Actualité: Mgr Renato Boccardo, chef de la section jeunes du Conseil pontifical pour les laïcs, et à ce titre chargé de l’organisation des Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ) cet été à Paris, était l’hôte du 8e Rassemblement romand «Prier Témoigner»

APIC – Interview

Rencontre avec Mgr Renato Boccardo, du Conseil pontifical pour les laïcs

Proposer Jésus Christ aux jeunes tel qu’il est

Par Maurice Page , de l’Agence APIC

Fribourg, 10 novembre 1997 (APIC) Jeune «Monsignore» de 44 ans, Mgr Renato Boccardo est l’un des principaux artisans des Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ). Une allure énergique, un regard franc et une faconde tout italienne caractérisent le chef de la section jeunes du Conseil pontifical pour les laïcs. Mgr Boccardo était l’invité du 8e Rassemblement romand «Prier Témoigner». Aux jeunes qui cherchent la vérité, il est venu proposer un compagnonnage avec le Christ, selon le thème des JMJ. «Viens et vois».

Après l’intense événement parisien du mois d’août, Mgr Boccardo, prenant du recul, analyse avec lucidité l’impact d’un tel rassemblement et s’interroge sur les moyens de répondre aux attentes des jeunes. Pour lui l’Eglise ne manque pas d’avenir.

APIC: Aux yeux de tous, les Journées mondiales de la Jeunesse en août à Paris ont été un grand succès…

Mgr Renato Boccardo : Le succès des JMJ parisiennes ne doit pas tourner à l’auto-célébration. Ce n’est pas une formule magique. Il ne faut pas se bercer d’illusions. Un million de jeunes sont venus à Paris, certes, mais tous les autres ? Pourquoi ne sont-ils pas venus? Ce ne sont pas les JMJ, ni les autres rassemblements qui nous permettront de résoudre tous les problèmes de la proposition de la foi aux jeunes.

Le but n’est pas de compter ses troupes mais de trouver comment annoncer Jésus-Christ aujourd’hui. Le souci missionnaire doit toujours être présent. Il faut néanmoins résister à la tentation «d’adoucir» l’Evangile pour avoir du succès. Nous sommes là pour prêcher le Christ crucifié, nous rappelle saint Paul. Nous ne ferons pas de rabais ni de soldes. Ce serait trahir notre mission.

APIC: L’indifférence constatée chez beaucoup de jeunes a souvent ses racines dans l’ignorance?

R.B.: Oui, il faut s’en rendre compte. Il y a peut être une sensibilité et une culture globale de fond. «On en a entendu parler». La réalité est l’ignorance fondamentale. L’urgence de la nouvelle évangélisation proposée par Jean Paul II n’est pas d’imposer une mentalité ou une culture mais de proposer l’Evangile. J’ai un peu l’impression que parfois nous nous perdons dans nos activités pastorales. Nous tournons autour du centre sans cependant y arriver. C’est-à-dire proposer Jésus-Christ tel qu’il est. On parle volontiers des conséquences de la rencontre avec le Christ, mais on oublie la rencontre elle-même. Il appartient à l’Eglise de proposer directement Jésus Christ, sauveur de l’homme.

Ce n’est pas ce qui est difficile qui fait peur aux jeunes, mais ce qui est médiocre. Nous avons parfois peur de proposer des exigences parce que nous pensons que les jeunes vont refuser. Je crois qu’il faut faire confiance aux jeunes. Il faut leur dire: «Tu peux le faire».

Le temps de la jeunesse n’est pas seulement celui du passage entre l’enfance et l’âge adulte, c’est le temps de l’audace, des choix, des décisions. Jean Paul II parle de temps de grâce. Aux jeunes réunis à Cszestochowa en 1991 il a dit: «N’ayez pas peur de voler haut» Ne pas proposer aux jeunes un idéal élevé, c’est refuser de leur faire confiance.

APIC: Quelles sont les motivations et les attentes des jeunes qui participent aux Journées mondiales de la Jeunesse ?

R.B.: L’aspect le plus extérieur est l’envie de se retrouver. Les jeunes aiment partager des moments de fête et de réflexion. Chacun se raconte, peut dévoiler son histoire, ses difficultés, ses soucis.

Le deuxième aspect est la demande de vérité. Les jeunes sont à la recherche de paroles fortes qui affirment des valeurs. Cette génération se sent peut être un peu déçue, abandonnée. Elle est à la recherche de raisons de vivre et d’espérer. Cela ne signifie pas qu’ils accueillent immédiatement ces valeurs et les mettent en pratique.

J’y ajouterai des témoins crédibles. Les jeunes écoutent volontiers des gens qui disent mais surtout qui vivent ce qu’ils croient. C’est la raison pour laquelle les jeunes suivent le pape malgré ses propos que d’aucuns jugent un peu dépassés. Ces témoins tiennent des propos difficiles et exigeants, mais ils les vivent eux-mêmes en premier.

APIC: Dans de tels rassemblements, le côté émotionnel semble parfois dominer, au détriment d’une foi solide?

R.B.: Il y a un côté émotionnel. Mais nous en avons besoin, nous ne sommes pas de purs esprits, nous avons un cœur et des sentiments. Le défi est de savoir bien gérer cet enthousiasme. La préparation et le suivi sont donc beaucoup plus importants que la célébration elle-même. Il faut que les responsables aux divers niveaux aident à purifier l’enthousiasme, à mettre en valeur ce qui a été découvert et à l’enraciner dans une communauté chrétienne. L’éducation à la foi et à la vie chrétienne ne se fait par un rassemblement d’une semaine ou de deux jours, c’est un chemin qui se vit au jour le jour. C’est le travail des paroisses, des aumôneries des mouvements, des communautés.

Ces rassemblements sont des moments plus visibles comme une «injection» d’espérance, d’enthousiasme. Mais il faut les intégrer dans un aspect global de pastorale des jeunes.

APIC: Le risque d’en rester à une mentalité de consommateur existe: «Je prends, puis je jette».

R.B.: C’est pour cela que j’insiste sur la responsabilité de ceux qui accompagnent les jeunes. Il faut les aider à bien utiliser les occasions qui leurs sont offertes. Ces rassemblements ne sont pas «la» solution aux problèmes, aux tensions ou aux difficultés de communication entre l’Eglise «officielle» et les jeunes. Mais c’est un moyen que nous aurions tort de ne pas utiliser.

On peut considérer deux groupes de jeunes. Ceux qui sont déjà engagés ou en contact avec la vie normale de l’Eglise et qui, en vivant de tels moments, confirment et approfondissent leur engagement.

Il y en a d’autres qui ont été invités par des copains ou qui en ont entendu parler autour d’eux, même s’ils ne sont pas très motivés sur le plan de la foi. En vivant une telle expérience, ils commencent à se poser certaines questions. C’est le côté missionnaire de l’opération. Ces jeunes là doivent rencontrer des communautés qui les accueillent pour s’approcher d’une réalité inconnue ou mal connue, faire le passage vers l’intérieur.

APIC: Les paroisses ou les communautés ont parfois des difficultés à accueillir ces jeunes…

R.B.: Oui c’est sûr. Mais si personne ne commence, on n’y arrivera jamais. Il ne faut pas attendre la communauté ou le curé idéal pour proposer ce que l’on a. Nous savons bien que nous ne sommes pas parfaits. Nous n’avons pas la formule magique, mais nous devons être capables de dire à quelqu’un: «Tu es le bienvenu, il y a des gens qui t’attendent et qui sont prêts à marcher avec toi».

APIC : Les Journées mondiales de la Jeunesse et les rencontres semblables permettent aux diverses sensibilités et tendances de s’exprimer…

R.B.: Tant que l’on ne se connaît pas, on a peur de l’autre. Lorsque nous commençons à travailler ensemble à un projet commun, nous constatons très vite que l’autre ’n’est pas si mal que ça’, même si sa démarche est différente de la nôtre. Ce type de rassemblement aide à élargir son horizon et à comprendre que je n’ai pas le secret de la vie chrétienne. L’Eglise est plus vaste que ma paroisse, mon mouvement, ma communauté. Nous estimons souvent que l’Eglise se termine à l’ombre de notre clocher. Nous restons centrés sur notre petit monde, sur ce que nous avons toujours fait. Au-delà des différences, les éléments qui nous unissent sont beaucoup plus profonds. Ce côté universel est très important.

APIC: Pour un chrétien la proposition de la foi invite à une rencontre personnelle avec le Christ.

R.B.: Le thème des JMJ de Paris a été une proposition directe : «Viens et vois». Nous avons besoin d’ancrages auxquels nous attacher. La rencontre personnelle avec le Christ se fait dans le secret des cœurs. Un rassemblement peut être l’occasion d’une découverte, d’un déclic. Il y a un avant et un après.

Lors des JMJ et dans les rassemblements catholiques de ce genre, l’eucharistie et la réconciliation sont au centre. C’est autour d’elles que se bâtit le programme. Ces deux sacrements sont proposés clairement aux jeunes. Il faut cependant être conscient du risque que les jeunes idéalisent trop ce type de célébration par rapport aux messes «ordinaires».

Les rassemblements sont pour beaucoup l’occasion de découvrir ou de redécouvrir le sacrement de la réconciliation, grâce à l’engagement de prêtres généreux capables de donner des nuits entières pour accueillir et écouter individuellement les jeunes. Ce ministère, pas toujours reconnu, est primordial. Les jeunes sentent le besoin de faire la paix intérieure. Lorsqu’ils découvrent la réconciliation, ils comprennent que cela peut les aider dans leur vie. Ils peuvent entendre une parole de confiance «Dieu t’aime, Dieu veut avoir besoin de toi.» (apic/mp)

26 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 6  min.
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