre pays et qui se caractérise
par une volonté d’assassiner l’Etat».
Après avoir dressé un sombre tableau de la situation, les évêques «qui
ne veulent pas se taire, ni se rendre complices d’un tel crime» montrent
clairement les responsabilités du peuple, des dirigeants et du chef de
l’Etat dans la situation explosive que vit le Zaïre.
«Le peuple étouffé par 30 ans de dictature»
Le peuple «réduit dans sa grande majorité à vivre en dessous du seuil
minimum de pauvreté et étouffé par 30 ans de dictature ne peut attendre
plus longtemps sa libération». Dans son extrême désespoir et son inculture
politique, il devient manipulable à souhait par des politiciens véreux et
sans scrupules qui n’hésitent pas à exploiter à bon compte les passions
ethniques et régionalistes ainsi que les instincts égoïstes et aggressifs
de la population. Passif, le peuple ne résiste pas suffisamment et efficacement aux solicitations machiavéliques de ceux qui, pour des raisons inavouables, l’incitent à des actes d’autodestruction.
Le mémorandum n’est pas tendre pour les dirigeants, nombreux à se livrer
à la démagogie et à inciter le peuple à la violence pour préserver des privilèges malhonnêtement acquis. Préoccupés uniquement de leurs intérêts personnels, ils se battent «pour la conquête du pouvoir sans se soucier le
moins du monde du bien commun et de l’avenir du pays. La mauvaise foi et le
non respect de la parole donnée ont développé un climat de méfiance systématique qui entrave tout dialogue, toute négociation et partant, toute réconciliation».
«En concentrant entre ses mains tout le pouvoir…»
L’alinéa concernant le chef de l’Etat est bref: «En concentrant entre
ses mains tout le pouvoir et un droit illimité sur les avoirs du pays et en
gardant la haute main sur les forces armées, le président joue un rôle capital et déterminant. L’essentiel du mémorandum tient dans une requête générale adressée au président: «Sachant que le chef de l’Etat est fier de se
reconnaître chrétien, membre de l’Eglise catholique, les évêques veulent
faire appel à sa conscience d’homme, de responsable politique et de chrétien». S’ils se réjouissent que le dialogue et la réconcilaition aient repris, les prélats soulignent qu’ils n’aboutiront que si le chef de l’Etat
«s’implique personnellement et sincèrement dans le processus de démocratisation qu’il a lui-même déclenché: Il est logique qu’il souscrive aux résolutions de la Conférence nationale, qui a mis en place les institutions
chargées de gérer la transition jusqu’à la tenue d’élections «démocratiques
libres et transparentes».
«Si ces conditions ne sont pas remplies, ces élections risquent de se
dérouler dans la tricherie et la confusion et pourraient même déboucher sur
une contestation, elle-même source de nouveaux conflits sociaux et d’instabilité politique».
Les salaires non payés
Le mémorandum contient une requête particulière. En prévision de la rentrée scolaire, les évêques demandent «la régularisation du salaire et de la
liquidation des arriérés dus aux enseignants de tous les niveaux et que
soient honorés de même «tous les retards de paiement des fonctionnaires de
l’Etat, y compris les diplomates zaïrois en poste à l’étranger. (apic/cipdia/ba)




