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Marcel Farine : «Les rendez-vous de l’espoir Sur le chemin de la misère», Yens-sur-Morges,

1993, 169 p. Editions Cadébita

Marcel Farine : «Le Paradis perdu d’Eugen Drewermann Réponse d’un laïc à un théologien»,

Hauteville, 1996, 120p. Editions du Parvis

Belgique: Evêques cités au tribunal à cause des actes d’un curé pédophile

«Il ne peut y avoir qu’une justice, la même pour tous»

Malines/Bruxelles, 21 décembre 1997 (APIC) «Si nous sommes cités devant le tribunal, comme civilement responsables des actes de pédophilie commis par un prêtre relevant de notre autorité, il est évident que nous irons et que nous assumerons ce que nous devons assumer. Car il ne peut y avoir qu’une justice, la même pour tous». C’est ce qu’a fait savoir le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, au lendemain de l’audience du 18 décembre, où Mgr Paul Lanneau, son évêque auxiliaire à Bruxelles, était appelé à témoigner devant le tribunal pour des faits de pédophilie reprochés à un curé de paroisse, l’abbé André Vanderlyn.

Placé en juin dernier sous mandat d’arrêt, l’abbé André Vanderlyn, jusque là curé de la paroisse Jésus Travailleur à St-Gilles, une des communes de la capitale, doit répondre devant la 54e chambre correctionnelle de Bruxelles du viol d’une dizaine de mineurs âgés de 13 à 16 ans.

Le 18 décembre, Claude Lelièvre, délégué général aux Droits de l’Enfant, et Mgr Lanneau ont été entendu comme témoins par le tribunal. Claude. Lelièvre a confirmé qu’il avait écrit, l’an dernier, au cardinal Danneels pour le prévenir des faits de pédophilie dont il avait eu connaissance: un de ses prêtres se serait rendu coupable d’attouchements sur un garçon de 13 ans, Jonathan. L’archevêque de Malines-Bruxelles a ensuite informé le délégué aux Droits de l’Enfant de la suite réservée à sa lettre: le curé impliqué avait été interrogé par l’autorité dont il relève directement, Mgr Lanneau, évêque en charge de la pastorale francophone à Bruxelles, et avait nié les faits. Il convenait donc, selon le cardinal, d’agir avec circonspection, vu la bonne réputation dont le prêtre semblait jouir dans sa paroisse.

A son tour, Mgr Lanneau a précisé devant le tribunal les deux entretiens auxquels il avait convoqué, les 4 et 8 octobre, le prêtre mis en cause. L’évêque auxiliaire, qui avait été prévenu par un aumônier national des scouts, que l’abbé Vanderlyn s’était livré à actes répréhensibles lors d’un camp d’été, a appris par ce même prêtre, lors du deuxième entretien, que celui-ci craignait avoir été vu en train d’embrasser un enfant sur la bouche au cours d’une séance de catéchèse. L’évêque a immédiatement recommandé au prêtre de cesser de boire. «Pour moi, c’était un accident dû à la boisson, d’autant que je ne connaissais rien de ses penchants pédophiles», a expliqué Mgr Lanneau au tribunal.

Quels sont les critères de l’Eglise?

Etonnement de la présidente du tribunal : «Considérez-vous qu’embrasser un enfant sur la bouche pendant une heure n’est pas un acte grave ?» A quoi le substitut du procureur du Roi ajoutera: «à quels critères se réfère-t-on dans l’Eglise pour dénoncer des faits répréhensibles aux autorités judiciaires ?» «Quand les faits sont graves, et c’est à chacun d’entre nous d’en décider ?», répondra l’évêque, répétant qu’il a mis les actes reprochés au curé Vanderlyn sur le compte de la boisson, avant de découvrir la pédophilie du prévenu quand l’affaire éclate dans la presse.

Après le témoignage de Mgr Lanneau, Me Georges de Kerchove, avocat des parents du petit Jonathan, partie civile, a demandé au tribunal et a obtenu de pouvoir citer Mgr Lanneau et le cardinal Danneels en tant que civilement responsables des actes commis par leur subordonné, sur lequel ils avaient autorité. Les deux évêques seront appelés à comparaître le 15 janvier 1998.

«Les prêtes et les évêques sont soumis à la justice comme tout le monde»

Interrogé par l’agence CIP, le porte-parole de l’archevêché a précisé, au nom du cardinal: «Si nous sommes cités devant le tribunal, comme civilement responsables des actes de pédophilie commis par un prêtre relevant de notre autorité, nous irons et nous assumerons ce que nous devons assumer. Car il ne peut y avoir qu’une justice, la même pour tous. Les prêtres et leurs évêques sont soumis à cette justice comme tout le monde». Le cardinal est d’autant plus strict sur ce point «qu’il lui importe que l’on porte davantage d’attention aux victimes», a ajouté son porte-parole.

A l’archevêché de Malines, on précise toutefois que l’audience du 18 décembre n’a pas révélé de faits nouveaux. Mais une question nouvelle est posée par la citation des deux évêques comme civilement responsables. Il est évident que ceux-ci vont charger leurs conseillers d’un minutieux examen juridique du problème. Or, du fait qu’il existe entre un archevêque et un évêque, ainsi qu’entre un évêque et ses prêtres une relation d’un type particulier, non assimilable à une simple relation de supérieur à subordonné, ou d’employeur à employé, le problème ne sera pas simple à résoudre. Il peut s’énoncer sous une double forme : un évêque peut-il être tenu pour responsable de tous les actes de ses confrères auxiliaires ? Un évêque peut-il être tenu pour responsable de tous les actes de ses prêtres ?

Par ailleurs, la partie civile désirant porter plainte contre l’évêque auxiliaire pour non-assistance à personne en danger, le tribunal a estimé que la plainte était recevable, mais dans le cadre de l’instruction ouverte contre «X» au plan pénal. La partie civile s’est donc jointe au dossier désormais ouvert à charge de Mgr Lanneau. (apic/cip/ba)

30 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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