Jubilé 2000: S’humilier face aux «fautes collectives» ?
La juriste Mary Ann Glendon s’insurge contre ce «venin»
Rome, 30 septembre 1997 (APIC) «Toute expression de regret vis-à-vis des erreurs du passé n’implique pas que l’on doive s’humilier devant les autres, et certainement pas devant des gens qui ne sont pas eux-mêmes disposés à reconnaître leurs torts»: Dans la dernière livraison de «Tertium Millenium», la revue officielle du Comité Central du Grand Jubilé, qui vient de paraître, Mary Ann Glendon dit sa perplexité face aux cérémonies de «repentir collectif» prévues par l’Eglise dans le cadre du Jubilé. Coïncidence? A l’heure aussi où l’épiscopat français dit sa repentance pour l’attitude de l’Eglise française sous le régime de Vichy.
Professeur de droit à l’université de Harvard, Mary Ann Glendon présidait la délégation du Saint-Siège au sommet international de Pékin sur les femmes. «Plusieurs indiscrétions indiquent, écrit-elle, que quand le pape a présenté aux cardinaux son projet d’expression publique d’excuses en vue du millénaire, un certain nombre d’entre-eux ont exprimé de graves réserves et manifesté une certaine contrariété».
«Personnellement, mon malaise et ma perplexité n’ont rien à voir avec ce que le pape a dit, mais sont fondés sur la façon dont les révisions et les expressions de regret peuvent être manipulées par des opinions hostiles à l’Eglise, ou par des personnes qui voudraient que les catholiques s’excusent d’être catholiques».
Falsification de l’histoire et simplification médiatique
La juriste s’inquiète en outre de la façon dont «trop d’historiens semblent aujourd’hui pratiquer une stratégie désinvolte de réinvention de l’histoire au service des causes les plus disparates et des ordres du jour les plus divers». Un autre risque, à ses yeux: la simplification médiatique, Ces expressions officielles d’excuses et de regret sont toujours «filtrées par les médias». Par exemple quand le pape demande spécifiquement que l’on parle des péchés et des erreurs «commis par des membres ou par des représentants officiels de l’Eglise, et non de l’Eglise en tant que telle», cette distinction essentielle «est quasiment toujours oubliée».
Mary Ann Glendon cite un article récent sur l’attitude de la papauté face à l’Holocauste, paru dans le «New Yorker» du 7 avril 1997. James Carrol, après avoir mentionné l’attitude de Jean-Paul II vis-à-vis de la question juive, arrive à cette conclusion: «Il ne sera plus possible de parler de responsabilité des nazis sans ajouter que l’Eglise a été co-responsable». Regrettant que Jean-Paul II n’ait pas condammé explicitement le pape Pie XII, ajoute-t-elle, il donne une idée «partiale et simpliste» du rôle du pape pendant l’Holocauste, allant même «jusqu’à reprocher à Jean Paul II d’avoir mentionné les actes d’héroisme accomplis par des catholiques pour défendre les juifs».
S’excuser d’être catholiques ?
Sur ce point, Mary Ann Glendon, cite son mari, lui même juif, qui considère que ce genre d’attitude revient à accomplir «la même erreur mortelle que celle d’accuser l’Allemagne de porter la responsabilité de l’Holocauste, ou d’accuser les juifs de la mort de Jésus». Pour elle, «la véritable cible de Carrol semble être l’institution pontificale en tant que telle».
M.A. Glendon conclut que «toute expression de regrets pour des erreurs du passé n’implique pas que l’on doive s’humilier devant les autres, et certainement pas devant des gens qui ne sont pas eux-mêmes disposés à reconnaître leurs torts. Beaucoup de blessures de la mémoire ne seront pas guéries sans une expression de pardon réciproque. Témoigner de la meilleure façon possible signifie défier ceux qui de bonne ou de mauvaise foi, cherchent à annuler la distinction fondamentale entre l’Eglise et ceux de ses fils qui ont péché».
«Nous ne devons jamais nous fatiguer de nous repentir, ajoute-t-elle (…), mais, en ce qui concerne nos actes publics de repentance, qu’il soit admis que nous veillons à empêcher que ceux-ci soient offensés ou utilisés. Qu’il soit également admis que nous puissions nous unir avec nos frères et soeurs des autres confessions pour résister à tous ceux qui cherchent à insinuer le venin de la faute collective. Qu’il soit admis que les expressions de repentance ne soient pas utilisées pour dénigrer le rôle historique de l’Eglise, sa fonction éminemment positive de grande force de paix et de justice. Qu’il soit enfin admis que nous rappelions encore une fois que, en tout cas, nous ne présentons pas d’excuses pour le fait d’être catholique. Nous n’avons pas besoin de présenter des excuses pour cela. Nous ne devrons jamais le faire. Nous ne le ferons jamais». (apic/cip/pr)




