Bruxelles: Congrès interreligieux pour la paix

«Le message ultranationaliste alimente la violence»

Bruxelles, 15 septembre 1997 (APIC) «Certains pseudo-rabbins par leur message ultranationaliste alimentent la violence». C’est ce qu’a déclaré à Bruxelles René Samuel Sirat, grand rabbin du Consistoire de France, à la journée «Rencontres au service de la paix». 300 personnes ont participé dimanche à ce rassemblement autour d’une quinzaine de conférenciers juifs, chrétiens et musulmans, ainsi que deux représentants du bouddhisme et de l’hindouisme.

La mise sur pied de ce Congrès, soutenu par l’UNESCO, est due à l’initiative d’une personne, Annelie Campion, membre de l’association «Ouverture» à Bruxelles qui, avec son mari, a réussi à rassembler des personnes de divers horizons et de divers pays pour une même cause. Le fait a souvent été relevé au cours des échanges comme signe de l’influence que peut avoir tout un chacun, dans son action responsable pour la paix.

Un paradoxe

Les religions sont-elles bien placées pour délivrer un message de paix?, s’interroge d’abord le rabbin Lionel Blue venu de Londres. «Durant ce seul XXe siècle, n’ont-elles pas trop distribué de bénédictions aux fascistes, aux nazis comme aux staliniens?, insiste-t-il . Outre sa dénonciation des «pseudo-rabbins ultranationalistes», le grand rabbin René Samuel Sirat, a relevé par ailleurs que le catholique Vaclav Havel comme le juif Elie Wiesel ont tous deux puisé dans la Bible la force de leur combat pour la paix.

Comment croire à la paix en Israël où durant ces dernières semaines le ton s’est durci entre Israéliens et Palestiniens? Le rabbin Ron Kronisch, directeur d’un Conseil de coordination entre juifs, chrétiens et musulmans, créé le 16 janvier 1991 en pleine guerre du Golfe, ne désespère pas. Il organise même, pour juin 1999, un pèlerinage de dix jours pour les fils d’Abraham des trois religions monothéistes : «La route vers la paix est longue et pleine d’embûches, mais les chauffards qui sèment la mort ne peuvent pas nous cacher le chemin qui se poursuit».

Des pas pour la paix

A Bruxelles, tous les représentants des religions ont montré qu’ils partageaient des valeurs communes et souscrivaient aux mêmes suggestions telles: se laisser interpeller par ces valeurs, coopérer sur le terrain et se rencontrer davantage pour mieux se comprendre et s’apprécier. Mais beaucoup ont proposé quelques pas de plus. D’abord un pas vers l’humilité, l’examen de conscience, la demande de pardon, la conversion. «La paix, c’est d’abord un état d’esprit, qui nous est donné par Dieu. On ne fait pas la paix, en signant un pacte contre d’autres. Il n’y aura pas de paix si elle ne vient en moi», relève le cheikh Bentounes (Algérie). Plusieurs ont également insisté pour que le service de la paix ne se réduise pas à servir des valeurs, mais garde la perspective ouverte sur le ciel. Avec les valeurs de compassion ou de solidarité, la «convergence vers la transcendance» est un des axes essentiels des religions, souligne le Lama Denys Teundroup (Paris), tout en rappelant que la voie du Bouddha ne supporte «ni croyance ni dogme».

Dialoguer avec les cultures locales

Mgr Belo, évêque catholique à Timor-Est et lauréat du Prix Nobel de la paix 1996, ne voit pas comment les religions pourraient former une «grande plate-forme de solidarité pour la paix» si elles cessaient de cultiver l’ouverture à Dieu, leur raison d’être. Heureux de l’engagement ecclésial dans le dialogue interreligieux, l’évêque ne croit cependant à la réussite de pareille ouverture que si elle s’accompagne d’un dialogue avec les cultures locales, d’une solidarité dans le combat pour la justice et le bien-être de tous, d’un dialogue avec les pauvres et d’un dialogue avec la nature.

En début de journée, le professeur Bichara Khader (UCL), chrétien arabe, assignait aux religions le défi de «cultiver la quête du sens» pour éviter que le monde, «trop axé sur la compétition et sur la seule quête de l’argent», ne devienne complètement «desséché et désenchanté». Mais cette coopération n’est possible que dans le respect des appartenances multiples, avec la conviction que «ce qui nous unit est au-delà de nos différences». Le professeur Ahmed Mahfoud lui a fait écho plus tard, citant cette parabole musulmane pour interpeller les croyants sur leurs rivalités : «Une jeune fille lança un jour, depuis son balcon, un caillou pour attirer les regards sur sa beauté. Mais, au lieu de lever les yeux, les hommes se disputèrent le caillou».

Le Congrès s’est clôturé sur une déclaration, où les représentants des religions ont redit leur volonté de marcher ensemble pour faire grandir le respect des valeurs humaines et l’ouverture à cette réalité qui dépasse tous les hommes, et où se devine l’horizon de leur paix. (apic/cip/ba)

9 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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