Tous les ecclésiastiques en uniforme réunis à Berne

Suisse: rapport général des aumôniers militaires

Berne 24 septembre 1997 (APIC) Lundi du Jeûne a eu lieu le premier rapport général suisse des aumôniers de l’armée. Plus de 400 capitaines aumôniers catholiques et protestants se sont rassemblés à Berne. Ils ont pu entendre des aumôniers d’armées étrangères présenter leur expérience. Ils ont également reçu de chaleureux remerciements du conseiller fédéral Adolf Ogi, chef du Département militaire fédéral. «Grâce à vous, a-t-il déclaré, nous avons non seulement des forces terrestres et des forces aériennes, mais également des forces célestes.»

S’adressant aux 400 capitaines rassemblés au Casino de Berne, le chef du Département militaire fédéral a salué les convictions des aumôniers décrits comme des hommes d’idéaux: «Votre engagement ne va pas de soi; il est volontaire, ce qui augmente sa valeur. L’armée a besoin de vous, vous êtes les plus pacifiques de nos militaires.» L’homme est au centre de votre travail, a-t-il ajouté. «Vous occupez le seul secteur qui échappe aux stratèges: celui du coeur.» Les aumôniers sont «proches des gens», a précisé A. Ogi. «Vous êtes des ponts entre la vie civile et la vie militaire, entre ceux qui se trouvent réunis par obligation et ne se comprennent pas toujours, entre la vie terrestre et ce qui nous dépasse, entre la tristesse et l’espoir, entre la peur et le courage.»

C’est donc une cascade de louanges que le conseiller fédéral Ogi a adressées aux aumôniers de l’armée suisse, comme s’il voulait resserrer les rangs après l’allocution du divisionnaire W. Eymann, sous-chef d’état-major du personnel de l’armée, qui venait d’évoquer les sombres perspectives des effectifs en diminution dans l’aumônerie militaire. Sur 416 postes au sein des troupes suisses, seuls 263 sont actuellement occupés. En outre, la moyenne d’âge de ces capitaines est relativement élevée, particulièrement parmi les catholiques, et le recrutement de nouveaux ecclésiastiques se fait de plus en plus difficile, surtout parmi les Romands.

La solitude de l’aumônier

Durant la matinée, les aumôniers avaient pu entendre des collègues des armées italienne, française et allemande leur parler de leurs expériences en service actif à l’étranger. Les trois intervenant ont mis en évidence plusieurs points communs: d’une part la solitude de l’aumônier face à une mission qu’il est seul à accomplir, et d’autre part la demande d’accompagnement de la part de la troupe, qui attend moins de grandes phrases qu’une présence de proximité de la part des ecclésiastiques en uniforme, appelés à partager la vie militaire dans tous ses aspects. Chacun a souligné aussi que, dans les situations de crise, la collaboration oecuménique fonctionne généralement dans la confiance, les barrières résidant alors davantage dans la langue parlée que dans la doctrine religieuse.

Mgr Franco Troi, du commandement du 4e corps alpin de l’armée italienne, a mentionné les difficultés rencontrées par des aumôniers lors des missions de paix. Il a notamment relevé que, lors de la phase préparatoire, on tient peu compte dans les états-majors des besoins de l’aumônerie, ce qui dénote un manque de reconnaissance de sa tâche en général. Or l’aumônier peut jouer un rôle très important dans l’information sur la mission de paix elle-même et lutter contre une mauvaise compréhension de cette mission. Le risque de «la tentation de Rambo» d’une violence inutile est toujours présent a relevé Mgr Troi. L’aumônier participe à tout, tant aux conditions de vie difficiles qu’aux dangers. C’est la condition de sa crédibilité auprès des hommes et des officiers qu’il est chargé de guider spirituellement et auprès du commandant qu’il est appelé à conseiller.»

Ce «crédo» est aussi celui de l’aumônier général Michel Gaudry, directeur de l’Aumônerie protestante aux armées de France. De son séjour au Liban, celui-ci retient en effet non seulement la demande des personnels d’aumôniers «aussi proches que possible des uns et des autres, à tous les niveaux de la hiérarchie», mais note aussi que les aumôniers sont «les seuls à disposer de temps pour expliquer». Ils devront ainsi être «présents sans être pesants», se montrant «humbles, patients et disponibles». Face à la solitude de ministère, encore plus grande ici que dans la vie civile, des ecclésiastiques auront à coeur de collaborer dans une grande «confiance oecuménique». Et dans les situations dramatiques, lorsque la mort frappe, il devra favoriser le travail de deuil qui est une notion généralement inconnue des cadres militaires.

Friedrich Wolf, «Militärdenkan» luthérien auprès de l’armée allemande, rapporte quant à lui des souvenirs forts de ses deux mois passés en Bosnie-Herzégovine et à Sarajevo. Il souligne que l’aumônier devra connaître ses limites et être particulièrement équilibré pour faire face aux facteurs de stress. Cet équilibre repose pour lui sur une solide base spirituelle: «L’aumônier militaire ne peut réconforter les autres que lorsqu’il a connaissance de la raison de son réconfort.» Dans ce cadre, le calme, le silence et la prière sont importants, déclare F. Wolf qui précise: «Il faut toujours garder à l’esprit que Dieu nous accompagne.» (apic/spp/jms/mp)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
Partagez!