Genève: des Suisses espèrent toujours la démocratie pour Haïti (011193)

La Plate-forme Haïti de Suisse dénonce «l’audace insultante»

des chefs militaires qui retarde le retour du président Aristide

Genève, 1ernovembre(APIC) La Plate-forme Haïti de Suisse, formée d’une

trentaine d’oeuvres d’entraide et de mouvements de solidarité suisses en

lien avec Haïti, a organisé samedi 30 octobre à Genève une journée d’informations sur ce pays des Caraïbes. Prévue initialement pour célébrer le retour, à cette date, du président Aristide dans son pays, la manifestation

s’est transformée en échanges d’informations sur les derniers événements

survenus dans l’île et par l’envoi d’un message public de solidarité au

peuple haïtien.

Ce message dit «publiquement la solidarité profonde des participants

avec le peuple haïtien». Il dénonce «l’audace insultante des chefs des Forces armées d’Haïti et de leurs complices civils qui, tout en exigeant une

amnistie générale, accroissent la répression dans le pays en semant la terreur et la mort. A ces irresponsables, nous disons: Arrêtez! L’amnistie

n’est pas un droit de tuer impunément». Les personnes réunies à Genève, à

la fin du message, «renouvellent leur confiance à l’endroit du peuple

d’Haïti si durement touché et lui témoigne leur indéfectible soutien».

Auparavant un stand, ouvert l’après- midi sur la place de la Fusterie à

Genève, avait permis de récolter plusieurs centaines de signatures pour appuyer ce message au peuple haïtien. La manifestation s’est prolongée dans

la soirée à la paroisse du Sacré-Coeur avec des discussions, des échanges,

des témoignages, une vidéo et les dernières nouvelles venues d’Haïti.

Les militaires trahissent leurs engagements

La manifestation prévue pour fêter le retour en Haïti du président Aristide, élu démocratiquement le 16 décembre 1990 et renversé le 30 septembre

1991 par un coup d’Etat militaire dirigé par le général Cédras, devait se

dérouler dans une ambiance de joie. Mais les amis d’Haïti réunis à Genève

avaient plutôt la mine désanchantée et inquiète. En dépit des accords signés en juillet dernier à Governors Island, près de New York, sous l’égide

de l’ONU et de l’Organisation des Etats américains (OEA) dans le but de

restaurer la démocratie et de permettre le retour en Haïti du président

Aristide, les militaires et leurs alliés continuent en effet de défier la

communauté internationale. Ils trahissent leurs engagements. Depuis quelque

temps déjà, des déclarations de divers acteurs de la crise avaient fait

planer des doutes sur le respect des échéances de la part des militaires.

Mais l’annonce officielle faite par un porte-parole de l’ONU le 28 octobre

a été ressentie avec inquiétude, dans le monde entier, par les partisans du

président Aristide.

Une note d’espoir cependant…

Dans le courant de la soirée de samedi, certains orateurs ont rappelé

les paroles prononcées par le président Aristide lors de son discours lu 28

octobre devant l’Assemblée générale de l’ONU. Ce dernier a déclaré qu ’un

blocus total se révèle nécessaire pour obliger les militaires à respecter

l’accord de Governors Island. Il a terminé son discours en affirmant que le

30 octobre évoquait non pas «la date entre le retour et le non-retour, mais

entre le départ et le retard». Cela donnait malgré tout une note d’espoir

dans une ambiance générale plutôt morose ce samedi soir à Genève.

Durant cette soirée de solidarité, qui a rassemblé de nombreux membres

de la Plate-fore d’Haïti de Suisse, des personnes, résidant ou non dans ce

pays, ont donné des témoignages démontrant la nécessité de perpétuer la

lutte pour la démocratie. Et si l’ambiance n’était pas à la fête, elle

n’était pas non plus à l’abattement. Parmi les différents orateurs, la présence du Père Anton Gisler, spiritain, qui venait de rentrer d’un séjour en

Haïti, a permis d’offrir à l’assistance des nouvelles précises et concrètes

sur la situation politique, sociale et religieuse que vit ces jours le peuple haïtien. Il a insisté sur les conditions de vie catastrophiques du peuple et il a décrit l’insécurité quotidienne créée par l’armée.

A l’issue d’un pique-nique, un document vidéo a contribué à rappeler aux

assistants l’histoire tragique, ancienne et actuelle, du peuple d’Haiti.

(apic/cg/ba)

1 novembre 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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