Stratégie pour étouffer le mouvement des paysans sans terre
Brésil: La police fédérale exige l’expulsion d’un missionnaire italien
Rio de Janeiro, 30 octobre 1997 (APIC) La police fédérale brésilienne exige l’expulsion d’un missionnaire italien sous l’accusation d’incitation à la violence. Les autorités reprochent au Père Luigi Pecarmona, un prêtre de 60 ans, d’avoir appelé à des actions armées lors d’occupations de propriétés par des paysans sans terres.
Le Père Pecarmona, qui milite dans la pastorale de la terre de l’Etat du Paraiba, dans le Nordeste brésilien, a rejeté les accusations de la police fédérale, qu’il a qualifiées d’infondées. Le Mouvement des Sans Terre (MST), soutenu par les secteurs ouverts de l’Eglise brésilienne, reproche à la justice et aux autorités brésiliennes en général d’être trop souvent inféodées aux grands propriétaires terriens.
Le MST révèle qu’Iris Rezende, ministre de la Justice, a réuni en septembre dernier à Brasilia tous les secrétaires de Sécurité publique et tous les superintendants de la Police fédérale dans le but de trouver les moyens d’étouffer le Mouvement des Sans Terre et de mettre un terme par la force à toutes les occupations de terre. Si l’intervention de la Police militaire n’était pas suffisante, le ministre de la Justice encourage les grands propriétaires terriens, les fazendeiros, à faire enregistrer leurs milices et gardes du corps privés comme agents de sécurité dans le but d’en faire des alliés de la force publique.
La sainte alliance de la justice brésilienne et des grands propriétaires terriens
Le procureur de l’Etat du Paraiba avait déjà accusé en septembre dernier un prêtre et trois religieux engagés dans la pastorale de la terre d’association de malfaiteurs et réclamé leur détention. Mgr Tomas Balduino, président de la CPT, la Commission pastorale de la terre soutenue principalement par la Conférence épiscopale catholique et l’Eglise luthérienne, a expliqué que les six accusés étaient victimes de l’alliance entre les fazendeiros et la justice.
FHC privilégie la monnaie au détriment des questions sociales
Evêque de Goias, figure historique de la lutte pour la réforme agraire, le dominicain Tomas Balduino souligne que l’occupation des terres est la seule voie d’accès à la terre. Il ne voit pas d’autres solutions actuellement pour des millions de paysans et de travailleurs ruraux victimes de l’accaparement du sol par une petite minorité, soutenue par le pouvoir. L’actuel président Fernando Henrique Cardoso (FHC), qui passe à l’étranger pour un social-démocrate, a bien vite oublié ses promesses électorales dans le domaine de la réforme agraire. Il ne trouve pas grâce aux yeux du président de la CPT: «Le gouvernement de FHC est du côté du plateau de la balance qui privilégie la monnaie, le Real, au détriment des personnes et des questions sociales». (apic/kna/st/be)




