De Hérode à Sarajevo

Fribourg: homélie de Noël de Mgr Mamie (261293)

Fribourg, 26décembre(APIC) Message de Noël, message de l’espoir, mais de

l’inquiétude aussi… exprimé à travers l’histoire, à travers les événements en ex-Yougoslavie, par Mgr Pierre Mamie, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, dans son homélie prononcée le 25 décembre à la cathédrale de Fribourg.

«Il y a le Noël de ce matin où la joie et l’inquiétude sont inextricablement mêlées. On a dit très justement que le 20e siècle avait commencé en

juin 1914 à Sarajevo, le jour de l’assassinat de l’archiduc d’Autriche,

François-Ferdinant de Habsbourg, et qu’il se terminerait à Sarajevo aussi,

dans une ville où survivent 300’000 otages assiégés et où depuis vingt

mois, des innocents meurent tous les jours».

«Hérode est une pieuvre dont les tentacules repoussent et s’étendent

chaque jour. Entre 1914 et 1993, nous avons célébré quatre-vingt fois Noël.

Pourtant, il y a deux mille ans, on nous avait annoncé et promis ’la paix

sur la terre’. J’ouvre les yeux, je lis les journaux, j’écoute ou je regarde les dernières informations, et je dois bien m’apercevoir que la paix

promise n’est pas encore venue, ce qui me plonge parfois dans la colère,

contre ceux qui sont plus tyranniques qu’Hérode».

«Alors ma foi, ma confiance et mon amour pour Dieu sont mis à l’épreuve,

comme torturés par des bourreaux qui veulent me faire avouer qu’on m’a menti et qu’ils sont des criminels, eux qui ont voulu me faire croire, depuis

mon enfance, que Dieu existe et qu’il nous aime d’un amour infini, qu’il

aime aussi l’enfant assassiné avec son bidon d’eau à la main, dans une rue

de Sarajevo».

«Ne vous en prenez pas à Dieu…»

«J’irai donc immédiatement de la crèche de Noël à la colline du Golgotha

du Vendredi-Saint, sinon je perdrai coeur et je n’aurai plus qu’à me taire

et changer de métier. Il faut aussi que je rejoigne Joseph, Marie, Jésus et

leur âne, sur les routes des exilés et des réfugiés. Chaque fois que vous

voyez, à la télévision, les images de ces hommes et de ces femmes et de ces

enfants qui sont chassés de leur pays, à cause de la folie guerrière des

hommes, vous devriez y voir une reproduction, en vrai, de Jésus, Marie et

Joseph. Que ferai-je alors? Il n’y a pas trente-six solutions: je leur ouvre mes bras, je cherche des maisons et de l’argent pour eux, et d’abord

pour les enfants, petits frères et petites soeurs des saints innocents».

«Si la paix offerte par la voix des anges dans la nuit de Noël n’est pas

encore arrivée sur toute la terre, ne vous en prenez pas à Dieu, je vous en

supplie, mais à chacun de nous…» «Si Hérode a tué, c’est parce qu’il

était ambitieux et jaloux. Il aurait dû servir. Il a régné comme un tyran.

C’est pourquoi, mon message de Noël sera de vous dire que tout ira mieux

dans le monde quand chacun décidera de se mettre au service des autres et

de ne plus jamais accepter de se faire servir».

«Si donc Sarajevo continue d’être une honte pour le monde et d’abord

pour l’Europe, c’est bien parce que chez nous, nous sommes encore trop

égoïstes (sauf de nombreuses et admirables exceptions)…» «L’Enfant de la

crèche, celui de ce matin, nous tend ses petites mains vides et nous dit:

’J’ai soif, j’ai faim, j’ai froid, aide-moi’. Mais cela ne suffit pas. Cet

enfant nous dit aussi: ’J’ai faim de toi, j’ai soif de toi’. Car la paix

viendra sur la terre, la paix que Dieu seul peut donner, seulement si je

donne à Dieu sa place dans ma vie…»

«Viendra bien le jour où nous célébrerons le dernier Noël, celui où ce

ne sera plus Dieu qui viendra habiter chez nous, mais où nous irons habiter

chez Lui, pour toujours. Ce jour-là, c’est Dieu lui-même qui essuiera les

larmes des yeux des mères de Sarajevo. Mais en attendant, je pourrai quand

même déjà faire quelque chose pour que, plus jamais, l’enfant de Sarajevo

qui va chercher de l’eau ne soit tué, mais qu’il rentre en chantant et en

dansant à la maison». (apic/pr)

26 décembre 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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