Rome: Symposium sur «les racines de l’anti-judaïsme en milieu chrétien»
«Une purification de la mémoire» selon le théologien du pape
Rome 24 octobre 1997 (APIC) Le symposium sur «Les racines de l’anti-judaïsme en milieu chrétien» qui se tiendra au Vatican les 30 octobre et 1er novembre a pour but d’examiner sur quels points, les fils et les filles de l’Eglise n’ont pas été cohérents avec leur foi, explique le dominicain Georges Cottier, dominicain, théologien du pape, dans un dossier de la revue du Jubilé de l’an 2000 «Tertium Millennium»
«Le propos, de fait, n’est pas politique, relève le théologien; il est éthique, précisément dans la mesure où l’éthique chrétienne s’entend comme la cohérence de la vie avec la foi professée; il est avant tout théologique». Voilà pour le sens de la démarche générale du Comité pour le Grand Jubilé.
Pour le théologien suisse, il s’agit d’opérer une «purification de la mémoire». Mais il prend soin de distinguer les diverses notions. L’antisémitisme moderne est «d’essence païenne», il faut le distinguer de l’anti-judaïsme qui se rencontre en milieu chrétien.
« Comment l’Eglise de Jésus-Christ peut-elle ne pas tourner son attention vers ses relations avec le peuple Juif? », s’interroge le dominicain. L’Eglise « sait que ce peuple est aimé de Dieu et qu’il a été élu pour annoncer la venue du Christ. […] Elle sait que le Verbe incarné a pris de lui son humanité et que sa sainte Mère, la Vierge Marie éétait juive, tout comme saint Jean Baptiste, saint Joseph, les Apôtres, et saint Etienne, le premier martyr. Tel est là première donnée, qui n’est en rien extérieur au dessein de salut de Dieu >>.
Mais pourquoi une relecture de notre histoire? Nous sommes conduits à opérer une purification de la mémoire, en d’autre termes, «nous sommes appelés à nous souvenir de notre propre identité avec les exigences qu’elle comporte, à la lumière du dessein de Dieu».
La purification de la mémoire exige un regard de foi
Pour le théologien, «la purification de la mémoire n’est possible qu’à partir d’un regard de foi; elle est de nature théologique». On évitera donc toute confusion avec des réflexions sociologique, philosophique ou politique, ou simplement historique.
Cela ne signifie pas que la documentation soit écartée, au contraire: elle est abondante, souvent d’excellente qualité reconnaît le P. Cottier, tout en relevant l’existence, dans ce domaine, d’approximations, d’amalgames et souvent, d’accusaions hors de propos. Sans s’en étonner: «Le poids des souffrances subies porte, ajoute-t-il, à des réactions passionnelles qui ne doivent pas surprendre».
La question est donc «doctrinale», même si elle s’appuie sur des faits historiques. «Purifier la mémoire, reprend le dominicain, veut dire faire oeuvre de vérité». Car l’histoire des hommes a un sens théologique: «Les faits étant dûment établis et reconnus, il s’agit d’en comprendre le sens dans le mystère du plan du salut de Dieu»: Cette compréhension doit conduire à une attitude de conversion. Alors seulement, on pourra parler de purification de la mémoire.
C’est pour cette raison, souligne-t-il, que le symposium est réservé à des théologiens chrétiens: il se place au niveau éthique, et donc théologique. Un telle relecture suppose la conscience de l’opposition existant entre la sainteté de l’Eglise du Christ et le péché de ses enfants. Une conscience, explique le P. Cottier, qui s’accompagne de «souffrance pour le coeur du croyant», mais qui est la condition nécessaire à la lecture théologique de l’histoire de l’Eglise. Car il y a «contradiction» entre les exigences du baptême, qui produit un «dynamisme d’assimilation au Christ,» et le péché des baptisés. Les infidélités et les trahisons, appellent l’Eglise à la pénitence.
Après la conscience de cette contradiction, le P. Cottier aborde le second point de départ de la réflexion: ces infidélités sont de vraies formes de contre-témoignage et de scandale. C’est dans ce sens qu’on peut parvenir à la question du pardon. C’est un pardon à demander à Dieu d’abord (c’est ce qu’on fait les évêques français), et à l’Eglise. «la demande de pardon est adressée avant tout à Dieu, dans la mesure où tout péché est d’abord une offense contre Lui, à l’Eglise, que le péché des chrétiens trahit, et à ceux qui avaient le droit à un témoignage, qui est un chemin pour rencontrer le Christ, et que nous avons scandalisés».
L’essence païenne du nazisme
Pour ce qui est de l’anti-judaïsme lui-même, le théologien en distingue plusieurs formes. dont certaines sont antérieures même au christianisme. Quant à l’antisémitisme moderne, dont la manifestation extrême fut la folie raciste du national-socialisme, il est d’essence païenne; et, dans sa visée plus profonde, un anti-christianisme. Cette folie a eu pour conséquence une nouvelle conscience, chez les chrétiens, du «lien qui relie spirituellement le Peuple du Nouveau Testament avec la race d’Abraham», note le dominicain.
Des lectures théologiques incorrectes ou erronées du Nouveau Testament ont pu de leur côté «servir de prétexte à une hostilité diffuse dans de vastes couches des populations chrétiennes au milieu desquelles le peuple juif s’est trouvé disséminé», reconnaît le Père Cottier. «Trop de comportements injustifiables ont trouvé là leur justification. Proviennent de là également, chez de nombreux chrétiens, une passivité et une absence de réaction lorsque l’onde de la violence hitlérienne s’est déversée sur l’Europe». Même si d’autres chrétiens ont fait beaucoup pour sauver les juifs persécutés.
La rupture n’abolit pas la continuité
Georges Cottier en vient ensuite au rapport théologique entre judaïsme et christianisme, entre lesquels il a souligné jusqu’ici la continuité. «Il ne s’agit pas du tout d’atténuer la gravité de la rupture survenue avec l’Incarnation du Fils de Dieu. La foi chrétienne professe que c’est Lui le vrai Messie attendu, que, mort et ressuscité, il est vivant et présent dans son Eglise». Cependant la foi juive aussi parle du Christ, ajoute le théologien: «La foi des juifs qui ne l’ont pas reconnu, porte également sur la vérité du Christ, mais en tant que promis et encore attendu». Il en va de la vérité, souligne le P. Cottier.
Il en tire deux certitudes. D’une part, écrit-il, la rupture n’a pas aboli la continuité. Et, d’autre part, écrit-il, «comme le drame est d’ordre religieux, théologal, il demande de notre part une grande noblesse de sentiments et une affection particulière, à l’image de celle de l’Apôtre Paul». (apic/imed/cip/mp)




