Les Italiens s’interrogent après la chute de la DC
Italie: second tour des élections municipales (301193)
Rome, 30novembre(APIC) Quel sera le maire de Rome qui accueillera le pape
lors du pèlerinage que Jean Paul II accomplit traditionnellement à la statue de la Vierge à la Place d’Espagne, le 8 décembre, fête de l’Immaculée
Conception, qui suivra de quelques jours à peine le second tour des élections municipales dans bon nombre de villes italiennes? Les Italiens, les
Romains en particulier s’interrogent sur la question, après la chute libre
des partis traditionnels, de la démocratie chrétienne (DC) en particulier
et du Parti socialiste accessoirement.
Magouilles politiques et pots-de-vin, scandales ici et «combinazione» là
sont venus à bout des deux géants de la politique italienne depuis des décennies déjà. Et même les appels à peine déguisés du cardinal Camillo Ruini, président de la Conférence épiscopale italienne, adressés aux catholiques pour leur demander de faire confiance à la DC n’ont rien changé. La
déroute du premier tour a été totale.
Car la chose ne fait guère de doute: le futur maire de Rome sera soit le
néo-fasciste Giancarlo Fini, soit Francesco Rutelli, représentant d’une alliance de gauche à laquelle on reproche de regrouper les chevilles ouvrières de la loi qui a libéralisé l’avortement. Ce qui est certain, c’est que
le pape n’aura pas devant lui un représentant de ce monde catholique qui,
jusqu’aux dernières élections, a toujours joué un rôle décisif dans le gouvernement de Rome. Gouvernement romain qui n’aura cette fois qu’une faible
représentation dans le futur Conseil municipal.
La situation romaine risque fort de se répéter un peu partout, surtout
dans les grandes villes, où le second tour se jouera soit entre la gauche
et la Ligue (Venise, Gênes, Trieste), soit entre la gauche et les néo-fascistes (Rome et Naples). Le seul maire d’une grande ville à avoir été élu
au premier tour est celui de Palerme, qui a été plébiscité en dépit de
l’opposition de la démocratie chrétienne. Ce parti détenait pourtant jusqu’ici la majorité absolue dans la capitale sicilienne.
Un rôle décisif au second tour
L’effondrement des partis gouvernant l’Italie depuis longtemps – car le
sort de la démocratie chrétienne a été partagé par tous ses alliés traditionnels: libéraux, républicains, socialistes – laisse les catholiques orphelins de ce corps politique tant souhaité par les évêques pour exprimer
concrètement les idéaux catholiques.
Paradoxalement, ce qui reste de l’électorat catholique jouera un rôle
décisif lors du second tour. Ce qui explique qu’à Rome le candidat néo-fasciste ait cherché des contacts avec le diocèse et adressé une lettre ouverte aux catholiques pour dénoncer le danger marxiste. Et que celui de la
gauche a appelé les catholiques à se souvenir de son appui récent au projet
de créer une cinquantaine de paroisses en banlieue.
Avec un embarras certain, la hiérarchie catholique semble avoir accepté
de ne pas donner de mot d’ordre. D’autres instances proches de l’Eglise
l’ont en revanche fait. Le groupe intégriste «Lepanto» (du nom de la bataille de Lépante, qui vit les Autrichiens repousser les Turcs en 1571)
s’est prononcé en faveur de Fini. Ce dernier est par contre jugé peu présentable par Bartolomeo Sorge, jésuite, ancien directeur de «La Civiltà
Cattolica». Ce qui équivaut à un appui au candidat de gauche.
Une troisième orientation
Une troisième orientation semble se dessiner, encouragée par un article
paru dans le supplément diocésain du quotidien catholique «Avvenire», proche de l’épiscopat: voter blanc ou nul. Mais cette possiblité va à l’encontre des directives données traditionnelement par les papes et la hiérarchie
catholique, soulignant le devoir de participer aux élections pour y faire
entendre sa voix.
Il reste certes à la DC la possibilité de voir plus loin que le vote du
second tour, pour tenter de préparer les prochaines échéances politiques,
avec notamment les élections parlementaires, au printemps prochain, commente-t-on à Rome. En accélérant le mouvement de réforme et de rajeunissement
des cadres. Une réforme plutôt discrète et timide jusqu’ici. Tellement discrète, dit-on, que l’opinion publique ne s’est aperçu de rien. (apic/sv/pr)




