Le pape le nomme archevêque de Vaduz, au Liechtenstein
Coire: Démission de Mgr Wolfgang Haas, évêque de Coire
Coire/Rome, 2 décembre 1997 (APIC) Mgr Wolfgang Haas a donné sa démission comme évêque de Coire. Le pape Jean Paul II l’a nommé mardi 2 décembre archevêque de Vaduz, au Liechtenstein. Le nouvel archevêché – qui compte quelque 22’000 catholiques sur une population totale de près de 31’000 habitants – dépendra directement du Saint-Siège. Au Liechtenstein, on se déclare surpris de la décision du Vatican, prise sans aucune consultation préalable avec la Principauté, selon le service de presse de la Principauté à Vaduz.
Dans une première réaction, Mgr Haas déclare ne pas «nier que sa nouvelle tâche pastorale signifie un grand changement pour lui». L’évêque demeurera administrateur apostolique du diocèse de Coire jusqu’à la nomination de son successeur. Qui devrait normalement être élu par le Chapitre cathédral de Coire, puis ratifié par le pape.
Avec l’annonce de la nomination de Mgr Haas comme archevêque de Vaduz, le Vatican confirme l’érection, par le pape, du nouvel archevêché de Vaduz dont le territoire est détaché de celui de Coire en le rendant directement dépendant du Saint-Siège. Le Liechenstein faisait jusqu’alors partie intégrante du diocèse de Coire.
Le Liechtenstein, pays dont est originaire Mgr Haas, se situe à la frontière du canton des Grisons – dont la capitale est Coire -, entre la Suisse et l’Autriche. Mgr Wolfgang Haas a été nommé le 25 mars 1988 évêque coadjuteur du diocèse de Coire avec droit de succession. Cette nomination a suscité dès son annonce de nombreuses contestations et des manifestations spectaculaires lors de son ordination le 22 mai de la même année.
Après le retrait de son prédécesseur, Mgr Johannes Vonderach, Mgr Haas est ainsi devenu le 22 mai 1990, évêque de Coire. Depuis lors, les contestations contre l’évêque n’ont cessé de s’accroître et d’empoisonner le climat de la vie de l’Eglise catholique en Suisse.
Le 6 novembre dernier, le Conseil fédéral s’est adressé au Vatican pour lui faire part de la préoccupation du Gouvernement suisse sur la situation dans le diocèse de Coire qui ne cessait de se dégrader.
La nouvelle de la démission de Mgr Haas a surpris plus d’un observateur après la visite ad limina des évêques suisses en septembre dernier, visite à l’issue de laquelle on avait prétendu que la position de Mgr Haas en était sortie renforcée. Les mêmes observateurs soulignent également le rôle joué par l’ancien nonce en Suisse, Mgr Karl Josef Rauber, nommé nonce en Hongrie et en Moldavie en avril dernier. Son déplacement, à l’époque, avait été étroitement mis en parallèle avec un déplacement possible de Mgr Haas.
Reconnaissance envers le Liechtenstein
«Dans l’accomplissement de son ministère de pasteur suprême de l’Eglise universelle et avec le désir de promouvoir l’activité d’une des plus anciennes Eglises transalpines, en créant la nouvelle circonscription ecclésiastique de Vaduz et en la rendant directement dépendante du Saint-Siège, le Saint-Père a décidé de renforcer ses liens directs avec la communauté ecclésiale du Liechtenstein», indique un communiqué de la nonciature apostolique à Berne.
Avec la décision du pape, souligne la nonciature, «on ne peut manquer de voir également une marque de reconnaissance à l’égard de la Principauté du Liechtenstein, coeur géographique de l’Europe». La Principauté a établi des relations diplomatiques avec le Saint-Siège en 1985 – année de la visite du pape dans ce petit pays -, sous la conduite de son souverain, Hans Adam II.
Le Liechtenstein rejoint ainsi d’autres diocèses en Europe élevés au rang de sièges archiépiscopaux directement dépendants du Saint-Siège, comme Monaco (1981) et Le Luxembourg (1988).
Le Saint-Père souhaite que cette création suscitera un «’sensus ecclesiae’ renouvelé chez tous les fidèles du Liechtenstein, autour de leur premier pasteur, Mgr Wolfgang Haas».
Sans consultation, constate le Liechtenstein
Au Liechtenstein, précisément, on se déclare étonné du déplacement de Mgr Haas. Cette décision est «surprenante» et a été prise «sans aucune consultation préalable avec le gouvernement de la Principauté», commente le bureau d’information de la Principauté, à l’annonce de la nouvelle.
A l’occasion de son 52e anniversaire, le prince Hans Adam II avait déclaré le 15 février que la création d’un évêché au Liechtenstein n’avait pas beaucoup de sens: «J’ai dit au Vatican qu’il n’y avait pas beaucoup de sens de créer un évêché au Liechtenstein pour résoudre une question personnelle à l’intérieur de l’Eglise». Le prince du Liechtenstein avait encore dit ne pas souhaiter l’érection d’un diocèse sur son territoire. Tout en précisant toutefois qu’il ne saurait ni soutenir ni rejeter cette possibilité.
Un grand changement pour moi, dit Mgr Haas
C’est par «une parole de l’évêque», sous forme de communiqué, que Mgr Haas a réagi mardi à sa nomination de premier archevêque de Vaduz. Celui qui devient désormais l’ex-évêque de Coire n’entend pas «nier que sa nouvelle tâche pastorale signifie un grand changement pour lui». Mais, ajoute-t-il, ce changement est en même temps une nouvelle chance de découvrir à nouveau que la disponibilité et la fidélité sont des qualités qui améliorent et fertilisent la vie de l’Eglise. Il souhaite que tous les fidèles touchés par la démarche du pape réagissent avec la même attitude que lui, et qu’ainsi la foi en ressorte fortifiée.
Mgr Haas reste administrateur du diocèse de Coire jusqu’à la nomination de son successeur. Ce dernier devrait normalement être élu par le Chapitre cathédral, avant que cette élection ne soit ratifiée par le pape.
Comme une traînée de poudre en Suisse
Les réactions n’ont pas tardé à l’annonce de la nouvelle, qui s’est répandue comme une traînée de poudre en Suisse et à l’étranger. Dans un communiqué, le Département fédéral des Affaires étrangères déclare que le Conseil fédéral a pris connaissance avec «satisfaction et soulagement» de la décision du Saint-Siège de créer un archevêché de Vaduz pour la Principauté du Liechtenstein et d’en confier la direction à Mgr Haas. c Quant au porte-parole des cantons diocésains qui forment le diocèse de Coire, le Conseiller d’Etat obwaldien Hans Hofer, il se déclare satisfait du changement provoqué aujourd’hui par Rome. Il rappelle que sur l’intervention des gouvernements des cantons diocésains, le Conseil fédéral est intervenu le 6 novembre auprès du Saint-Siège pour demander une rapide solution à «l’affaire Haas». Selon Hans Hofer, la décision prise offre une chance d’un nouveau départ pour les catholiques en Suisse et pour les cantons concernés.
Une nouvelle «attendue depuis 9 ans»
«Nous avons attendu cette nouvelle depuis qu’il est devenu évêque. Nous pouvons maintenant respirer», déclare à Coire, visiblement soulagé de la tournure des événements, le doyen Giusep Quinter, président de la diète des catholiques des Grisons, après avoir pris connaissance de la démission de Mgr Haas. Le doyen Quinter qui, comme curé de la cathédrale, ne compte plus les conflits avec son évêque, relève qu’il ne doit y avoir aujourd’hui ni vainqueurs, ni vaincus. «Il est déjà assez triste d’avoir dû attendre ce moment durant neuf ans»
Le doyen Quinter s’interroge cependant sur le déplacement de l’évêque à Vaduz: «Il me paraît singulier et complètement incompréhensible que Mgr Wolfgang Haas ait été nommé archevêque de Vaduz, dans la Principauté du Liechtenstein. Durant toute sa période épiscopale à Coire, il a montré qu’il n’avait pas su diriger un diocèse». A son avis, il fallait confier à l’intéressé une nouvelle tâche, «mais dans l’administration»
La tâche qui attend son successeur, ajoute enfin le doyen Quinter, est délicate, comme l’élection du nouvel évêque. Il espère que le Chapitre cathédral pourra exercer les prérogatives qui sont les siennes lors du choix du nouvel évêque.
Ni vainqueurs ni vaincus
Evêque auxiliaire du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Pierre Bürcher relève également que «victimes et défaites des uns par rapport aux autres sont des réalités qui, dans l’Eglise, n’ont pas droit de cité». Selon lui, la situation difficile du diocèse de Coire semble se clarifier, «même si tout n’est pas réglé pour autant».
René Zihlmann, président de la Commission centrale catholique romaine du canton de Zurich, parle pour sa part de reconstruction. «Les nominations des évêques auxiliaires avaient montré une fois de plus combien Mgr Haas n’était pas à sa vraie place. Je souhaite maintenant que sa révocation ne soit pas le point final de neuf années pleines de souffrances, mais qu’elle soit le commencement d’une évolution pour les forces pastorales, prêtres et laïcs, engagées dans ce grave conflit ecclésial. Ces forces, souligne-t-il, sont désormais disponibles pour la phase de reconstruction». «Nous en avons besoin de manière urgente», a-t-il lancé.
Réaction de la Commission catholique romaine du canton de Zurich
«Avec le déplacement de Mgr Haas, on a créé les conditions nécessaires pour un nouveau départ et pour une meilleure collaboration à l’intérieur et à l’extérieur de l’Eglise catholique dans le diocèse de Coire», écrit de son côté la Commission centrale catholique romaine du canton de Zurich. Cette dernière espère que les problèmes actuels seront abordés dans un climat de confiance pour le futur évêque de Coire. Elle remercie notamment Mgr Karl Joseph Rauber, ancien nonce apostolique à Berne, pour sa participation à la solution de la crise.
Satisfactions… et déceptions
Déception, en revanche du côté du mouvement catholique conservateur «Pro Ecclesia», qui n’a pas ménagé son soutien à Mgr Haas tout au long de cette décennie de crise. Herbert Meier, éditeur de l’hebdomadaire «Schweizerische Katholische Wochenzeitung» et membre influent de «Pro Ecclesia», a exprimé sa tristesse à l’APIC après la décision de Rome de retirer Mgr Haas de sa fonction d’évêque de Coire. «Nous estimons que c’est une grande perte pour la Suisse catholique. Nous l’acceptons bien évidemment par obéissance au Saint-Père».
L’éditeur Meier estime que des dizaines de milliers de catholiques en Suisse, ainsi que l’a montré la collecte des signatures récoltées en soutien à Mgr Haas, seront déçus par cette décision.
«Pro Ecclesia» demande à ses membres de resserrer les rangs et de rester fidèles à l’Eglise catholique. Herbert Meier met en outre garde contre les fausses réactions possibles que susciteront ce déplacement. Il craint que, par dépit, les fidèles proches de Mgr Haas ne rejoignent les rangs intégristes de feu Mgr Lefebvre. (apic/ba/pr)




