Afrique du Sud : Les profiteurs de l’apartheid appelés à dédommager les victimes
Les évêques catholiques proposent un «impôt de la honte»
East London, Afrique du Sud, 11 septembre 1997 (APIC) – La Conférence des évêques catholiques d’Afrique du Sud (SACBC) appelle les citoyens et les sociétés ayant profité du régime de l’apartheid à verser un impôt à titre de dédommagement pour le tort causé par les politiques racistes.
«Des millions de gens et des milliers d’entreprises ont profité de l’apartheid. Ne pourraient-ils pas verser une sorte de compensation», demande la SACBC dans le rapport adressé à la Commission «Vérité et réconciliation» chargée de faire la lumière sur les violations des droits de la personne durant le régime de l’apartheid.
Les évêques proposent de créer un Fonds auquel la société civile pourrait contribuer en signe de réparation. L’Eglise catholique est disposée à envisager un «impôt de la honte» qui pourrait être utilisé pour aider les victimes de l’apartheid et leurs familles.A «Nous estimons que la nation devrait payer», a souligné le père Sean O’Leary, porte-parole de la Commission «Justice et paix» qui a rédigé le rapport. Pour le Père O’Leary cette contribution doit être volontaire. Certains catholiques blancs de droite ont dores et déjà protester contre l’idée d’un tel impôt.
La répression a renforcé la résistance
Dans leur rapport, les évêques font remarquer que les attaques portées par les autorités gouvernementales contre l’Eglise dans le but de contenir l’opposition, ont souvent eu un effet contraire. «Les catholiques ordinaires, qui s’occupaient peu de politique, de justice sociale ou du rôle de l’Eglise dans la société, étaient scandalisés lorsqu’un prêtre était déporté ou une soeur était emprisonnée… La détention d’un prêtre mobilisait beaucoup plus les catholiques qu’un million de sermons ou déclarations», relève le rapport. 10 % de la population sud-africaine (à peu près 40 millions) sont catholiques dont une majorité de noirs.
Le rapport souligne que les évêques catholiques d’Afrique du Sud ont critiqué l’apartheid dès 1952 et contribué au développement d’une culture des droits de la personne, de résistance et de protestations contre le système. «La condamnation de l’apartheid par l’Eglise a encouragé ceux qui s’y opposaient à persévérer et à poursuivre leur combat», écrivent les évêques.
L’Eglise a péché par omission
«Toutefois, en nous penchant sur notre histoire avec un certain recul, nous reconnaissons que davantage aurait dû être fait pour protester contre la violation systématique des droits de l’homme par l’appareil d’Etat», ajoutent-ils. C’est plutôt par ses omissions que l’Eglise catholique a révélé sa complicité dans le conflit passé. En effet, précisent les évêques, «le silence en face de l’oppression systématique à tous les niveaux de la société est peut-être le plus grand péché de l’Eglise».
.Par ailleurs, fait observer le rapport, les évêques catholiques n’ont pas apporté tout leur soutien personnel à la campagne internationale réclamant des sanctions économiques contre l’Afrique du Sud durant l’apartheid, à la différence de l’archevêque anglican Desmond Tutu. «Tout en comprenant l’appel aux sanctions, les évêques, craignant l’aggravation de la pauvreté et du chômage, ne l’ont approuvé qu’avec réserve», indique le rapport. «L’histoire en jugera.»
Depuis que la Commission «Vérité et réconciliation» a commencé ses travaux en mai de l’an dernier, «nous avons entendu beaucoup de vérités, mais il y a eu peu de réconciliation», déplorent les évêques. Ils recommandent la mise en place d’un «organisme de coordination dont le rôle serait de promouvoir une nouvelle moralité pour le bien de tous dans le pays. Cet organisme pourrait faire la liaison avec les structures ecclésiastiques sud-africaines et les encourager à collaborer activement à la campagne.»
Ils espèrent que les résultats obtenus par la Commission «Vérité et réconciliation» et ses efforts pour promouvoir la réconciliation et l’unité nationale ne disparaîtront pas avec la fin de sa mission, mais seront consolidés dans la période qui suivra. La Commission achèvera ses travaux le 14 décembre 1997, et remettra son rapport final au président Nelson Mandela en mars prochain. (apic/eni/be/mp)




