Caritas Suisse donne le coup d’envoi à sa collecte nationale

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Le futur au féminin

Les invités soudanais de Caritas dressent un bilan tragique de la situation

La communauté internationale doit isoler le régime de Khartoum

Berne, 16novembre(APIC) La dictature actuellement en place au Soudan mérite qu’on la qualifie de régime terroriste, a déclaré Mgr Macram Max Gassis, évêque du diocèse d’El Obeid, le plus grand du Soudan, lors de la conférence de presse donnée mardi à Berne par Caritas Suisse. Mgr Max Gassis,

ainsi que Bona Malwal, ancien ministre soudanais de l’information et de la

culture, tous deux en exil en Europe, étaient les invités de l’oeuvre catholique d’entraide qui donnait mardi le coup d’envoi de sa collecte nationale placée sous le slogan «Le futur au féminin. Les femmes assurent la

survie».

Cette campagne, précise Caritas Suisse, vise tout d’abord à sensibiliser

le public à la discrimination dont les femmes sont victimes à l’échelle

mondiale. Elle cherche également à démontrer la nécessité de concevoir des

projets de développement qui répondent aux besoins des femmes. Caritas a en

outre informé sur l’aide d’urgence apportée au Sud-Soudan, en donnant de

plus la parole à ses deux invités soudanais. Pour dénoncer les violations

des droits de l’homme… «monnaie courante» dans ce pays placé entre les

mains d’un régime fondamentaliste.

Selon Hildegard Jutz, porte-parole de Caritas chargée d’expliquer la

campagne de décembre consacrée aux femmes, les experts en matière de développement sont unanimes à dire que la situation sociale et économique des

femmes dans le tiers monde s’est déteriorée au cours de ces dernières années. A un point tel qu’on n’hésite pas aujourd’hui à parler de «féminisation

de la pauvreté».

Les femmes et les enfants sont les plus touchés par la crise de l’endettement, constate Caritas. Ceux aussi qui ont le plus à souffrir des restrictions apportées aux prestations sociales, notamment aux budgets de

l’éducation et de la santé publique. Les femmes sont également les premières à subir les répercussions de la crise écologique: il devient de plus en

plus difficile de se procurer la nourriture, le bois et l’eau dont la famille a besoin. Les Soudanais, par exemple, passent aujourd’hui quatre

fois plus de temps à ramasser du bois qu’il y a 20 ans.

Améliorer les conditions de vie des femmes

Tendance négative… que bon nombre de projets de développement tentent

de corriger quelque peu, en permettant d’améliorer les conditions de vie

des femmes. A ce propos, Hildegard Jutz précise: «Si Caritas encourage,

notamment au Tchad, la construction de fours consommant moins d’énergie, ce

n’est pas seulement pour réduire le temps que les femmes passent à ramasser

du bois. De nombreux projets visant à promouvoir la culture de fruits et de

légumes ou l’encadrement médical, contribuent à améliorer le sort des femmes. D’autres procurent également aux femmes des outils, des parcelles de

terrain ou des crédits qui leur permettent d’accroître leur autonomie».

Les projets destinés aux femmes sont davantage qu’une goutte d’eau dans

la mer, poursuit la porte-parole de Caritas. «Ils ouvrent, à leur échelle,

des alternatives concrètes, qui permettent aux femmes de s’engager sur la

bonne voie, tout en prouvant qu’un développement équitable est possible».

Soudan: massacres, esclavage et persécution

En raison de la situation actuelle, Caritas a renforcé son aide d’urgence au Sud-Soudan et invité deux représentants de l’opposition soudanaise à

s’exprimer. Ancien ministre de l’information et de la culture, Bona Malwal

explique: «Si au Soudan la tragédie dure depuis si longtemps, c’est entre

autres parce que la communauté internationale ferme les yeux». La guerre

civile a causé, avant tout dans le sud du pays, la mort de près de deux

millions de personnes, soit le double du nombre de victimes enregistrées en

Somalie, Angola et Bosnie, «pays qui eux font la une des journaux. Massacres, tortures, nettoyage ethnique, esclavage et persécution religieuse

sont des cruautés quotidiennes au Soudan. L’ampleur de ces actes dépasse

l’imagination».

Mgr Macram Max Gassis, évêque catholique du diocèse d’El Obeid, a quant

à lui qualifié l’actuelle dictature islamique de régime terroriste. Les

violations des droits de l’homme font partie du quotidien au Soudan. Beaucoup de musulmans sont également victimes de la répression de ce régime

fondamentaliste. Au Sud-Soudan, les milices islamiques enlèvent garçons et

filles pour les vendre en tant qu’esclaves à des marchands arabes. «Le peuple soudanais vit dans la terreur. Nos enfants meurent de faim. Nos filles

et nos femmes sont enlevées», Mgr Macram Max Gassis et Bona Malwal lancent

pour terminer un appel en faveur des victimes de la tragédie soudanaise.

Tous deux exigent l’isolement du régime de Khartoum.

Au cours de ces deux dernières années, Caritas Suisse a consacré 2,4

millions de francs à l’aide alimentaire au sud du Soudan. En septembre,

l’oeuvre d’entraide a promis de verser une contribution supplémentaire de

800’000 francs destinée à compléter les secours d’urgence par des mesures

d’aide à la reconstruction. (apic/pr)

16 novembre 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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